Les dévotions populaires. Chemins ou obstacles ?

Reconnaissons d’abord qu’elles jouent un rôle important : elles expriment le côté sensible, donc humain, de notre démarche de croyants. A travers des choses que l’on voit : des images, des statues, des fleurs… à travers des choses que l’on entend : de la musique, des chants, voire des pétards, en Inde… à travers des choses que l’on touche : vénération de reliques. Tout le corps entre en action dans les cérémonies et les pèlerinages. Bref, ces dévotions nous atteignent dans notre réalité humaine toute entière. De plus, ces rites populaires expriment la culture d’un peuple, servent donc de liens sociaux entre les membres de ce peuple, et c’est un moyen pour chaque personne de s’enraciner dans une communauté.

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Un bildstock à Koenigsmacker (Moselle).
Photo Marc Heilig

Tout ceci est très positif, mais ne doit pas nous cacher le grand risque dans lequel nous entraînent les dévotions populaires : celui de la superstition. Elles sont comme des escaliers qui nous font monter vers l’invisible et l’indicible… Si nous nous arrêtons à une marche, comme si elle était le but, cette marche devient une idole et nous ne sommes plus dans la foi chrétienne. Au Moyen Age, on a abusé de ces dévotions. Par réaction, les Réformateurs on refusé le culte des saints et réduit au minimum les cérémonies et l’emploi des images. Leur liturgie est devenue austère mais nous, catholiques, devons reconnaître que nos frères protestants (comme d’ailleurs nos frères musulmans) nous rendent un grand service, celui de nous rappeler que le Créateur est au-delà de toutes nos représentations et qu’il faut échapper au risque de mettre une créature à la place du Créateur.

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St Nicolas sur un bildstock de Koenigsmacker.
Photo Marc Heilig

Pour conclure, il faut tenir les deux bouts de la chaîne. Profitons des dévotions populaires pour humaniser notre vie de croyants. Mais toujours avec l’idée et l’envie de les dépasser. Il faut en faire des panneaux indicateurs de l’Au-delà, et non des barrages, si bien décorés soient-ils.

Publié le 28 juin 2011 par René Soussia