Le Père Joseph Folmer (1925 - 2016)

Le Père Jean-Marie Guillaume, Supérieur du District sma de Strasbourg a présidé l’eucharistie des funérailles du Père Joseph Folmer, le lundi le 11 avril 2016 à la chapelle sma de Saint-Pierre. Les confrères sma et de nombreux amis ont tenu à exprimer toute leur sympathie à son grand frère Jean-Baptiste, à sa sœur religieuse Marthe ainsi qu’à son aide au prêtre. Le diocèse de Metz, où Joseph a servi pendant 28 ans a été représenté par le Père Joseph Oury, ancien Vicaire épiscopal de la zone de Sarrebourg et originaire du village de Hommarting, l’abbé Didier Nirrengarten, responsable de la Paroisse de Veckersviller où le Père Joseph a servi de 1972 à 2000, et le diacre Jean-Paul Fischer, représentant le curé de la paroisse de Hommarting où le Père Joseph a servi pendant 15 ans, de 1975 à 2000.

Monseigneur Jean-Christophe Lagleize, évêque de Metz, en pèlerinage à Lourdes avec les Jeunes de Moselle, a confié de vive voix ce message au Père Justin Inandjo sma au Zinswald, lui aussi en pèlerinage à Lourdes : « Je suis en communion avec vous tous, alors que le Père Joseph Folmer accomplit sa Pâque. Je le confie à la miséricorde de Dieu, et ne pouvant être avec vous pour les obsèques, j’assure sa famille, ses confrères et les participants de mon union dans la prière ». L’homélie a été assurée par Lucien Derr, responsable de la communauté du Zinswald ; en voici de larges extraits.

Je m’en vais à la pêche…
Cette partie de pêche dans la barque de Pierre [1], je la vois comme une mise en image de toute la vie missionnaire de notre confrère Joseph. A la suite de son frère Jean-Baptiste, de cinq ans son ainé, il s’était engagé avec enthousiasme à répondre à l’appel du Ressuscité pour rejoindre l’Afrique. Le 21 février dernier, cela faisait exactement 65 ans que Joseph avait été ordonné prêtre de Jésus-Christ dans la chapelle du Grand séminaire des Missions Africaines de Lyon. Et cela fera 65 ans au mois d’octobre que Joseph aura pris le bateau pour le Togo, avec son confrère Henri Kuenemann en partance pour la Côte d’Ivoire.

Peu de temps avant son départ, en juillet 1951, j’ai rencontré Joseph pour le 1ère fois, ici à Saint-Pierre. Il venait sans doute rencontrer Père Provincial Kern avant de partir en mission. Saint-Pierre était en même temps la maison provinciale et le séminaire des plus jeunes. Alors que Joseph priait son bréviaire sous le vieux tilleul du parc, les petits séminaristes, dont je faisais partie, s’agglutinaient autour de lui pour l’écouter. A travers des histoires captivantes, il nous disait sa joie d’avoir découvert la famille des Missions Africaines et il nous partageait sa flamme de pouvoir partir bientôt en mission. Son don de conteur nous fascinait tous.

Arrivé à Lomé, Joseph sera accueilli par son frère Jean-Baptiste, alors professeur au Collège Saint-Joseph. Ce sera le début de 21 années consacrées avec enthousiasme au rayonnement de l’Évangile. Ces années, sans doute les plus belles de sa vie de prêtre, il ne les oubliera pas et il tiendra à rédiger un petit livret pour y consigner ses souvenirs [2].

Il est d’abord, affecté à Amoutivé, la 2e paroisse de Lomé, une paroisse jeune et vivante, où on lui confie la direction d’une école de quelques 1000 élèves. En cette année de la miséricorde, il me plait de relever ces mots du Père Joseph : « les samedis, nous les passions pratiquement du matin au soir à écouter les confessions. Nous prenions à peine le temps de manger. La récompense nous l’avions le dimanche matin : l’église était comble et recueillie ».

