Le sourire du Père Marcel Huntzinger

A quelques jours de ses 90 ans…
Le Père Marcel Huntzinger nous a quitté le 19 mai 2011, à quelques jours de son 90e anniversaire. L’eucharistie d’adieu a été célébrée avec ferveur et simplicité dans la chapelle des Missions Africaines de Saint-Pierre. En plus des confrères des Missions Africaines et de sa famille, il y avait une belle délégation de fidèles et d’amis de son ancienne paroisse de Ohnheim. Le Chanoine Joseph Sifferlen, accompagné de quelques prêtres diocésains, représentait Monseigneur Jean-Pierre Grallet, l’archevêque de Strasbourg, et Joseph Lachmann, le vicaire épiscopal. Le Père Jean-Pierre Frey, vice-supérieur de notre District de Strasbourg présidait les funérailles et assura l’homélie, que nous sommes heureux de vous offrir ci-dessous.

Les grandes étapes de la vie du Père Marcel Huntzinger
Mais voici d’abord quelques dates : le Père Marcel était né le 4 juin 1921 à Zinswiller. Il a rejoint la Société des Missions Africaines au sein de laquelle il a effectué ses études théologiques entre 1941 et 1948. Il est ordonné prêtre à Lyon le 17 février 1948. Il est alors chargé d’enseignement au petit séminaire de Saint-Pierre. En 1953, il est envoyé au Canada où il restera 15 ans.

A son retour en Alsace, en 1968, le Père Marcel se voit chargé de missions pastorales par le diocèse : il est ainsi prêtre coopérateur à Mutzig pendant deux ans, puis, à partir de 1970, à Ohnheim. Quatre ans plus tard, il devient prêtre administrateur de cette même paroisse et le reste plus de vingt ans. Retiré en 1996, il rejoint la maison de Saint-Pierre. Il décède au matin du 19 mai 2011.

Le Père Marcel un des pionniers sma au Canada
Homme simple, homme discret, homme souriant, c’est ainsi que j’ai connu Marcel avant que le tsunami de l’âge ne le ravage et ne le réduise à l’impuissance. A sa manière et avec toutes ses forces, il a été un élément actif de la mission de la Province de l’Est. Il était formateur des jeunes membres du futur District du Canada qui était en train de naître sous la direction du Père Eugène Geisser – lougiine, comme on l’appelait là-bas – ces jeunes qui étaient nos frères par l’âge et l’appel et que nous avons connu plus tard dans l’unique diocèse de Katiola au Nord de la Côte d’Ivoire comme des missionnaires très actifs et fort créatifs. Là où il n’y avait encore rien de la SMA, dans cette région du Québec, ils ont fondé un groupe missionnaire local qui, à l’époque, était plein d’avenir.

Mais là aussi, le raz-de-marée de la modernité individualiste a passé et les engagements à long terme se sont taris – trop longs, trop durs et trop incertains au milieu des jouissances et du confort de la vie de notre époque. Le missionnaire par définition vit « hors cadre » dans un univers aux horizons flous où Jésus n’est guère connu, ou si peu, où tout reste à faire.

Le missionnaire vit en avant de l’Eglise institutionnalisée, encore inexistante dans ses structures canoniques qu’il est censé mettre en place. Les premiers missionnaires, en Afrique, ne savaient pas trop où aller ni comment faire... Mais ils l’ont fait dans des conditions souvent à la limite de l’humain. Ils l’ont fait en faisant feu de tout bois, entre autre en profitant sans fausse honte de l’infrastructure des entreprises coloniales soit françaises soit anglaises qui leur permettaient de progresser dans leur mission. L’éveil à la conscience venait après, et sans doute avec une amertume certaine. C’était encore un tribut payé à l’histoire par la mission.

Quant aux pionniers qui se sont lancés dans les fondations – comme l’Irlande, les USA, le Canada – leur arme, c’était leur conviction que les grains jetés ou semés et les relations tissées en toute simplicité et humilité allaient engendrer la mission de l’Église. Depuis il y a eu cassure, culturellement et religieusement. Nous le savons tous. Mais l’homme, et surtout l’homme baptisé dans l’Esprit créateur, est capable de croire que le désert va refleurir tôt ou tard, comme le disent les Psaumes en abondance et le prophète Isaïe en particulier [1] :

Qu’ils se réjouissent, le désert et la terre aride,
que la steppe exulte et fleurisse,
qu’elle se couvre de fleurs des champs,
qu’elle saute et danse et crie de joie !
On verra la gloire du SEIGNEUR,
la splendeur de notre Dieu.
Dites à ceux qui s’affolent :
« Soyez forts, ne craignez pas.
Voici votre Dieu. II vient lui–même vous sauver.

Et ainsi, ils exprimaient par leur intime conviction la présence de Yahvé comme le maître dernier de l’histoire.

Et pour qui sait voir, il y a des hommes et des femmes qui se lèvent dans le scepticisme général du monde d’aujourd’hui et qui cherchent un sens à leur vie et un engagement selon la Parole de Dieu. Nous le devons à des hommes comme Marcel, qui ont semé cette même Parole avec une foi profonde ; il y a longtemps certes, mais des frères canadiens comme Thomas, Raymond, Charles-Henri, Jean-Paul et Léo, entre autres, ne me contrediraient pas... Ils ont porté en Afrique la semence jetée et enfouie par l’équipe des pionniers de la fondation de Shawinigan, et cela aussi est une chaîne de vie.

La mort d’un missionnaire, c’est un matin de Pâques, une lumière qui se lève et un appel à la confiance... Car la mission ne mourra jamais depuis que le Christ est ressuscité, victorieux de la mort... Il a déjà introduit son fidèle serviteur Marcel à la table de son Royaume où il va célébrer avec nous le mémorial de toute vie.

[1] Is 35, 1-4.

Publié le 25 août 2011 par Jean-Pierre Frey