Le sourire du Père Marcel Huntzinger

Le Père Marcel Huntzinger nous a quittés le 19 mai 2011, à quelques jours de son 90e anniversaire. Lors de l’eucharistie d’adieu, en plus des confrères des Missions Africaines et de sa famille, il y avait une belle délégation de fidèles et d’amis de son ancienne paroisse de Ohnheim. Homme simple, discret, souriant, c’est ainsi que j’ai connu Marcel avant que le tsunami de l’âge ne le ravage et ne le réduise à l’impuissance.

Le Père Marcel est né le 4 juin 1921 à Zinswiller et a fait ses études théologiques aux Missions Africaines entre 1941 et 1948. Ordonné prêtre à Lyon en 1948, il est alors chargé d’enseigner au petit séminaire de Saint-Pierre. En 1953, il est envoyé à Shawinigan, au Canada, où il restera 15 ans. Il était formateur des jeunes membres du futur District du Canada qui était en train de naître sous la direction du Père Eugène Geisser. Dans cette région du Québec, où il n’y avait encore rien de la SMA, ces jeunes ont fondé un groupe missionnaire local qui, à l’époque, était plein d’avenir. Nous les avons connus plus tard dans le diocèse de Katiola, au nord de la Côte d’Ivoire, comme des missionnaires très actifs et fort créatifs. Depuis, il y a eu cassure, culturelle et religieuse. Le raz-de-marée de l’individualisme a passé, et les engagements à long terme se sont taris : trop longs, trop durs et trop incertains au milieu des jouissances de la vie moderne. Mais l’homme baptisé dans l’Esprit créateur est capable de croire que le désert va refleurir tôt ou tard [1]. Cette conviction que les grains semés et les relations tissées en toute simplicité engendreraient la mission de l’Église était l’arme des pionniers qui, comme Marcel, se sont lancés dans les fondations sma d’Irlande, des USA ou du Canada.

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A son retour en Alsace, en 1968, le Père Marcel se voit chargé de missions pastorales par le diocèse : coopérateur à Mutzig puis à Ohnheim à partir de 1970. Quatre ans plus tard, il devient administrateur de cette paroisse pour plus de 20 ans. Un confrère accueillant, amical, un prêtre au milieu d’un peuple avec lequel il voulait construire une communauté chrétienne vivante, selon le témoignage du Chanoine Joseph Sifferlen qui l’a bien connu. En 1996, le Père Marcel se retire à la maison de Saint-Pierre.

Pour qui sait voir, il y a des hommes et des femmes qui se lèvent dans le scepticisme général du monde d’aujourd’hui et qui cherchent un sens à leur vie et un engagement selon la Parole de Dieu. Nous le devons à des hommes comme Marcel, qui ont semé cette Parole avec une foi profonde. Les frères canadiens sma ne me contrediraient pas, puisqu’ils l’ont portée en Afrique après l’avoir reçue des pionniers de la fondation de Shawinigan.

[1] Comme le disent les Psaumes en abondance et le prophète Isaïe en particulier. Cf Is 35, 1-4 : Qu’ils se réjouissent, le désert et la terre aride, que la steppe exulte et fleurisse, qu’elle se couvre de fleurs des champs, qu’elle saute et danse et crie de joie !

Publié le 10 octobre 2011 par Jean-Pierre Frey