Les mémoires du Père Charles Roesch (20e partie)

Suite du Ralliement 2013-1

La Grotte de Lourdes
L’année 1951 fut marquée par l’aménagement de la Grotte de Lourdes, sur le chemin des Kpete. La statue fut offerte par la famille du P. Simon, de Bergbieten, après un pèlerinage à Lourdes au cours duquel son jeune frère trouva la mort dans un terrible accident de chemin de fer.

La construction de la nouvelle église de Tomegbé
Notre vieille et primitive chapelle sur place remplissait toujours bien ses fonctions mais la place commençait à manquer. Dès 1950, on pensait à la future église, sur un emplacement très favorable entre les deux villages de Kroa et Tomegbé, à gauche de la route qui les rejoignait. On commença immédiatement à ramasser les pierres pour les fondations. La rivière n’en manquait pas. Le sable était plus difficile à trouver et ce fut la préoccupation constante pendant ce travail. On projetait déjà de faire scier le bois de la charpente, quand Mgr Strebler, expert en bâtiments [1], nous vanta les avantages d’une charpente métallique.
Il avait prévu la dimension habituelle assez standard de 30m sur 15. Il en commanda deux en même temps, piliers compris, l’une pour l’église de Tomegbe et l’autre pour celle de Kpete-Maflo. Tous ces poteaux et cette ferraille de cloisonnement, les boulons et les tôles faisaient vingt-deux tonnes et demie. On prit la solution de faire transporter tout cela par un camionneur d’Atakpamé. C’était risqué. N’oublions pas la montagne, la montée puis la descente sur Badou, et l’état de l’ancienne route, avec ses virages en épingle à cheveux et sa pente très raide.

Le P. Fürst, bâtisseur attitré
Le P. Cottez partit en congé en 1952. Le P. Simon, dégagé de l’école professionnelle, reprit sa place à Tomegbé. Il avait devant lui la nouvelle église à mettre en chantier, un bâtiment important. L’occasion se présentait : le P. Fürst, bâtisseur attitré, avait fini le Collège Saint-Joseph, il était libre. Il arriva avec son équipe de 17 ouvriers, maçons, charpentiers et ferrailleurs, et prit le chantier en main. Une grosse équipe d’aides volontaires du village préparait les matériaux. La construction avançait vite. Trop vite.

Février n’était pas encore terminé que les murs atteignaient un mètre vingt-cinq. En même temps, les soubassements des quatre piliers de chaque côté étaient faits et les poteaux de fer fixés. La première pierre placée dans le mur porte la date du 11 février 1953. L’acheminement des matériaux arrivait à peine à suivre. A longueur de journée, la vieille voiture de la mission allait chercher du sable à 2 km. On coulait les blocs de ciment, qui avaient à peine le temps de durcir.

Mais le travail n’était pas le plus dur de l’affaire. Le P. Fürst voulait que ses ouvriers soient régulièrement payés le samedi. Il fallait réunir chaque semaine les livres anglaises nécessaires. Trouver cette somme était un grand souci pour le comité paroissial. Cette affaire de gros sous, pénible en vérité, devait se prolonger 42 semaines. Heureusement on interrompit les travaux au moment des cultures, début mai.

On allait reprendre en février de l’année suivante. A cette date, les murs élevés et la toiture mise en place, on continua doucement par le crépissage. Puis on construisit le clocher, avec sa flèche qu’on aurait voulu monter un peu plus, mais on était fatigué et l’argent manquait. Il est à remarquer que cette église a été construite entièrement par le travail de la population et avec son argent : elle coûta plusieurs millions, sans aucune une aide extérieure, ce qui, en ces années 1950 – 54, aurait encore été possible avec un peu de bonne volonté et de générosité.

Inauguration en fanfare !
Tout n’était pas encore terminé, notamment le badigeonnage et l’aménagement intérieur, mais on fixa néanmoins la date de la bénédiction au 21 novembre 1954, fête de la présentation de la Vierge Marie. On voulait une bénédiction très solennelle. Mgr Strebler allait venir bénir sa nouvelle église, un édifice imposant de 50m de long, nef, chœur, sacristie et clocher, tout en blocs de ciment coulé dans des moules qui imitaient extérieurement la pierre de taille. Etaient invités et prirent part à la fête le gouverneur du Togo, M. Paichoux, l’administration et les notables de la région, et même l’armée, sous la forme d’une compagnie de soldats et de ses officiers, en manœuvre dans la région. Sans compter une foule innombrable.
En 1953, une religieuse, Sœur Maxime, était morte brûlée vive, dans un accident tragique. Elle fut enterrée dans la cour devant leur maison. En souvenir d’elle, on donna son nom à la plus petite des cloches, celle installée devant le presbytère, avec laquelle notre fidèle serviteur Daniel sonnait l’Angélus trois fois par jour.

Premières ordinations
1958 vit l’ordination du premier prêtre du Litimé et de l’Akposso, en la personne de Fidèle Blewussi. C’était en décembre, à Rome. L’année suivante, en décembre 1959, ce fut l’ordination du second prêtre de Tomegbé, le P. Philippe Kpodzro, futur évêque d’ Atakpamé puis archevêque de Lomé.

(à suivre)

[1] Il en avait plusieurs sur les bras et en projet : une église ici, son collège là, son séminaire...

Publié le 11 juin 2013 par Charles Roesch