Les mémoires du P. Charles Roesch sma (15e partie)

Ministère à Bè de 1973 à 1978
Le P. Vonderscher dût quitter l’Afrique durant l’année 1974 pour raison de santé. Avec le P. Rémond, nouveau Régional, le P. Meyer, vice-régional, et moi-même, nous faisions une équipe pastorale très unie pour administrer, assurer les offices, la célébration des sacrements et la pastorale dans cette grande paroisse en plein développement. Cela comprenait aussi les stations secondaires de Dékadjévikopé, Gbenyedjikopé, Akodseva et Kaïnkopé. S’y ajoutaient encore les établissements scolaires : l’école primaire des garçons de la mission de Bè et celle des filles des sœurs N.D.A. de la plage, avec la chapelle de leur communauté, ainsi que les écoles d’Ablogamé, près du port, de Dékadjévikopé, de Bè-Lagune et de Kinkopé. Il fallait agrandir ces écoles chaque année. On devait ramasser le montant de la scolarité et le porter au P. Riegert à la direction des écoles de l’évêché.

Comme par le passé, le curé portait la responsabilité des écoles de la mission. Il était chargé de chercher à la fin du mois la paie des maîtres à la direction de l’enseignement catholique et de la leur remettre ; ceci dura encore un certain temps jusqu’à ce que le gouvernement les paye directement. Il lui revenait surtout d’accompagner la catéchèse qu’ils dispensaient, une tâche particulièrement importante puisqu’ils préparaient eux-mêmes la première communion et le baptême de leurs élèves.

Il fallait donc s’assurer de trouver un enseignant sérieux et fervent dans les CE2, année de préparation des sacrements d’initiation, et dans les CM1 pour la confirmation. Il y avait une messe des élèves le mercredi ou le jeudi. Durant l’année scolaire, nous organisions dans les locaux de la mission de Bè une catéchèse le samedi matin pour la préparation aux sacrements. Mais nous l’assurions aussi dans certaines écoles publiques où nous étions autorisés à le faire : au collège Ora et Labora, au CEG de Gbenyedzi, futur lycée, dans les écoles primaires de Bè. Nous faisions appel à des laïques bénévoles, à la Légion de Marie et à différentes congrégations.
Chaque année nous avions un nombre impressionnant de baptêmes, de premières communions et de confirmations, non seulement dans nos écoles mais aussi dans les établissements publics. Le nombre de catéchumènes et candidats à la première communion et à la confirmation augmentait tous les ans. Il fallait chaque année faire une première communion dans chacune des stations et rassembler ensuite plus de 800 confirmands à l’église Marie-Reine. Mgr Dosseh, notre archevêque, célébrait.

Le groupe des enfants de chœur est un domaine dont je prenais un soin tout particulier. Ils étaient toujours assez nombreux. C’était pour moi une véritable pépinière de vocations sacerdotales. Aussi pouvais-je envoyer chaque année au petit séminaire d’Agonylévé deux, trois ou même quatre candidats à la fin du CM2 et du Certificat d’Etudes. L’archidiocèse de Lomé et le diocèse d’Anécho comptent aujourd’hui onze prêtres qui sont venus de cette paroisse durant mes huit ans de présence. Plusieurs jeunes filles, dont certaines sont originaires des mêmes familles, sont entrées au couvent au cours de cette période : sept chez les sœurs NDE, une chez les bénédictines, une chez les sœurs de la Trinité, une autre enfin chez les franciscaines.

