Les mémoires du Père Charles Roesch sma (17e partie)

Suite du n° 2012/4
Le P. Charles Roesch à Tomegbe

Année sabbatique 1980- 1983
Pour l’année pastorale 1980-1981, je suis affecté à la maison du Doernelbruck à la Robertsau. Je suis des cours à la carte à la faculté catholique de Strasbourg et je suis nommé vicaire de dimanche du curé Henry Schmidt. Cette année-là, Mgr Heckel, évêque coadjuteur de Mgr Elchinger, fit la visite canonique de la paroisse.
Je pensais repartir en octobre 1981. Mais à la fin de juillet Mgr Dosseh ne m’avait toujours pas donné de nouvelle affectation, ainsi qu’il me l’avait promis devant le Père Roger Moritz provincial le jour de l’Ascension lors de notre rencontre à la maison provinciale de Strasbourg. Je fus donc affecté en attendant à la paroisse Sainte Famille de Schiltigheim auprès du curé Camille Dillmann qui était en quête d’un vicaire.
Ce séjour à Schiltigheim, qui a finalement duré deux années pastorales, fut pour moi très bénéfique et formateur : une paroisse de ville bien gérée, aux multiples activités pastorales, avec un curé très dynamique, jovial et efficace. Estimé par ses ouailles, avec le Curé Dillmann savait manier ses collaborateurs laïques, son peuple, avec beaucoup de dextérité et d’habilité. Ce vicariat fut une aubaine pour mon recyclage.

Au mois de juillet 1983 eut lieu l’assemblée provinciale à Oberbronn. Le vendredi 26, la veille de la clôture de l’assemblée, tous les membres assistaient à l’enterrement du Père Arthur Eschlimann à Saint Pierre. Pendant cet office, on pensa aussi au Père Raymond Cottez qui venait de décéder le 24 juin ; sa dépouille mortelle devait être transférée à Tomegbe. Mgr Kpodzro, évêque d’Atakpamé, était venu à cette cérémonie. Il s’est adressé au Père Claude Rémond, alors en fin de mandat de Régional à Lomé-Bé. Le soir, le Père Rémond me fit part de la demande de Mgr Kpodzro de trouver un ou deux remplaçants au Père Cottez à Tomegbe ; il me dit que Mgr viendrait le lendemain à Oberbronn participer au repas de clôture de l’assemblée après les élections, dans la matinée, des conseillers du Père Derr, le nouveau Provincial. Après une nuit de réflexion bien tourmentée, j’acceptai d’accompagner le Père Rémond à Tomegbe.
Mais voilà qu’on venait d’élire ce samedi matin le Père Rémond comme conseiller provincial. Notre projet, conclu le matin à la hâte, tomba à l’eau. Quand arriva Mgr Kpodzro, j’évitai de le rencontrer et disparus dans le parc après le repas. Je fus néanmoins appelé par le Père Derr, en compagnie de Mgr Kpdzro, du Père Bouhelier, le nouveau Régional, et du Père Rémond. Mgr Kpodrzro me demanda de venir remplacer à Tomegbe le Père Cottez et son successeur, le Père Bediakou, prêtre diocésain et curé de la Paroisse N.D. de Lourdes depuis 5 ans. Puisqu’il possédait le diplôme de docteur, ce dernier devait être envoyé au grand séminaire régional d’Ouidah pour être professeur de théologie morale.
Le diocèse d’Atakpamé ne comptait alors que six prêtres autochtones. Mgr Kpodzro affirmait qu’il n’avait aucun prêtre diocésain disponible pour l’envoyer à Tomegbe. J’ai donc accepté cette charge, pour 8 ans au maximum et à la condition d’avoir un vicaire, ce que Mgr m’accorda. Il me donna en attendant le Père René Soussia, que je connaissais bien.

Vers la mi-octobre, le Père Bosetti et moi, nous nous sommes embarqués à Marseille sur le cargo Genève pour une dizaine de jours avec trois escales d’une journée. Nous avions chacun notre voiture personnelle, chargée de linge et d’autres objets pour la mission, et particulièrement dans la mienne du matériel de sonorisation pour l’église de Tomegbe. Ce voyage, mon premier en mer, fut très confortable : chacun avait une belle cabine, et nous prenions nos repas avec le commandant de bord et son adjoint. Cela m’a permis de visiter Barcelone, avec sa magnifique église « Sagrada Familia », la belle ville de Valence, et surtout Freetown, en Sierra Leone, où se trouve les tombes de Mgr Marion de Brésillac et de la première équipe SMA, le P. Louis Riocreux, le P. Jean-Baptiste Bresson, le Frère Gratien Monnayeur et le P. Louis Reymond. Tous les cinq sont décédés quelques semaines après leur arrivée en mission, en juin 1859, par suite d’une épidémie de fièvre jaune.

