Le prêtre selon Mgr de Brésillac

Depuis le 8 Décembre 2015, sa Sainteté le Pape François nous a introduits dans l’année de la miséricorde. Tout au long de cette année pastorale, nous allons donc méditer sur la miséricorde de Dieu pour toutes ses œuvres. Cependant, l’année de la vie consacrée commencée le 30 Novembre 2014 n’a pas encore pris fin. Elle sera achevée avec la fête de la Présentation du Seigneur, le 2 Février 2016. Nous sommes comblés : pendant quelques mois, d’être entre deux années qui, d’ailleurs, se complètent d’une certaine manière. En effet, la vie consacrée trouve sa source dans la miséricorde de Dieu, qui veut passer par ces enfants consacrés pour étendre sa bonté à toute la création.

Pendant encore quelques trois mois, nous continuerons à méditer sur la vie consacrée. Le premier objectif de cette année de la vie consacrée indiquée par le Pape François est de regarder notre passé avec reconnaissance. En cette année de la vie consacrée finissante, le Pape nous a invités à « parcourir à nouveau le chemin des générations passées pour y cueillir l’étincelle inspiratrice, les idéaux, les projets, les valeurs qui les ont mues, à commencer par les Fondateurs, par les Fondatrices et par les premières communautés [1] ».

En essayant de faire ce chemin dans le passé vers notre Fondateur à travers ses textes, on découvre des richesses énormes pour la vie et le ministère pour nous, ses enfants. L’un de ces enseignements a été développé au cours d’une de ses retraites : l’identité du prêtre. Évidemment, le langage de Mgr de Brésillac et sa vision du prêtre sont ceux du XIXe siècle ; cependant, cet enseignement est encore d’actualité et peut toujours nous enrichir.

Devenir et demeurer prêtre selon le cœur de Dieu a été le plus grand désir de Mgr de Brésillac. Suivre et imiter le Christ, prêtre par excellence, a été pour lui une noble et sainte ambition. En outre, fonder et former un clergé local digne de ce nom a été l’une de ses préoccupations majeures durant tout son ministère. Il a appris et compris ce que c’est qu’être prêtre. Il l’a vécu, il l’a rappelé à ses confrères et il a voulu le transmettre à ses séminaristes.

Au cours de la retraite [2] qu’il prêcha aux prêtres du Vicariat Apostolique de Pondichéry en 1849, il esquissa le profil de ce que c’est qu’être prêtre. Les premières et primordiales valeurs ou qualités requises pour un prêtre, selon le Fondateur, sont celles du Bon Pasteur : la charité, la patience et la douceur. A travers d’autres discours et méditations, au cours de cette retraite, il fit encore ressortir d’autres qualités nécessairement importantes pour tout prêtre. Mgr Brésillac parle du prêtre comme celui qui se donne au Christ et à son œuvre ; comme celui qui a à cœur son propre salut et le salut du peuple confié à lui. Pour lui, le prêtre est un homme humble, qui sait se renoncer à lui-même et au monde, un homme obéissant, pauvre et chaste, un homme courageux, zélé et joyeux.

1. - Le prêtre, à la suite du Christ
Le Christ est l’oint de Dieu, celui qu’il a choisi, consacré et envoyé pour le salut de l’humanité. De même, le prêtre est quelqu’un que Dieu a choisi, consacré et envoyé pour continuer l’œuvre rédemptrice que Jésus-Christ avait commencée. Il est « coopérateur de Jésus-Christ », « continuateur de l’œuvre de la rédemption ». Ainsi, le prêtre doit entièrement se consacrer à l’œuvre du Père. « Prêtres, missionnaires, notre temps, notre vie, notre être ne sont plus à nous, disait-il ; nous nous devons entièrement à l’œuvre de notre Père : In his quae Patris mei sunt, oportet me esse ». Il faut se rappeler que cette œuvre n’est pas celle du prêtre lui-même, mais la continuation de celle confiée à Jésus par le Père. « Cette œuvre, pour le Verbe incarné, c’était d’éclairer le monde, d’établir le règne de la grâce dans l’âme de ses élus, de greffer la Loi d’amour sur la Loi de rigueur ; c’était enfin de mourir pour nous tous sur la croix. Voilà quelle était pour Jésus-Christ l’œuvre de son Père, et pour nous, c’en est la continuation [3] ».

Répondant à l’appel de Jésus [4], « nous ne devons pas cesser un instant de la continuer, et auprès de ceux auxquels nous sommes chargés de faire connaitre le Sauveur du monde, et auprès de ceux qui le connaissent déjà et que nous devons retenir dans le bercail du Bon Pasteur, que nous devons y reconduire s’ils se sont égarés, que nous devons guérir s’ils sont malades, que nous devons ressusciter à la grâce s’ils sont morts.

