Les mémoires du Père Charles Roesch (10e partie)

Nominations de la rentrée 1968 au Collège Saint-Joseph de Lomé
Voici les nouvelles nominations de l’archevêché publiées la veille de la rentrée 1968 : le P. Pierre Danu Dovi est nommé recteur du collège ; le P. Jean-Paul Weiss est transféré du petit séminaire Saint-Pierre-Claver au collège pour devenir préfet de discipline chargé de la surveillance des grands ; il est assisté du P. Placide Ajavon, chargé de la surveillance du dortoir des petits. Sont maintenus : le P. Bernard Vonderscher comme économe, le P. Antoine Lutz pour assurer les mathématiques dans les deux 3èmes, le P. Albert Haas, le P. Joseph Fuchs, ainsi que moi-même comme censeur.

La nouvelle politique, que mène le P. Dovi selon une exigence des grévistes, est de confier les terminales et les classes de première à des professeurs titulaires de diplômes universitaires. Quant à moi, après les avoir assurées pendant quatre ans avec des résultats au bac très satisfaisants, j’ai pu céder enfin les mathématiques dans les terminales, mais j’ai dû les reprendre dans les premières pour lesquelles j’étais rodé.

Années scolaires 1968 à 1971
L’année scolaire 1968 débute très mal. Après un mois de cours, la grève éclate à nouveau chez nous et au Lycée de Tokoin le 27 novembre, le jour-même de l’enterrement du P. Aloyse Riegert. L’armée, cette fois, est aussitôt intervenue dans les deux établissements. Les militaires ont encerclé le collège en fin de matinée. Le P. Dovi a ordonné à tous les externes et élèves de Lomé de quitter l’enceinte du collège et demandé aux internes de l’intérieur du pays de se tenir prêts à évacuer l’internat après le repas. A mon chambrier Pouli, un Kabiais, j’ai donné quelques sous pour le voyage.

Des camions militaires sont venus stationner sur la route devant le grand portail juste avant que nous ne quittions le collège pour nous rendre à l’enterrement du P. Riegert qui devait se tenir à la cathédrale à 3 heures. Les militaires ont fait monter sur les camions nos élèves et leurs bagages et les ont escortés jusqu’à la gare centrale. La même chose s’est passée pour le lycée. Les élèves ont été embarqués dans des wagons qu’on a attachés au train du soir en partance pour Atakpamé et Palimé ; on les faisait descendre à leur gare de destination. Pour ceux qui venaient de la région de Sokodé et de Kara, ils devaient passer la nuit dans le wagon à Atakpamé, puis poursuivre le jour suivant leur voyage jusqu’à Blita. Là, de nouveau, des camions militaires les attendaient pour les conduire à Kara, où ils se faisaient bien admonester en raison de leur mauvaise conduite à l’égard du Président et du gouvernement. On les emmenait enfin à Mango, où ils devaient se désolidariser de leurs camarades du sud « agissant contre leur pays et son gouvernement » qui leur fournissait des bourses d’études.

Après avoir fait une déclaration d’amende honorable, ils étaient reconduits à Kara. Ils devaient s’y présenter chaque matin à l’appel au camp militaire. On leur a donné du travail pendant une dizaine de jours, jusqu’à ce que la fin de la grève et la reprise des cours soient officiellement déclarées. On leur a alors fourni des titres de transport pour retourner à Lomé. Durant ce temps, au grand portail du collège, une garde militaire interdisait jour et nuit l’entrée à tout élève et à toute personne étrangère à l’établissement sans un laissez-passer du Père Recteur. Il en allait de même pour le lycée. Pour nous, c’était le calme absolu.

Les cours reprirent finalement. Il était difficile de maintenir la discipline à l’internat. Le P. Weiss s’en plaignait souvent et le P. Ajavon se trouvait souvent dépassé. Le P. Weiss rentra définitivement en France à la fin de l’année scolaire et le P. Bertin Agbobly le remplaça. En fin de compte, on ferma l’internat en juin 1970 pour remédier à l’indiscipline. L’évolution des mentalités et le contexte sociopolitique qui régnaient dans le pays à cette époque ne permettaient plus de le maintenir. Les sœurs NDA au Collège Notre-Dame firent de même. Aujourd’hui, les dortoirs sont transformés en salles de classe.

Par tous les moyens, le P. Recteur essayait de trouver pour les classes terminales, les premières et les secondes des professeurs licenciés, des fonctionnaires, des anciens du collège ou des étudiants encore à l’Université. Ce n’était pas facile. Ces gens à temps partiel étaient souvent instables. Tout dépendait de leur emploi du temps, qui pouvait changer en cours d’année. Etant chargé du planning des cours et de leur répartition, cela me demandait d’aménager les horaires avec les autres professeurs et je me heurtais souvent à de véritables impasses. Il fallait trouver des arrangements, obtenir des consentements. Heureusement, les professeurs en place firent preuve de beaucoup de compréhension pour caser les cours au mieux dans l’intérêt de tous. Je garde un mauvais souvenir de ces temps de transition difficiles. Le P. Vonderscher rencontrait lui aussi bien des difficultés par suite du retard des bourses et des subventions que l’Etat versait irrégulièrement. Les résultats aux examens officiels restèrent malgré tout satisfaisants durant ces trois dernières années de notre présence au collège.

Les Pères S.M.A. professeurs quittaient progressivement le collège quand ils rentraient en congé en France : Antoine Lutz, Albert Haas, Joseph Fuchs en 1969, André Lévêque en 1970 ; Georges Klein, après un an de présence seulement, rejoignit le diocèse d’Atakpamé cette même année 1970. Il ne resta finalement de Pères SMA que le P. Vonderscher et moi. Nous poursuivîmes la dernière année scolaire jusqu’en juin 1971, année de notre congé, lui comme économe, et moi comme censeur et professeur.

Ainsi se termine l’épopée des 36 prêtres SMA qui fondèrent le Collège Saint-Joseph avec Mgr Strebler et y enseignèrent durant 21 ans, de 1948 à 1971. Aujourd’hui, des prêtres diocésains de Lomé le gèrent et en maintiennent la cote avec un corps professoral laïc entièrement togolais. Ils ont développé l’établissement, qui est devenu en l’an 2000 le « Groupe Scolaire du Collège Saint-Joseph » (G.S.C.S.J.). Il embrasse l’enseignement secondaire général de la sixième à la terminale. A cela s’ajoutent l’enseignement technique G1 et G2 dans les bâtiments de l’ancien collège Mgr Strebler, au-delà de la route de l’aéroport, et le primaire dans l’école Kwakumé située dans les mêmes parages.

Publié le 25 août 2011 par Charles Roesch