Les mémoires du Père Roesch (24e partie)

Le P. Charles Roesch à Tomegbé.

31 janvier 1986
La fête de Saint Jean Bosco a été célébrée avec un certain éclat pour remplacer la célébration du 25e anniversaire du Collège, omis en 1983 en raison du décès du P. Cottez. Monseigneur est venu présider la célébration, entouré des deux prêtres de la paroisse. Repas au Foyer Tata Cottez, avec toasts due nouveau directeur, M. Louviaux, canadien, de Monseigneur, du P. Roesch, de M. Nyavi Jacques, président du comité paroissial, du Dr Hyacynte Kpodzro, représentant des ressortissants de Tomegbe à Lomé et du régent Agbelon. Pendant ce temps, pique-nique des élèves dans la bananeraie. A 14h30, jeux divers. A 16h, match de football opposant Jean Bosco au C.E.G de Tomegbé.

Samedi le 22 février1986
Premier pèlerinage d’une journée à Ayomé, uniquement pour la paroisse de Tomegbé. Quarante participants, mais on a dû refuser d’autres volontaires devant la difficulté de trouver des taxis. Ayomé, à une vingtaine de km d’Atakpamé, sur la route d’Atakpamé à Kpalimé, à une centaine de km de Tomegbé, est devenu le pèlerinage du diocèse d’Atatakpamé.
Le P. René Awoumé, vice-directeur du sanctuaire marial d’Ayomé, nous livre le récit historique du début de ce pèlerinage dans un livret : « Mélanges offert au R. P. Blewussi à l’occasion de son jubilé d’or sacerdotal » en décembre 2008. Le P. Blewussi fut pendant 14 ans le 2e directeur de ce pèlerinage, après Don Roberto Tavazzi, prêtre Fidei Donum du Diocèse de Cremona : « Providentiellement, le R.P. Jean Paul Felder, de la Société des Missions Africaines de Lyon, arrive comme curé de la Paroisse Saint Augustin d’Agadji en1970. Artiste, musicien, organiste, poète et grand dévot de la Vierge Marie, celui-ci fut attiré par la beauté de la cascade... Il quitta un jour Agadji, arriva à Ayomé, marcha dans les caféiers et les cacaoyers et atteignit la grotte aux pieds de la cascade. Il admira cette merveille naturelle.
Dans son entretien avec la population qu’il rassembla, il fit ressentir profondément, non seulement la présence de Dieu, maître de l’univers en ce lieu admirable, mais aussi sa grandeur et sa puissance qui se révèlent, dans cette cascade merveilleuse. Elle n’est nullement l’œuvre d’un homme, mais du Père de tous les hommes, toujours prêt à nous accorder les grâces que nous lui demandons par l’intermédiaire de la Vierge Marie, Mère de son Fils Jésus.
Le P. Felder négocia avec la population le tracé d’une piste large de deux mètres du village à la grotte, à travers les champs de caféiers et de cacaoyers. Il fit de cet endroit un lieu de prières communautaires pour solliciter les grâces spéciales par l’intermédiaire de la Vierge Marie. Lui-même s’y rendait fréquemment pour se recueillir. Il sentit tôt la nécessité d’étendre cette dévotion aux stations secondaires de sa paroisse, et pourquoi pas à tout le diocèse. Cela le poussa à en parler à l’ordinaire du lieu, feu Monseigneur Bernard Ogouki Atakpamé, premier évêque d’Atakpamé. Ce dernier étant également grand dévot de la Vierge Marie accueillit favorablement cette heureuse initiative et s’empressa de visiter les lieux pour examiner lui-même les conditions nécessaires et indispensables à une telle piété populaire. Emerveillé par la beauté de la cascade, il n’hésita pas à approuver la proposition du curé d’Agadji.
Mgr Atakpamé entreprit alors des démarches auprès du chef du village d’Ayomé, Norbert Légbe Nayo, et de ses notables pour l’obtention du site qui s’étend au pied de la cascade. Sa demande agréée, le P. Jean-Paul Felder se livra aussitôt à l’aménagement provisoire de la Grotte et y installa une statue de Notre-Dame de Lourdes. C’est ainsi que, le 8 décembre 1972, Mgr Bernard Ogouki Atakpa procéda à l’inauguration solennelle du premier pèlerinage diocésain d’Ayomé au pied de cette cascade en l’honneur de la Ste Vierge Marie, Mère de toutes Grâces. Il bénit à cette occasion la statue en bois d’ébène. Depuis ce temps, tout le diocèse se retrouve chaque année, le dimanche le plus proche de la fête de l’Immaculée Conception, en pèlerinage à Ayomé.
Son successeur, Mgr Fanoko Philippe Kpodzro, donnera au sanctuaire le nom de « Notre-Dame d’Ayome, Mère et Médiatrice de toutes grâces ». Il fixa une date pour le pèlerinage diocésain : le 3e dimanche de l’Avent. Chaque pèlerinage commence la veille, le samedi à partir de 12 heures, avec le chant de l’Angélus, suivi des confessions et absolutions individuelles et du chemin de croix par groupes organisés, et une célébration eucharistique du samedi soir vers 20h.