C’est notre œuvre, dans l’application continuelle que nous devons faire sur les âmes des mérites de la vie et de la mort de Jésus-Christ. C’est l’œuvre du prêtre dans l’administration des Sacrements aux fidèles, dans les instructions, dans les catéchismes, dans les pratiques de miséricorde spirituelle et corporelle, par la constante édification de sa conduite extérieure, par tous les moyens, en un mot, qui sont en son pouvoir d’établir dans les âmes le règne de Jésus-Christ [5] ». « Que d’enfants à instruire et que nous abandonnons peut-être trop souvent à l’incurie d’un catéchiste ignorant ! Que de jeunes gens à soutenir à l’âge critique de la vie, pour qu’ils persévèrent dans les bonnes résolutions qu’ils ont formées à l’époque de leur première communion, et auxquels nous ne songeons qu’à peine ou point du tout ! Que de malheureux à consoler, à aider, à soutenir dans les épreuves de la vie, et que nous ne connaissons même pas ! Que de pieuses pratiques nous verrions s’établir, si nous en étions l’âme et si nous en donnions l’exemple ! [6] ».

Comme Jésus-Christ, le prêtre n’est plus à lui-même. Nous sommes « l’agneau immolé » pour le salut des autres. Parce que « c’est principalement pour les autres que le Seigneur nous a faits ce que nous sommes. Notre temps n’est plus seulement à nous, il est aussi aux autres, et de la perte que nous en ferions suivrait souvent la perte de plusieurs âmes [7] ».

2. - Le prêtre est disciple et serviteur de Jésus-Christ
« Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur [8] ». Le prêtre est un autre Jésus-Christ mais il n’est pas Jésus-Christ. Il n’est que disciple et serviteur. Il marche à la suite du Christ et invite les autres à le suivre à la suite du Christ. Le Fondateur le savait. Comme il l’a signifié dans ses armoiries : « Lumen Rectis », Lumière pour les cœurs droits. Conscient de ne pas être la Lumière, il s’est évertué de la connaître davantage afin de la montrer aux cœurs droits.

C’est cela la tâche du disciple. Le prêtre est ce serviteur qui comme le Christ accepte la croix, une vie de sacrifice à la suite du maitre. « Mais si, fideles à votre vocation, vous acceptez, dans toute son étendue, la vie de sacrifice ; si vous cherchez Jésus, Jésus seul, Jésus pauvre, Jésus humble et humilié, Jésus Crucifié, ah ! Venez donc ! Empressez-vous de courir après lui, venez ! [9] ». Le prêtre est ce disciple qui s’évertue de ressembler à son maître qui est doux et humble de cœur, qui fait bon accueil aux pauvres et aux pécheurs, qui ne rejette pas les enfants. Car, « si donc nous manquons de douceur, de condescendance envers nos frères ; si, avec les pécheurs, nous sommes durs, sévères, impitoyables ; si, aux pauvres, nous sommes inaccessibles ; si, pour les païens, nous manquons de ménagement ; si, pour les faibles chrétiens, nous avons du mépris et des paroles injurieuses ; si nous usons de vengeance envers nos ennemis, de haine envers nos détracteurs ; si nous rendons le mal pour le mal, injure pour injure, nous avons beau nous fatiguer dans de rudes sentiers de l’apostolat, n’ayons pas la prétention de suivre Jésus-Christ.

Disciple du Christ, le prêtre est appelé et envoyé à la vigne du Seigneur [10], ou encore comme intendant de la maison et des biens du Seigneur [11]. « Que nous dira le Maitre de la vigne s’il la trouve mal cultivée, sous prétexte que nous ne trouvions pas de temps pour cela, tandis que nous en avions pour d’autres choses inutiles [12] ».

(à suivre : le prêtre est un bon Pasteur)

[1] Pape François, Lettre apostolique à tous les consacrés à l’occasion à l’occasion de la vie consacrée, N. I, 1.

[2] Mgr de Brésillac a prêché cette retraite du 15 Janvier au 22 Janvier 1849 en prélude du Synode de Pondichéry. Il l’a organisée et divisée en 14 discours (enseignements ou prédications), 7 méditations et six examens de conscience.

[3] Ibid., 36.

[4] Matthieu 28, 19-20.

[5] Ibid., 37.

[6] Ibid., 57-58.

[7] Ibid., 57.

[8] Matthieu 10, 24.

[9] Ibid., 68-69.

[10] Marc 12, 1-12.

[11] Luc 12, 42-43.

[12] Ibid., 58.

Publié le 8 mars 2016 par Bernardin Kinnoume