Les mémoires du Père Charles Roesch (21e partie)

Le P. Charles Roesch sma à Tomegbé

Le collège Saint Jean Bosco

1959 marque la naissance du collège St Jean Bosco, premier collège catholique de tout le futur diocèse d’Atakpamé. Il était ouvert aux garçons, tandis que les filles pouvaient aller au collège Notre-Dame d’Afrique, créé à peu près à la même époque et dirigé par les sœurs de Peltre. Le Collège St Jean Bosco fut construit et inauguré par le Père Robert Simon. A partir de 1961 le Père Materne Hussherr, vicaire de la paroisse chargé des écoles primaires du district, en fut aussi le directeur durant 9 ans, jusqu’en 1970. Materne fut le vicaire qui a duré le plus longtemps parmi les nombreux vicaires sma intérimaires et de remplacement durant les congés et les absences des Pères Cottez et Simon. Le Père Eugène Gester a exercé cette fonction 2 ans, le Père Hugues Brun 1 an, le Père Ugo Bosetti 1 an, le Père Georges Knaebel 4 ans, le Père Harrie Naus, des Pays Bas, 1 an, le Père Paul Frering 1 an, le Père Albert Lirot 1 an, le Père André Bouhelier 1 an, le Père Georges Klein 3 ans, le Père Bernard Bardouillet 1 an, et l’abbé Amedzramedo 1 an.

Développement important de toutes les œuvres pastorales…

Les années 1960-76 ont vu le développement important de toutes les œuvres commencées après la guerre. Ainsi, l’école ménagère, avec couture, tricot, broderie et bonneterie, fut tenue dans le foyer Fadagan Cottez construit par le P. Simon. Avec Sœur Bernadette, un grand dispensaire et une maternité furent érigés. Les écoles des villages prospéraient sous la houlette du Père Hussherr, ainsi que celle des filles, notamment avec sœur Jean-Albert qui les dirigea avec brio pendant 19 ans. En ces temps, on se mit à construire l’église de Kpeté-Maflo dont les murs latéraux se sont écroulés par la suite sous une violente tornade, ne laissant debout que la charpente métallique et la toiture. On construisit également les églises d’Adossou et d’Anonoé, ainsi que le presbytère de la future paroisse de Badou.
Le groupe Cœurs-Vaillants Ames-Vaillantes fut reconnu officiellement en 1973. Le P. Cottez n’oubliait pas les adultes : il instaura pour eux des cours spéciaux et des cercles d’études, sans oublier les projections de films, qu’il commentait parfois lui-même dans le foyer Fata Cottez que le Père Simon avait construit pour les activités paroissiales.

Noces d’or mémorables

A noter, en 1972, aux vacances de Pâques, les noces d’or de Papa Sylvestre Kpodzro et de son épouse Cornélia. L’Eucharistie fut présidée par leur propre fils, l’abbé Philippe Kpodzro, alors recteur du Petit Séminaire d’Atakpamé. Il était entouré de nombreux confrères togolais et européens. Le vieux couple de jubilaires, tout habillés de blanc, formait un spectacle émouvant car bien rare encore en Afrique. La grâce bienfaisante de l’Evangile était déjà descendue au cœur de certaines familles du Litimé telle que celle-là.

Création de la paroisse de Badou

En 1976, la paroisse de Tomegbe fut divisée. Division officielle, car elle existait déjà dans les faits depuis Noël 1972, date à laquelle le Père René Soussia sma fut chargé de la future paroisse Saint François Xavier de Badou, embrassant la partie Nord du Litimé et le haut plateau, et comprenant 16 stations. Le Père Cottez avait préparé bien avant cette nouvelle paroisse en construisant le presbytère. Le Père Soussia conçut le plan de la nouvelle et belle église en dur ; il a posé les fondations et commencé à élever les murs que le Père Gérard Bretillot et le Père Georges Klein parachèveront avec beaucoup de talent et d’ingéniosité.
Cette année connut aussi un évènement diocésain particulièrement important pour la paroisse : la promotion à l’épiscopat de l’un de ses enfants, Mgr Fanoko Philippe Kpoddzro, qui fut sacré évêque d’Atakpamé le 2 mai.

