Le pilier du publicain

- Où est mon pilier ?
- Qui a parlé ?
C’est un publicain anonyme, qui à l’église cherche un pilier pour se cacher. Il n’ose passe se montrer, tant il a honte de ce qu’il est devenu. Et nous, avec notre manie de tout vouloir voir à l’église et de vouloir être vus de tous ? La communion n’est-elle pas plus importante que la vision ? Sinon, quel sens aurait la communion des saints que nous ne voyons pas et qui pourtant sont présents. La foi ne vient-elle pas d’abord de ce qu’on entend ?

Avec cette manie d’inonder l’église de lumière alors que la prière et le recueillement ont besoin de pénombre ! Quelles sont ces églises où il n’y a plus de recoin où se cacher ? Est-ce donc vrai, ce qu’on a dit : nous avons évacué le mystère de nos églises ?

Qu’y avons-nous gagné ? Elles sont vides ! Non de ce vide plein de la présence de l’invisible. Non ! Vidées de tous ces pécheurs qui cherchaient un coin où se cacher, qui cherchaient un refuge à l’ombre de la nuée où Dieu lui-même se cache.

C’est bien vrai que Dieu est lumière, en lui-même. Nous avons oublié que pour se montrer en ce monde il se couvre de la nuée, il se couvre de notre chair de misère.

Ombre et lumière en même temps. Pénombre.

Ecoutons ce qu’en pense Thomas More dans le chapitre sur les religions en Utopie : L’on peut visiter en Utopie des temples magnifiques, d’une riche structure et d’une étendue capable de contenir une immense multitude, ce qui était nécessaire à cause de leur (petit) nombre. Une demi-obscurité y voile l’éclat du grand jour ; cette disposition ne vient pas de l’ignorance des architectes ; elle a été adoptée à dessein et sur l’avis des prêtres. La raison est qu’une lumière excessive éparpille les idées tandis qu’un jour faible et douteux recueille les esprits, développe et exalte le sentiment religieux.

Si tu voulais, Seigneur, me cacher dans l’ombre de ta main.
Je ne demande rien d’autre.

Publié le 25 juin 2012