Les mémoires du P. Charles Roesch sma (13e partie)

Les sœurs Notre-Dame des Apôtres à Bè

J’ai eu déjà l’occasion de parler de mon travail au Collège N.-D. des Apôtres. J’y assurais des messes quand leur aumônier était absent, et servais aussi d’intérimaire pour d’autres ministères, ponctuellement ou en remplacement de professeurs manquants, en congé ou malades. J’ai retrouvé aujourd’hui, dans notre maison de retraite à Saint-Pierre, certaines sœurs qui enseignèrent là et qui me connaissent depuis cette époque. Il régnait une entente et une collaboration parfaites entre ce collège et le Collège St Joseph.

A la demande de Mgr Dosseh Robert Anyrons, les sœurs N.D.A. cédèrent leur maison d’habitation et leur école primaire de filles de Lomé-Plage aux sœurs N.D.E. [1] et vinrent s’installer à Bè en juillet 1963. Ce sont Sr Cécile Heinrich et Sr Marie-Louise Dillenseger qui firent fait la passation [2]. Les sœurs N.D.A. furent les véritables cofondatrices de la paroisse de Bè. En attendant d’avoir un terrain, elles allaient faire la classe chez les Pères, qui devaient dédoubler les classes garçons et filles. Le P. Bosetti, en plein chantier, leur proposa pour logement la petite sacristie attenante à la première chapelle-école qu’il avait lui-même occupée durant la construction de la maison régionale. Puis il leur construisit à la hâte une minuscule salle d’eau, avec un W.C. et, ô merveille, un tonneau rempli d’eau et une calebasse pour y puiser. On meubla ensuite la pièce de deux lits, d’une petite table, d’un petit garde-manger, d’un placard et d’un gaz à deux brûleurs. Leur chez-soi une fois meublé, il ne restait guère de place pour circuler. Et certes, à même sous les tôles, elles n’avaient pas froid ! Les denrées périssables étaient entreposées au frigo de la maison régionale.

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Ecole d’Amoutivé.
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Dés que le P. Bosetti eût terminé de construire ses quatre nouvelles classes, au cours du premier trimestre 1963-64, il mit à la disposition de ces sœurs une salle de classe avec électricité et eau courante. Il y avait un coin accueil, un coin cuisine et un coin salle-à-manger, ainsi qu’un lit masqué par un paravent pour l’arrivée de la troisième sœur, Hélène Héveline. La sacristie resta comme dortoir, avec sa salle d’eau attenante et ses toilettes. Par la suite, les sœurs de Menton [3] leur achetèrent un petit frigidaire en compensation de ce qu’elles avaient laissé dans leur communauté de la Plage. Mgr Dosseh, enfin, dota le petit dortoir d’un ventilateur car il y faisait vraiment trop chaud. Vous avez là un petit spécimen de ce qu’ont dû vivre bien des Pères et des Sœurs pour débuter une mission.

Le temps était venu de créer l’Ecole N.D.A. de Bè. L’Évêché se chargea des démarches pour l’acquisition du terrain, et la Congrégation de l’achat. Il se trouvait dans la cocoteraie, entre le village et la mer. Une seule petite maison y était alors construite. Les cocotiers abattus furent transportés par les élèves, comme des mille-pattes sous les troncs bruns. En 1965 prit corps un bâtiment à deux étages de huit classes. Deux classes servirent d’abord d’habitation aux sœurs, puis on construisit deux bâtiments de 4 classes à un étage, au delà d’une cour de récréation assez spacieuse. Toute la maison devint ensuite maison provinciale et maison de passage, avant qu’on ne bâtisse, en 1986, la maison régionale sur un terrain qui lui était réservé. Sœur Cécile Heinrich quitta Bè en 1964, Sœur Marie-Louise Dillenseger en 1965 [4] ; Sœur Vincengina Gandi prit la relève.

Les élèves affluèrent dès la rentrée 1965-66 à Kamalado, la nouvelle école primaire des filles. On en inscrivit jusqu’à 100 au C.P. 1, en comptant sur une dizaine d’absences par jour. Les gens venaient supplier de prendre leur enfant et proposaient d’apporter leur petit tabouret. Des classes surchargées, jusqu’à 60 à 80 élèves, étaient le lot de beaucoup de nos écoles de mission. En classe, le travail était sérieux, les élèves étaient disciplinées et studieuses. Un bon esprit régnait entre elles et leurs maîtresses.

De 1967 à 1973, c’est Sœur Marie-Paul Spiellart qui fut provinciale. Elle avait été auparavant professeur et directrice du Collège N.D.A. d’Amoutivé. Elle assurait aussi quelques cours de sciences physiques dans les classes terminales au Collège Saint Joseph. Après son décès, en août 1973, la dernière directrice N.D.A du Collège d’Amoutivé, Sœur Marie-Rose Begué, lui succèda comme provinciale jusqu’en 1977.

Durant mon séjour à la paroisse de Bè, de 1972 à 1980, j’ai connu bien des Sœurs N.D.A. avec lesquelles j’ai travaillé : Georgette Koenig, Gabrielle Propeck, Akpabi Magdala, Gbikpi Jésuina... Sœur Louise Abotsi dirigeait l’école primaire et dispensait, en plus des cours, la catéchèse avec Sœur Rosita Koumapley ; elle fut désignée en 1976 comme membre du Comité paroissial. Ces deux sœurs m’accompagnaient encore le samedi matin à l’école primaire des garçons afin d’assurer aux jeunes des écoles officielles la préparation religieuse au baptême, à la première communion et à la confirmation.

Toutes ces sœurs furent d’un apport remarquable et précieux pour le développement et la vitalité de la paroisse Marie-Reine de Lomé-Bè. Elles formaient en effet les enfants, mais aussi les femmes ; elles s’impliquaient dans la pastorale, effectuant la catéchèse, encadrant et animant différents mouvements comme la Légion de Marie, la J.C.B., la Congrégation Ste Elisabeth créée par Sœur Magdala, et d’autres encore.

(à suivre : la période de 1960 à 1972 de la paroisse de Bè)

[1] N.D.A. : Notre-Dame des Apôtres. N.D.E : Notre-Dame de l’Église.

[2] Sr Cécile Heinrich fut pour un temps, avant son décès, directrice de la maison de retraite de Saint-Pierre ; Sr Marie-Louise Dillenseger est aujourd’hui en retraite à Colmar.

[3] Elles encadraient encore les sœurs N.D.E. à Lomé-Plage.

[4] Sœur Cécile Heinrich rejoignit Niamtugu.

Publié le 22 mars 2012 par Charles Roesch