En 1977, les Sœurs françaises de la Providence de Peltre transmirent leur beau collège Notre-Dame d’Afrique, à Atakpamé, aux Sœurs togolaises de leur congrégation. Après de douloureux pourparlers, ces Sœurs africaines se séparèrent de la Congrégation de Peltre pour former la Congrégation de Notre-Dame de la Trinité ; certaines d’entre elles restèrent toutefois dans la Congrégation de Peltre, chaque Sœur ayant eu la possibilité de choisir. C’était un signe encourageant, qui montrait que l’Eglise locale devenait progressivement capable de se doter elle-même du personnel dont elle avait besoin.

En septembre 1977, la troisième religieuse de la paroisse, Sœur Odile Edzimi, prononça ses premiers vœux à Agadzi dans la congrégation des Sœurs de Peltre, tandis qu’en 1978, à peu près un an plus tard, le troisième prêtre de la paroisse, le Père Jean-Baptiste Bédiaku, ordonné à Rome en 1969, devenait curé de la paroisse et directeur du Collège St Jean Bosco.

Jubilé d’or du Père Raymond Cottez

Le 27 novembre 1977, le Père Raymond Cottez fêta ses noces d’or sacerdotales à Tomegbé. Ce jour fut l’occasion pour la population de tout le Litimé de célébrer ce vaillant missionnaire et bien-aimé curé. Ce fut un insigne honneur d’accueillir à l’occasion de cet anniversaire d’ordination le Chef de la Circonscription administrative de Badou, le Père Régional sma, le Père Claude Rémond, qui fit un beau discours, ainsi que bien d’autres personnalités, laïques et religieuses.
Mgr Kpopdzro, retenu à Lomé, ne pouvait malheureusement pas assister à cette fête, mais il envoya un message de félicitation et de remerciement à ce remarquable ouvrier apostolique polyvalent qui a su associer évangélisation et développeront, prédication et sacramentalisation. A la fois « médecin, électricien, constructeur, acheteur de produits, horloger, musicien, chauffeur-mécanicien (...), il fut, par son exemple, le promoteur et la cheville ouvrière du merveilleux essor socio-économique du Litimé ».
Est spécialement venu en ce jour M. L. Roudié, Ambassadeur de France au Togo, pour remettre l’insigne d’Officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur au Père Cottez, alors qu’il avait déjà reçu du Gouvernement togolais l’insigne d’Officier de l’ordre du Mono et, en 1956, la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. La sympathie, voire l’attachement des populations à l’égard du Père Cottez étaient dus essentiellement à l’activité inlassable, au dévouement sans limite dont il avait fait preuve tout au long de cette période et, plus encore peut-être, à son souci permanent de mieux connaître et mieux comprendre les hommes et les femmes qui vivaient autour de lui... Dans l’allocution de circonstance, l’ambassadeur releva que ce n’était pas la seule présence dans cette région durant plus de 40 ans qui suffisait à expliquer la place de choix depuis longtemps acquise : « Ce n’est pas par le simple jeu de l’ancienneté acquise précédemment qu’on vous élève au grade d’officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, mais parce qu’au cours de ces vingt dernières années, ignorant les changements politiques intervenus, vous avez inlassablement poursuivi votre action. De la sorte, tout en continuant votre noble mission dans le domaine spirituel pour le plus grand renom des Missions Africaines de Lyon et de l’Eglise catholique en général, vous avez pour une large part contribué au resserrement des liens d’amitié entre la France et le Togo. »

1981 est l’année du rappel à Dieu de Monsieur Sylvestre Kpodzro, père de Mgr Kpodzo, évêque du diocèse d’Atakpamé : il avait été le « Chef des chrétiens » de Tomegbé depuis les origines de la paroisse en 1936 jusqu’à son décès.

[1] On ne trouvait en effet de taxis que ce jour de marché.

Publié le 21 août 2013 par Charles Roesch