La naissance et l’augmentation en nombre des congrégations, appelées aujourd’hui associations, constituent un fait remarquable de cette époque. Nous le rencontrions aussi dans les autres paroisses de Lomé. A mon arrivée en 1972, la Légion de Marie et la Congrégation Ste Rita fondée par M. Paul Kponton, un policier, existaient déjà. Il faut encore mentionner les Chevaliers de St John, essaimés de la paroisse-mère St Augustin d’Amutivé, et la chorale St Jean Baptiste fondée par M. Nicolas Agbétiafa qui la dirigeait depuis 1958.
Bien vite d’autres congrégation virent le jour, à commencer par la JCB, Jeunesse Catholique de Bè, en janvier 1973, dont la chorale assurait les chants de la messe en français du dimanche soir. Puis naquirent successivement : en 1975, les Dames Auxiliaires des Chevaliers de St John, épouses des chevaliers de St John (Mme Catherine Agbétiafa) et les congrégations de ND du Perpétuel Secours (Mme Lyna Sokpoh), de St Antoine de Padoue (M. Christian Doevi-Tsibiaku) ; en 1976, celles de Ste Elisabeth (Mme Rose Anani et Sr Magdala nda) et de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, à Gbényedzikopé (M. Byll). Treize autres se sont encore ajoutées après nous.
Ces congrégations recrutaient chaque année de nouveaux membres parmi les confirmés. Elles leur assuraient un suivi de formation spirituelle et biblique et leur offraient en même temps un engagement pastoral pour leur vie chrétienne. Chacune avait sa réunion, à 5h du matin un jour précis de la semaine, dans une salle de classe de l’école primaire de la mission ou au foyer paroissial ; à 6h, elles avaient leur messe hebdomadaire à l’église de la paroisse.

Nos églises étaient très fréquentées le dimanche, et même durant la semaine. Heureusement, nous avions la possibilité de choisir des hommes ou des religieuses Fidei custodes pour aider le prêtre à distribuer la communion, ce qui, dans les paroisses à grande affluence de Lomé, présentait une sérieuse surcharge.

Deux événements singuliers me sont restés en mémoire. Le dernier dimanche de janvier, Mgr Dosseh, notre archevêque, convoqua toute la paroisse, en même temps que les féticheurs et les féticheuses dans leur tenue traditionnelle, à une grand-messe pontificale au bord de la lagune, dans le vieux Bè.
Il me fallait préparer l’autel et le nécessaire pour la célébration. Les gens avaient apporté leur tabouret ou s’asseyaient à même le sol comme aujourd’hui encore les jeunes à Taizé. C’était un office un peu orignal, selon la liturgie traditionnelle, mais qui se voulait une ouverture et une rencontre de notre paroisse avec le monde animiste de Bè.

Le vendredi précédent avait eu lieu l’accident de Sarakawa. Le lundi qui avait suivi, il avait fallu se rendre à la cathédrale de Lomé concélébrer avec Monseigneur la messe d’enterrement des deux militaires français, le commandant de bord Bertrand Delaire, et le pilote, le capitaine Jean Catin. Assistaient à cette messe praesente corpore la famille des officiers décédés, les membres du gouvernement, les ambassadeurs, ainsi qu’une assistance nombreuse. Dans son homélie, Mgr Dosseh insista pour dire que ces valeureux soldats étaient morts pour la nation togolaise.

Nous vivions en parfaite harmonie avec les féticheurs de la forêt sacrée, nos relations étaient cordiales et respectueuses. Une année après la messe avec les habitants de la forêt sacrée, sur invitation du Pape Paul VI et l’intervention de Mgr Dosseh, nous avons envoyé un des grands féticheurs assister à Rome à une session internationale des différentes religions. Notre paroisse, qui s’était chargée de lui fournir un costume et le nécessaire pour le voyage, avait organisé une cérémonie de départ à l’église Marie-Reine et l’avait accompagné à l’aéroport. Ces deux événements ont vraiment créé une ouverture à la religion chrétienne dans ce monde païen. Mon successeur, le P. Kouto, a pu baptiser, confirmer et marier chrétiennement le 19 juin 1993 le chef traditionnel Joseph-Désiré Togbui Aklassou, qui a exprimé à cette occasion le désir que la station secondaire « Jésus Miséricordieux », sur notre ancienne école primaire de Bè Lagune, devienne paroisse.

Nous vivions aussi en bons termes avec l’Eglise protestante de Bè. La semaine de l’unité nous offrait toujours l’occasion de nous rendre dans leur temple et d’y célébrer un culte avec eux en assurant la prédication. Nous y allions avec notre chorale St-Jean-Baptiste et notre comité paroissial. En retour, la paroisse protestante se déplaçait chez nous le dimanche suivant pour une célébration œucuménique. Un pasteur participait toujours à nos grandes réceptions et grand-messes à l’église Marie-Reine et était invité au foyer paroissial pour les repas communautaires.

Publié le 18 septembre 2012 par Charles Roesch