Les mémoires du P. Charles Roesch sma (16e partie)

(Suite du n° 3/2012)

Ministère à Bè de 1973 à 1978
Les fondations et créations de stations secondaires

A vue d’œil, la ville s’étendait vers l’est, vers le Bénin. L’immense cocoteraie disparaissait et on voyait surgir des quartiers les uns après les autres sur des kilomètres le long de l’Océan Atlantique et de la lagune côtière. Il fallait prévoir des terrains pour construire nos lieux de cultes, nos écoles, les futures structures de nos paroisses. Le nouveau port et toute une zone industrielle, surgie après l’indépendance politique du pays, étaient en construction et attiraient un flux de nouvelles populations en recherche de travail.

J’ai donc essayé d’abord de régulariser nos terrains et d’en obtenir de nouveaux en les lotissant et en obtenant des titres fonciers. C’était un gros travail, coûteux de surcroît car il fallait payer un géomètre et obtenir les papiers administratifs. M. Antoine Ocloo, catéchiste ambulant d’Amutivé, chargé de l’enregistrement des terrains, m’a aidé à faire ces démarches. J’ai dû faire établir un titre foncier pour le terrain de l’église paroissiale, du presbytère, de la maison régionale et du foyer Marie-Reine. Ceci devenait absolument nécessaire pour obtenir un permis de construire sur ce terrain d’une superficie de plus un hectare, donation de Pa de Souza [1].

J’ai acheté également, avec les cocotiers, le terrain de l’école-chapelle de la station secondaire de Dékadjévikopé, où les P. Salésiens ont construit une belle et grande école primaire. J’ai fait borner le terrain de l’école d’Ablogamé, une opération de haute lutte avec quelqu’un qui essayait d’en accaparer une partie pour y faire sa propre construction, et j’ai réussi à établir un titre foncier. Ce terrain est occupé aujourd’hui par une école technique et primaire des Sœurs Salésiennes. Il en est de même pour le terrain de Bè Lagune, qui s’est agrandi avec l’assainissement en 1972 par une société hollandaise de la lagune et de ses abords. Progressivement, d’année en année, notre école primaire s’est développée ; elle est finalement devenue une station secondaire « Jésus Miséricordieux » en 2006. Le chef du canton de Bè, Joseph Aklassou III, a exprimé le désir qu’elle se transforme en paroisse lors du cinquantenaire de la paroisse Marie-Reine en 2010. Quel progrès ! Et quelle ouverture dans la mentalité de la population du vieux Bè, autrefois fermée et hostile à toute implantation chrétienne dans sa localité !

En 1973, j’ai construit la chapelle St Benoît d’Akodesséwa, après avoir régularisé un terrain malheureusement un peu exigu provenant de la famille du Dr Ajavon. J’ai été aidé financièrement par les Oblates bénédictines, parmi lesquelles Mme Vve Laetita Ajavon, qui assuraient aussi la catéchèse à l’école primaire publique. On célébrait de temps en temps la messe dans l’enclos de la tombe du Dr Ajavon sur la propriété familiale. Cela devint régulier avec la nouvelle chapelle St Benoît. Après un an, il fallut déjà l’agrandir. En face, les Pères Salésiens ont aujourd’hui construit une résidence, une école technique et un institut supérieur de philosophie et de lettres. Un terrain est acquis pour une future église paroissiale en construction dans le quartier voisin.

En 1974, M. Byll Patrice et sa congrégation Ste Thérèse de l’Enfant Jésus construisirent une chapelle Ste Thérèse de l’Enfant Jésus en claie couverte de tôles. J’ouvris la station secondaire de Gbényédzikopé, qui deviendra en 1981 l’emplacement de la future paroisse « Maria-Auxiliadora », avec sa belle église et son presbytère confiés aux Pères Salésiens. On y assurait régulièrement la messe dominicale. Le premier grand baptême d’adultes, avec première communion, y eut lieu en 1975 et, la même année, nous y avons créé le premier comité paroissial. Le 24 novembre 1974, la paroisse Marie Reine est choisie pour la première fois comme point de chute des manifestations de la fête du Christ Roi : on y accueille la traditionnelle Procession du Saint Sacrement de toutes les paroisses de Lomé, qui part de la cathédrale et rejoint Bè par Amutivé.

