Le Vôdun

Pour beaucoup, ce terme de vôdun serait lié à bien des pratiques sulfureuses en Haïti. En fait, c’est la région du Golfe de Guinée, depuis le Togo jusqu’au Nigéria, qui a vu naître ce culte ; appelé vôdun au Bénin et au Togo, à l’est, en pays de langue yoruba, le terme correspondant est orisha. Ce culte a migré vers les Amériques avec les esclaves. On le trouve ainsi en Haïti, où beaucoup de termes cultuels, à commencer par le mot vaudou, transcription haïtienne du terme originel, viennent du Bénin ; à Bahia au Brésil, la langue yoruba du Bénin-Nigéria est toujours parlée et les cultes vôdun-orisha forment un des soubassements des cultes afro-brésiliens, dont le candomblé.

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Objet de culte vodou. Espace Africain, Haguenau.
Photo Marc Heilig

Définition
Pour le profane ou l’étranger, le monde du vôdun parait nébuleux, avec un nombre des divinités ahurissant. En fait, une enquête [1] a révélé que dans les années 1930, les femmes étaient vôdunsi, la moitié pour Dan, le tiers pour Sakpata, le reste pour quelques autres, dont Hunvê. Ces termes sont génériques et regroupent des vôdun de même origine, mais avec un nom spécifique pour chaque famille. Leur nombre est donc limité.

A l’origine, le vôdun se définit comme un ancêtre, fondateur d’une famille, et le culte est d’abord familial. Dans un cycle de l’existence humaine exprimé dans un calendrier local de neuf jours, le troisième temps de cette existence, après ceux de la naissance et du décès, est placé sous le signe de « L’homme devient vôdun ». Et au moment des funérailles, un des rites intègre le défunt aux vôdun ancestraux sur l’autel clanique.

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Vôdunsi de Sakpata.

Mais paradoxe : car si l’homme à la mort devient vôdun, il faut maintenant inverser les termes et dire : « Le vôdun devient homme ». En effet, une caractéristique essentielle de ces cultes en est l’initiation-consécration de personnes des deux sexes qui vont rendre le vôdun présent à leur communauté, sous l’autorité du chef de famille. Le temps de l’initiation se passe à en apprendre la langue, les danses et les chants, les coutumes et les interdits. Suit une consécration : la personne y meurt à la vie ordinaire pour « ressusciter » à sa divinité. Les rituels mis en œuvre miment cette mort pendant une transe où la personne s’effondre comme morte, puis son retour à la vie à l’intérieur de l’enclos de formation. Pour montrer son changement d’identité, la personne se voit imposer un ou plusieurs noms nouveaux. Quel que soit son sexe, elle est alors devenue vôdunsi, ce qui signifie femme (si) du vôdun. Elle n’est plus une personne ordinaire, surtout au cours de l’état de transe, ou quand elle porte sur sa tête la calebasse rituelle contenant la force de la divinité. Un autre personnage, appelée vôdunno (possesseur du vôdun), lui aussi initié et consacré, est chargé de l’ordonnance du culte et de la formation des vôdunsi avec l’aide d’une femme.

Ceci dit, chaque vodun a son origine, son identité, ses caractéristiques, et répond à des besoins communautaires ou personnels.

[1] Pierre Saulnier, Anthropos, n° 69, 1974, p. 874. Adjohon : sous-préfecture de la province de l’Ouémé.

Publié le 16 janvier 2014 par Pierre Saulnier