Les membres SMA au Maroc

Le but principal de mon voyage au Maroc était de rendre visite à nos confrères de la Société des Missions Africaines. Ils sont trois, bien éloignés les uns des autres, au service d’une communauté chrétienne locale qui fonctionne selon les normes d’une paroisse classique, mais aussi et surtout au service d’émigrés et étudiants catholiques « sub-sahariens » venus faire des études dans les universités et instituts locaux. Ils sont rattachés au diocèse de Rabat. Je ne sais pas quel a été l’impact de ma visite, mais en tout cas elle m’a fait grand bien [1].

Un bel accueil à Agadir

Le premier qui m’a reçu et ne pouvait cacher sa joie de m’accueillir est le Père Gilbert Bonouvrie, de la province SMA des Pays-Bas, à Agadir, où il est depuis une vingtaine d’années [2]. Gilbert m’a montré et expliqué la ville, en commençant par l’ancienne cité, détruite par un tremblement de terre le 29 février 1960. Elle devait être bien fortifiée, d’après une tour dont les bases ont résisté et les murs d’enceinte qui retiennent encore la colline. Quelques 15.000 personnes sont restées enfouies sous les décombres, et les gens qui ont connu ce cataclysme l’évoquent encore avec émotion et en gardent les cicatrices dans leur cœur. Au bas de la colline, le port de commerce et la mer, et vers l’ouest, la ville actuelle au bord de la mer, le long de la plage. De 500 habitants en 1920, la ville est passée à 30.000 en 1952 et à 300.000 aujourd’hui, formant avec les quartiers alentour une agglomération d’un million d’habitants.

La paroisse Ste-Anne

L’église Ste-Anne, seule présence de l’Église catholique dans cette grande cité, est très discrète, dans un quartier plutôt tranquille. Son clocher émerge à peine des arbres. Son ouverture à l’international et à la catholicité est indiquée dès l’entrée sur les panneaux d’accueil et les dépliants en nombreuses langues. L’église est ouverte toute la journée. Très souvent passent des visiteurs qui s’arrêtent pour prier ou pour saluer le prêtre disponible à tous. Naturellement, je participe aux célébrations eucharistiques de la paroisse. Il y a d’abord celle du samedi soir. Le Père Gilbert est là, à l’entrée de l’église, et salue tout un chacun, demandant la nouvelle. Il s’enquiert de l’origine des gens de passage, s’adressant dans leur langue lorsqu’il le peut car il manie le français, l’anglais, le flamand, l’italien et l’espagnol, et peut même sortir quelques phrases en polonais. Au cours de la liturgie, il s’arrangera pour que chacun ait un petit bout de prière en sa propre langue. Une chorale de 6 ou 7 dames, la chorale de Zusi, anime la liturgie. Les chants sont simples, très beaux et bien exécutés. La célébration se poursuit dans le jardin aux fleurs multicolores, autour d’un « pot » organisé pour ma visite. Toutes les occasions sont saisies pour le « pot de l’amitié » où se fabriquent l’échange et la connaissance.

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Agadir. Célébration à l’église Ste-Anne.
Photo Jean-Marie Guillaume

Le dimanche, l’assemblée est plus étoffée que la veille, quelques 150 personnes dont un bon nombre de touristes polonais. L’accueil est aussi chaleureux. La célébration est animée par « la chorale africaine », aux performances semblables à celles des chorales d’Afrique de l’Ouest. Elle est composée d’une dizaine de personnes, la plupart étudiants, venus du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Togo, de Madagascar… Ensuite se tient la réunion de pré-rentrée des étudiants. Les étudiants subsahariens constituent une aumônerie et suivent un programme sur l’année animé par le Père Bernard, le curé de la communauté de Tarroudant, à quelques 80kms. Tous les sub-sahariens présents, qu’ils soient étudiants ou simplement employés, participent à cette rencontre. Je dois leur présenter la SMA, ses activités, mes préoccupations et la mission. Une troisième célébration a lieu le dimanche soir. L’assistance est réduite, il n’y a pas de chorale, mais l’accueil et la participation de tous y sont toujours aussi chaleureux.

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Gilbert Bonouvrie, Latifa et Wladyslaw Penkala.
Photo Jean-Marie Guillaume

Latifa, musulmane, est l’âme de la maison. Elle ne compte pas ses heures, prépare le repas, fait les courses, accueille les visiteurs, fait office de sacristain, prend soin de l’église où elle aime prier, surveille le Père dans ses accrocs de santé et rentre chez elle en taxi.

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Agadir. Etudiants sub-sahariens.
Photo Jean-Marie Guillaume

Jean-Paul, étudiant togolais en informatique, termine son mandat comme président de l’aumônerie locale des étudiants. Il fait office de secrétaire paroissial. Ste-Anne est aussi une paroisse classique, avec toutes ses activités, catéchèse, préparation aux sacrements, groupes de réflexion etc. car bien des familles venues d’Europe se sont installées dans la ville. La Caritas, dont le bureau est animé par un couple protestant, un instituteur marocain et le prêtre catholique, est aussi très active. Elle répond aux besoins locaux, comme des aides à l’achat de médicaments, lunettes et fournitures scolaires, des bourses d’étude, des aides ponctuelles à des projets de développement, surtout en rapport avec la sécheresse, constructions de puits, de digues, de canaux d’irrigation, sans oublier le soutien régulier aux enfants abandonnés et aux aveugles. Le Père Gilbert est très attaché à son église et à cette paroisse. Il ne manque pas une occasion pour la faire connaître, l’animer et inviter les gens à contribuer à cette animation.

[1] Voyez le récit complet du voyage du Père Guillaume au Maroc dans la rubrique Chronique missionnaire de notre site Internet.

[2] En ce temps-là, la province SMA des Pays-Bas nourrissait le projet de prendre en charge le sud du diocèse de Rabat.

[3] Je dois un très grand merci à Wƚadysƚaw, qui m’a conduit d’un endroit à l’autre avec beaucoup de patience et de disponibilité.

[4] Les sœurs ne sont plus que trois. La communauté sert d’appui à d’autres sœurs, qui ont fondé une fraternité itinérante et vivent sous la tente au milieu de Touaregs semi-nomades.

[5] A la suite du film Des dieux et des hommes, pèlerins ou curieux se font de plus en plus nombreux.

[6] J.-P. Flachaire, Monastère Notre-Dame de l’Atlas, hier et aujourd’hui, p. 6-5.

Publié le 26 août 2013 par Jean-Marie Guillaume