Le Séminaire de Jeunes de Walbourg

Les responsables de Terre d’Afrique m’ont demandé de parler de l’éducation donnée à Walbourg. J’ai passé dans cette maison de 1963 à 1995, d’abord comme préfet des études des moyens, classes de 5e, 4e et 3e, puis comme directeur de 1976 à 1995. Pendant toute cette époque, j’ai exercé également les fonctions de professeur de musique et de directeur de la manécanterie du séminaire.

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L’église abbatiale de Walbourg.
Photo Gérard Auer

Le renouveau du Petit Séminaire
Quand j’ai pris en 1976 les fonctions de direction, de nombreux anciens des années 50 venaient me dire : « Mais Walbourg, ce n’est plus un Petit Séminaire. A notre époque, le supérieur nous demandait à l’admission : « Veux-tu devenir prêtre ? » Il fallait au minimum ne pas l’exclure pour être admis. Aujourd’hui, vous acceptez tout le monde. J’en connais qui sont vos élèves : jamais dans le passé ils n’auraient été admis. Nous allions tous les matins à 6h30 à la messe. Ce n’est plus le cas. Avant le départ en grandes vacances, le supérieur nous faisait une conférence : « Méfiez-vous des filles. Elles peuvent vous faire perdre votre vocation. » Or aujourd’hui, vous avez des filles demi-pensionnaires. »

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Le Séminaire de Jeunes de Walbourg.
Photo Gérard Auer

Il est vrai que le Petit Séminaire a évolué. Les évêques de France ont fondé, vers les années 60, le Mouvement Jeunes Séminaristes, qui est devenu un creuset de réflexion et d’initiatives pour adapter nos maisons aux besoins et des jeunes et de l’Eglise. C’est à ce moment que le titre de Petit Séminaire a connu une première mutation : il est devenu Séminaire de Jeunes.
Voyons ce que sont devenues ces maisons, en reprenant les reproches ci-dessus cités. La question posée à l’admission, même aux plus jeunes, était : « Es-tu d’accord pour venir à l’internat ? Es-tu prêt à faire ton maximum pour réussir ta vie, et donc tes études ? » En 1977, j’ai encore entendu un jeune me répondre : « Oui, je suis d’accord de venir à Walbourg puisque je veux devenir prêtre ». Mais c’est bien la seule fois que j’ai entendu explicitée une vocation d’enfant. La source s’était apparemment tarie.
Nous expliquions aussi que notre ambition était de donner une éducation complète. Or celle-ci exige une éducation ou un éveil à la foi : il n’y a pas de dispense en cette matière. Un pasteur de l’Eglise protestante assurait une heure d’instruction religieuse pour les élèves protestants ; aux parents des élèves israélites nous expliquions que nous n’étions pas outillés pour assurer l’instruction dans cette religion : les parents devaient nous produire une attestation d’un rabbin certifiant que le jeune recevait une instruction dans sa communauté. Pour les jeunes musulmans, ce fut plus compliqué : « Non, nous n’allons pas à la mosquée car on y fait de la politique, et ailleurs ce sont des Turcs ou des Marocains. A côté de nous, ce sont des intégristes : nous ne voulons pas de tout cela. Il suivra l’instruction religieuse catholique, nous nous chargerons de lui faire connaître l’islam ».
Cependant, pour nous, les éducateurs, il était clair qu’une instruction religieuse, même bien faite, ne suffisait pas pour éveiller ou éduquer la foi. Ce sont la vie de la maison, les pratiques pédagogiques, qui donnent leur crédibilité à l’annonce de l’Evangile. Qu’avons-nous fait dans ce sens ?

[1] Dont 4 avec mention TB, 10 B et 14 AB pour l’année 1995.

[2] En dehors des devoirs de contrôle, bien sûr !

Publié le 12 novembre 2012 par Gérard Auer