Le printemps d’un renouveau !

Les Ecritures sont truffées d’images fortes et de petites allusions qui indiquent la puissance de la vie sur celle de la mort. Rappelons à titre d’exemple le grand principe énoncé par Jésus : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit [1] ». C’est en ces termes que Jésus a annoncé à ses amis l’événement qui le concerne, c’est-à-dire sa mort et sa résurrection. Il inscrit d’ailleurs cette mort dans le processus inéluctable de l’épanouissement de toute vie : l’homme naît, il grandit et il meurt.

La mort n’est plus perçue comme une fatalité, mais davantage comme une phase normale inhérente au développement humain. Dès lors elle apparaît plutôt comme une nécessité. Elle est énonciatrice d’une dynamique de croissance et de développement. La vie prend alors le dessus sur un scénario d’échec, d’abandon et d’incompréhension. On se situe inéluctablement dans une longue série de transformations qui façonnent l’homme dans son statut de créature à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Le langage de la résurrection laisse parfois pantois et perplexe. Qui oserait parler de soi en tant que ressuscité sans qu’il soit pris pour un illuminé ? La nature humaine incite plutôt au scepticisme. Il n’est pas étonnant que l’homme accorde plus d’importance à sa fragilité, qu’il se décourage et se lamente sur son sort. Le réalisme n’est pas de l’ordre de l’utopique. Il se vit au jour le jour en dépit de nombreuses contraintes auxquelles est soumise la vie. Et pourtant, chacun peut s’identifier à une forte expérience de la résurrection. Le principe énoncé ci-dessus prend alors différentes formes : le pardon et la réconciliation après des disputes et des déchirures, la rémission après une incertitude liée à la maladie, la confiance en soi et l’espérance en avenir après un passage à vide.

Comme on peut le constater, le principe s’applique à diverses réalités humaines. Néanmoins, face à la désertification de nos assemblées en Occident, comment est-il interprété ? « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit [2] » est une invitation à l’humilité. Il est révolu le temps où le christianisme se prenait pour le maître à penser de toute la planète. Rien de ce qui se concevait ne pouvait se réaliser sans sa bénédiction. Il incarnait la puissance d’un système qui n’avait pas peur de s’afficher. Il prenait plutôt plaisir à se montrer et à se faire voir. Cet exhibitionnisme complaisant cadre assez mal avec la modération qu’enseignent les Ecritures. Aussi je suis persuadé que la logique des chiffres et des statistiques n’est pas le critère approprié d’une seine appréciation.

Plus la pratique religieuse devient une grande préoccupation, mieux l’Eglise devrait réfléchir à cette parole prophétique du Christ. Elle rejoint d’ailleurs une attitude fondamentale que Jésus recommande à ses disciples lorsqu’il leur rappelle qu’ils sont le sel de la terre et la lumière du monde [3]. A cette analogie, on pourrait rapprocher la parabole du levain [4]. L’enfouissement et la dissolution constituent la perte de la matière qui cesse d’exister dans sa forme première. Toutefois, ils sont source de renouveau et inspirent un nouveau commencement. La vie continue, mais autrement. Dans les circonstances actuelles, rien ne sert de crier au loup, ni de fustiger un relativisme ambiant. Ce qui importe le plus, c’est le témoignage de la foi, mise en pratique dans le vécu de chaque croyant au jour le jour.

Entre la volonté d’un conservatisme angoissant et l’envie d’une innovation sans concession, il y a un juste milieu à trouver. Sans le sentiment d’un triomphalisme exacerbant et dans une attitude empreinte d’humilité, les fruits de la bonté humaine feront certainement jour et les hommes s’en délecteront avec joie.

[1] Jn 12, 24.

[2] Jn 12, 24.

[3] Mt 5, 13-16.

[4] Mt 13, 33.

Publié le 18 février 2011 par Nestor Nongo Aziagbia