Les conférences de Marienthal. La dignité de l’être humain en fin de vie

Le thème de la première conférence, faite par Mme Marie-Jo Thiel, Docteur en médecine et en théologie, portait sur « La dignité de l’être humain en fin de vie ».

Madame Thiel a parlé des diverses situations où peut se trouver quelqu’un qui est en « fin de vie » et des différentes attitudes que l’on pourrait avoir face à cette personne et à son destin qui est entre nos mains, en quelque sorte. La conférencière a su ouvrir tout un ensemble de pistes qui sont très éclairantes dans mille situations et qui peuvent nous concerner tous.

Sa thèse : La dignité de la personne humaine est toujours à préserver, dans la vie et à la fin de vie. Il vaut mieux mourir dignement que de traîner lamentablement sa vie comme un légume. Mais pour cela il faut respecter un ensemble d’attitudes et ne pas agir à la légère. D’abord est exigée une vraie maturité. Elle se manifeste par des actes mûrement réfléchis qui seront le fruit de tout un ensemble de consultations et qui ont été menés dans un inévitable dialogue.

Après tout cela on arrive à un important moment de décision et de choix propre à chaque cas selon sa conscience et ses sources éthiques. Et ici la « vieille épikie » joue un rôle capital. Elle consiste à contourner la loi dans la lettre tout en respectant l’esprit du législateur, qui ne pouvait prévoir une solution sur le terrain pour chaque cas. Il faut donc une bio-éthique ouverte et non pas bornée au nom d’une norme universaliste. La loi est pérenne certes, mais son application dépend de mille facteurs qui vont finalement relever d’une décision individuelle, le fruit d’une mûre réflexion et d’un dialogue étendu et qui respecte la dignité de toute personne humaine, surtout de celle qui est en détresse.

On peut étendre cette réflexion à toute éthique dans tous les domaines (divorce et divorcés – réception et initiation aux sacrements – fin de vie). Le pape François semble naviguer dans la barque de Saint-Pierre dans cette direction. Le Christ Jésus lui-même n’a-t-il pas déjà défendu pareille position lorsqu’il a dit à la femme adultère : Ils ne t’ont pas lapidée et bien moi non plus je ne te jetterai pas la première pierre… Va en paix et ne pèche plus.

En conclusion, Mme Thiel a cité un exemple éclairant : la personne qui est en fin de vie, appareillée et dans le coma, peut encore souffrir. On lui donne de la morphine au goutte à goutte pour la soulager pendant un peu de temps avant que les douleurs ne reprennent. Lui en donner plus serait la mort assurée. Et ceci peut durer des jours et des jours, avec une absence totale de respect pour la dignité de cette personne et une ignorance totale de la compassion évangélique. Une personne médicale peut prendre la décision, après consultation, de doubler la dose et ainsi d’envoyer la personne dans la paix du Seigneur…

Qui va lui jeter la première pierre ? On peut naturellement crier à une morale « situationiste » qui ne respecte pas la bonne vieille ontologie platonicienne de l’être (ens) immuable dans sa caverne. Je risque donc fort d’être voué aux gémonies… Mais à partir du moment où le Shabbat est fait pour l’homme, et non pas l’homme, pour le Sabbat, on est sauvé ! Non ! C’est déjà de « l’épikie » faite par le Fils de l’Homme.

En tout cas, c’est ainsi que j’ai « vu et saisi » cet exposé extrêmement riche et enrichissant. J’admets cependant que l’on peut penser autrement, et certainement mieux.

Publié le 16 avril 2014 par Jean-Pierre Frey