Arrivée à Tomegbe
Après le dédouanement de mon véhicule, ma réinscription au Consulat de France et l’achat de ravitaillement, je montai à Atakpamé, ma voiture chargée à bloc, pour voir l’évêque, Mgr Kpodzro. Il me demanda de rejoindre Tomegbe sans tarder. On était à la veille de la procession du Saint Sacrement, dimanche du Christ Roi. Le lendemain matin arrivait le Père Améganvi, délégué par l’évêque pour me présenter et m’installer comme curé de la paroisse N. D. de Lourdes. C’était le dimanche 20 novembre 1983.

Le Père René Soussia était revenu de sa tournée en brousse pour prendre part à la messe et à la procession à travers les deux villages de Tomegbe et d’Akloa. Vers 11h 30, le comité paroissial et d’autres personnes vinrent siéger au presbytère. Le président, Alphonse Nyamékou, me souhaita la bonne arrivée et je répondis en expliquant ce qui m’avait déterminé à venir. Je voyais là un signe du Seigneur car ce dimanche était l’anniversaire de mon ordination sacerdotale avec mon collaborateur, le Père Soussia, le 20 novembre 1955 à Lyon.
Le comité offrit à son nouveau curé un coq et une cuvette de riz, un geste traditionnel d’accueil. Avant la messe, le Père Georges Klein installa la sonorisation avec les appareils que j’avais apportés. La matinée se termina avec le déjeuner : y participaient les Pères de Badou, Gérard Brétillot et Georges Klein, le Père Améganvi, le Père Bédiaku, ancien curé, le Père Soussia et moi-même.

Origine de la mission de Tomegbe
Me voici donc embarqué à la paroisse N.D. de Lourdes, dans le Litimé qui a connu une belle histoire et des missionnaires remarquables et exemplaires. En l’espace d’une vie d’homme, 75 ans, ils ont implanté l’Eglise dans cette région difficile d’accès, inconnue et ignorée jusqu’au début du XXe siècle. Au-delà de la chaîne de montagne de l’Atakora, c’est un jardin d’Eden, avec une végétation luxuriante et des forêts toujours vertes. La pluviométrie abondante en fait le verger du Togo : nombreuses espèces de fruits exotiques, plantations de café, de cacao...

L’évangélisation du Litimé débuta en 1908. Ce fut le Père Hering S.V.D., venant de Bibla, dans l’actuel Ghana, qui prospecta la région, visitant les 7 petites agglomérations du Litimé : Kpete, Tomegbe, Akloa, Wobe, Anonoe, Badou et Kessibo. Le 17 novembre 1908 furent célébrés les premiers baptêmes pour quatre petits enfants.
A la même époque, la Mission ouvrit la première école du Litimé, Ime, à Kpete. Le premier maître-catéchiste, envoyé par les Pères allemands, venait de Hohoe. C’était Moses Pereira avec sa femme Sophia. Au programme des deux premières années : catéchisme et histoire sainte en éwé. Au terme de cette période, les élèves étaient admis au baptême. Les premiers adultes baptisés dans le Litimé l’ont ainsi été à Kpete, en avril 1911, avec quelques petits enfants et surtout des adolescents. Au total, les 7 et 11 avril 1911, ce furent 41 personnes qui entrèrent dans la Sainte Eglise. C’était la naissance de la première communauté chrétienne de la région.
Ces baptêmes furent administrés par les Pères Hering, Florian et Schoenig SVD. Parmi ces nouveaux chrétiens, 37 étaient originaires de Kpete. Deux venaient de Tomegbe, à savoir Joseph Eklo, père de Monsieur le Ministre Kunalè Eklo, et Lucas Abuga. Deux autres, enfin, venaient d’Akloa : Martin Metchoko et Mathieu Tete. On compte 13 filles sur ces 41 jeunes. Les écoliers de Kpete, après avoir étudié l’éwé durant deux ans, devaient apprendre la langue allemande deux autres années. En même temps, ils préparaient leur première confession et aussi, après un intervalle variable, leur première communion. Des cérémonies séparées pour ces deux sacrements sont mentionnées dans le registre de Kpete, pour la première fois en 1913 et 1914. La seconde école du Litimé fut ouverte par les Pères allemands à Tomegbe en 1911. Le maître-catéchiste venait de Bi-Bla. Chaque famille de Tomegbe devait envoyer un garçon ou, à défaut, une fille. Trente-cinq jeunes - 25 garçons et 10 filles - reçurent ainsi le baptême des mains du Père Kockers le 17 septembre. Un seul vivait encore à mon arrivée, Monsieur Gabriel Metchoko, né en 1899, qui nous a fourni de précieux renseignements. A signaler, dans ce groupe de premiers baptisés à Tomegbe, Sylvestre Kpodzro, chef chrétien depuis 1936 jusqu’à sa mort et père de son Excellence Monseigneur Philippe Kpodzro. La naissance de la seconde communauté chrétienne du Litime date donc de cette année 1913.

Un peu plus au Nord, dans le village de Wobe, le Père Florian fit construire en 1916 un apatam pour le catéchisme et la prière commune. De ce village est originaire la mère de Anastatius Dogli, ordonné prêtre en 1922 à Cape-Coast, premier prêtre indigène de toute la région du Togo et de la Gold Coast.

à suivre

Publié le 24 octobre 2012 par Charles Roesch