Le pire et le meilleur

N’est-il pas étrange de renverser ainsi la proposition, de placer le meilleur après le pire ?? Habituellement, on va du bon au meilleur pour finir par le pire. N’est-ce pas ce qui arrive quand la santé du malade s’améliore momentanément ? On dit qu’il y a rémission.

La mort n’est-elle pas la fin de toute chose ? Lui a choisi une autre voie et nul ne pouvait l’empêcher de rester maître du jeu. N’ont-ils pas été surpris, les amis, mais aussi ceux qui ne l’aimaient pas, de voir poindre après la nuit de midi une aube nouvelle, alors qu’ils croyaient que tout était fini ?

On n’a pu l’empêcher, après qu’on eut fermé les jardins publics, de le voir assis sur un banc, sans qu’on sache précisément qui il était ni comment il était entré dans le jardin alors que les portes étaient fermées par de lourds cadenas. C’était pourtant bien lui. Pierre n’y avait vu que du bleu, celui, éthéré, de l’aube. Jean, lui, l’a reconnu du premier coup d’œil. Il est vrai qu’il avait cligné de l’œil, il fait toujours ainsi pour celui qui veut bien croire.

Quand on fermait les églises, qu’on interdisait tout rassemblement de croyants, qu’on emprisonnait ceux qui les présidaient, ou qu’on les éliminait tout bonnement, on ne savait pas qu’un jour il y aurait pire : les églises vides de croyants évanouis, les hommes ayant perdu le goût de la surprise, du désir véhément de Celui qui dépasse tout, s’étant habitués à vivre au rabais, noyés dans le beurre, symbole d’abondance, résignés à mener une vie de chien qui, dès le réveil, se met à gambader au hasard, juste par besoin de se dégourdir les jambes. Les marches populaires du dimanche matin, les randonnées à bicyclette… Pouvait-on prévoir ce pire-là ?

Et pourtant, le meilleur était encore à venir, l’aube après la nuit de midi. Qui l’eût cru ? Qui croira qu’il en sera toujours ainsi ? Le matin de Pâques, après le vendredi noir. Seulement, comment cela va-t-il se faire ? C’est la question que se pose celui qui croit.

Publié le 23 février 2016 par A. K. sma