Construction du presbytère et réaménagement du terrain
Pour rendre la paroisse indépendante de la maison régionale et la passer un jour au clergé diocésain, il fut décidé de construire un presbytère. Cela entraîna bien des transformations de l’école, du foyer, ainsi que des clôtures de l’ensemble des bâtiments. On ouvrit un nouveau portail à l’est de la cour de récréation et on pratiqua un nouvel accès à la maison régionale sur la rue Gallitou. Grâce à de multiples aménagements, on obtint trois ensembles bien séparés et autonomes : l’école avec sa cour, le presbytère et le foyer paroissial avec l’église et sa cour, et enfin la maison régionale avec sa propriété.

Je dus aussi construire une nouvelle classe et un bureau pour récupérer le tout premier bâtiment qui avait servi de première église paroissiale une dizaine d’années durant et que l’école avait réoccupé après l’ouverture de la nouvelle église. J’aménageai ce bâtiment, je le consolidai et le repeignis. Le 19 août 1975, lors de notre fête paroissiale Marie Reine que présida Mgr l’Archevêque, nous avons ainsi inauguré notre nouveau foyer paroissial de Bè. Y assistaient notre Evêque Mgr Dosseh, le Vicaire Général Mgr Anaté, le chef Adjalé de Lomé-Amutivé, le chef de canton Aklassou III de Bè, le Comité paroissial et les curés de la ville de Lomé ; tous furent invités au repas de fête dans ce nouveau foyer.

De 1974 à 1975, nous avons construit le nouveau presbytère à étage. Le financement a principalement été réalisé par trois Pères S.M.A., les Pères Rémond, Meyer et moi-même, et un peu par la paroisse. L’ameublement nous a été offert en partie par la maison régionale. Le bâtiment a été inauguré et béni le 29 février 1976 par Mgr Dosseh Anyron, après la messe de confirmation de 800 confirmands venus des stations principales et secondaires. Moi-même, en tant que curé, et mon vicaire le Père Meyer, avons alors quitté la maison régionale pour nous installer dans le nouveau presbytère.

En février 1977, un message de l’Ambassade de France m’annonça que j’étais nommé par le Premier Ministre français à l’ordre des Palmes Académiques pour service rendu à l’éducation. Cette nomination me fut confirmée rapidement par M. Barthel Emile, mon cousin, maire de Scherwiller, qui m’envoya un extrait du journal officiel et me félicita. Quatre membres SMA ont reçu cette distinction au Togo : le P. Emile Riebstein, pour son implication dans l’enseignement et pour ses travaux de linguistique : un dictionnaire français-ewe/ewe-français et une grammaire ewe ; le P. Aloyse Riegert, qui fut directeur diocésain et territorial de l’enseignement catholique de 1940 à 1960 ; le P. Georges Ehrhard qui, depuis son arrivée en 1946 et jusqu’à son départ d’Assahoun en 1977, fut directeur et souvent fondateur des écoles primaires dans tous les postes de mission qu’il occupa et des C.E.G des missions d’Agou (4 ans) et d’Assahoun (8 ans) ; et moi, le dernier SMA, pour les 15 années scolaires successives que j’ai passées comme professeur au Collège St Joseph. D’autres confrères et des laïcs plus valeureux que moi y avaient enseigné, mais ils ne remplissaient pas cette condition : totaliser 15 années scolaires au minimum au titre de la Coopération française. On pouvait d’ailleurs y ajouter les 5 autres durant lesquelles je m’étais fortement impliqué, en tant que curé responsable, dans les écoles primaires de garçons de la paroisse de Bè.

En décembre 1977 eut lieu la visite pastorale de la paroisse par Mgr Dosseh-Anyron. A la suite de cet événement, on forma et installa un nouveau comité avec les différentes commissions prévues par le nouveau règlement diocésain. Le nouveau Président élu en était M. Athanase Komla-Ebri. Il fut le troisième Président de la paroisse, après M. Linus Améganvi et M.Jean-Nicolas Agbétiafa.

En février 1978, le P. Joseph Meyer quitta définitivement le Togo pour raison de santé. Le P. Erhard prit sa relève comme vicaire jusqu’en 1980, date à laquelle il quitta définitivement le Togo à son tour. Quant à moi, je partis en congé et quittai la Paroisse Marie-Reine de Bè le 14 mai 1980. Le P. Erhard continua à la gérer jusqu’en octobre 1980. A cette date arriva l’Abbé Adjoyi, 1er Curé diocésain. En 1981, les Pères Salésiens de Don Bosco prirent la nouvelle Paroisse Maria Auxiliadora de Gbényédji par division de la Paroisse Marie-Reine de Bè.

[1] Titre foncier n° 12467 Volume LXIII p. 123 remis à l’archevêché le 7 septembre 1974.

Publié le 25 septembre 2012 par Charles Roesch