Venez manger, disait Jésus aux apôtres au retour de la pêche. Ces mêmes mots, Joseph les redira pendant les 6 années suivantes aux élèves et aux professeurs du Collège Saint-Joseph. Monseigneur Strebler venait en effet de le nommer économe de ce grand collège. Homme pratique et homme de contact, Joseph saura s’entourer de nombreux collaborateurs laïcs qui l’aideront à faire de ce collège un centre de rayonnement pour tout le pays : il équipera le collège d’un laboratoire de physique et de chimie ; il réalisera un terrain de sport avec l’aide des prisonniers de la ville. C’est à ce moment-là aussi qu’il organisera des Messes de minuit mémorables, avec fanfare et crèche vivante, des messes qui rassembleront quelques 2000 fidèles sur le stade du camp militaire dont il était aussi l’aumônier.

Bientôt, en 1962, il sera nommé au diocèse d’Atakpamé et on lui confiera la mission de Nuatja. Il fallait aménager le presbytère, terminer l’église et surtout ouvrir tout l’arrière pays de l’Est Mono à l’Évangile. Il préparera ainsi l’ouverture de la nouvelle mission de Tado, que Monseigneur Atakpa lui confiera cinq ans plus tard (1967). De nouveau, il faudra construire : la maison d’habitation, un centre social pour les jeunes et l’église. Un exploit dans ce secteur coupé du reste du pays pendant plusieurs mois de l’année par le fleuve Mono.

Mais quand on présentait Joseph comme le grand constructeur de ce secteur, il se plaisait à souligner qu’il n’avait pu réaliser cela que grâce à la collaboration bénévole de tous les villageois, et grâce aussi aux généreux bienfaiteurs de France avec lesquels il entretenait des liens réguliers. Et il ajoutait : « Je construisais, mais je n’oubliais pas l’essentiel de mon ministère : évangéliser, faire connaître le Dieu, Père, bon et miséricordieux, à l’écoute de tous, et son Fils Jésus-Christ… Je faisais mes tournées dans les villages comme avant ! Le travail matériel, je le confiais en mon absence, au maçon et à mon catéchiste, dans lesquels j’avais une entière confiance. »

Le Père René Soussia se souvient d’une réunion de confrères des Missions Africaines à Tomegbe. C’était vers l’année 1970, une grande discussion : « Comment transmettre l’évangile ? » Joseph sera un des derniers à intervenir, il disait : « Surtout, il faut être bon. On ne réussit pas en pastorale par des techniques, mais par le respect des personnes, par la bonté… » Cette conviction, Joseph avait essayé de la mettre en pratique au cours de ses 21 années de mission au Togo, et c’est dans cet esprit aussi qu’il se mettra au service du diocèse de Metz… pendant 28 années, d’abord à la paroisse de Veckersviller et Metting et, à partir de 1985, de celle de Hommarting en plus. Il continuera cette nouvelle mission avec la même simplicité, son grand sourire, son humour, sa joie de vivre, la chaleur de sa voix et sa proximité avec les gens. Autant de précieuses qualités lui ouvriront le cœur de ses nouveaux fidèles. Notons encore que pendant plusieurs années, il apportera son concours à la kermesse des Missions Africaines du Zinswald et en assurera notamment l’animation musicale.

Toute sa longue vie trouve un bel écho dans le testament spirituel que lui-même nous a laissé : « Aimer Dieu… aimer son prochain comme soi-même, les deux grands commandements qui se résument en un seul mot « aimer ». J’ai essayé de le mettre en pratique de mon mieux tant en Afrique que dans les paroisses de Moselle. Je remercie tous ceux qui m’ont fait du bien et qui m’ont aidé à faire le bien. Je demande pardon à tous ceux que j’ai pu offenser. … Le jour où Dieu m’appellera, que ce soit pour vivre auprès de Lui, s’il veut de moi. J’aimerais tant vivre auprès de Lui, auprès de la Vierge Marie, auprès de Jean-Paul II qui m’a un jour aidé ostensiblement. »

Des paroles émouvantes que nous confions maintenant au Seigneur, alors que lui aussi nous invite : « Venez mangez », j’ai préparé un repas pour votre traversée à ma rencontre et aussi à la rencontre de tous ceux qui vous ont précédés. Venez et mangez : c’est mon corps livré pour vous. Qui mange de ce pain vivra éternellement ! »

[1] Jean 21, 1-14.

[2] Publié dans Ralliement n° 4, 5 / 2010 et n° 1, 2, 3 / 2011.

Publié le 23 août 2016 par Lucien Derr