Le lendemain matin, messe pontificale suivie de la procession du Saint Sacrement et bénédiction des malades. Durant la nuit le chapelet médité... Mgr Kouto, le successeur de Mgr Kpodzro, a continué à développer et aménager ce lieu de pèlerinage qui tend à accueillir dix mille pèlerins. Il a procédé au lancement des trois années préparatoires du jubilé de l’an 2000 au pied de Notre Dame d’Ayomé par une instruction particulière consignée chaque fois dans une lettre pastorale.
Durant les onze années de mon séjour à Tomegbé, je me suis rendu avec mon vicaire et une forte délégation de ma paroisse à Ayomé. Les confessions du samedi nous prenaient plusieurs heures, d’une manière ininterrompue jusque dans la nuit. Après la messe du soir, suivie de l’adoration du Saint Sacrement, l’un des deux Prêtres se rendait dans la nuit sur notre chemin de montagne avec un Père de Badou, pour assurer le service dominical à Tomegbé et Badou. Le second passait la fin de la nuit chez nos confrères d’Agadji, pour ensuite participer aux célébrations du matin.

11 septembre 1986
Arrivée à Tomegbé du séminariste sma André Villaume pour une année de stage. Le 5 octobre : réception officielle du P. Essessi qui vient remplacer M. Louviaux, démissionnaire comme directeur du collège Don Bosco. Retour également du P. Roesch de son congé en France.

20 décembre 1986
Fête du cinquantenaire de la fondation de la paroisse. Elle a été précédée par un triduum au cours duquel l’histoire de la paroisse a été retracée par le P. Roesch, à Tomegbé le 17 et à Maflo le 18. Un fascicule relatant cette histoire a été composé et édité ensemble par le P. Soussia et moi-même pour la circonstance.
A cette occasion a eu lieu l’ordination du 3e prêtre originaire du village de Tomegbé, l’abbé Elias Okouma, le 4e de la paroisse. Mgr Kpodzro présidait la cérémonie, entouré de nombreux prêtres et séminaristes. Présence du ministre Kunale Eklo, fils de l’un des deux premiers baptisés de Tomegbé. La cérémonie a eu lieu dans l’église, trop petite pour la circonstance. En effet, la veille avait soufflé un vent violent qui a fait renoncer à faire la cérémonie en plein air. Treize chorales avaient été invitées, ainsi que des représentants de toutes les anciennes stations secondaires de la paroisse avant sa division en 1976. La cérémonie a duré environ 5 heures, de 8h45 à 13h45. Après l’évangile, Monseigneur retraça l’histoire de la paroisse. Le repas de fête eut lieu dans le presbytère pour les invités non paroissiens avec le clergé, pour les autres dans la cour. La générosité de M. Eklo a fourni la plus grande partie des denrées.
Le 21 décembre eut lieu la fête de la première messe. Les prêtres et la chorale vinrent chercher le nouveau prêtre à la maison familiale en liesse. L’allocution fut prononcée par le P. Bléwoussi avec beaucoup de flamme et de conviction, sur le thème du sacerdoce ministériel.
Du 22 décembre au 2 janvier eurent lieu les premières messes dans douze de nos stations secondaires où les chrétiens ont manifesté leur foi et leur générosité.

8 mars 1987
Réunion des Jécistes du Litimé dans une cacaoyère entre Wobé et Anonoé. Groupe de Badou : 12 ; Tomegbé : 18 ; Maflo : 9. Rapport de chaque groupe, puis carrefour et mise en commun sur le thème Justice et Paix. Célébration de l’Eucharistie par leur aumônier, le P. Soussia René. Repas avec mise en commun de toutes les provisions individuelles. Chants et devinettes clôturaient la rencontre.
Le P. Soussia quittera la paroisse de Tomegbé le 7 juin suivant pour un professorat au grand séminaire de Ouidah. Je perdais en lui un collaborateur inestimable, qui non seulement s’occupait des mouvements de jeunes, Cœurs vaillants et Ames vaillantes, JEC, mais encore visitait les stations les plus reculées et les plus difficiles d’accès, un collaborateur et un conseiller apprécié dans l’aménagement des lieux de cultes et des écoles.

11 avril 1987
Nous participions toujours aux manifestations politiques de la région : fête nationale, 1er mai et autres, à Badou et à Tomegbé. Ainsi eut lieu la clôture des manœuvres militaires franco-togolaise de Soto le 11 Avril 1987 à Badou. Les Pères de Badou reçurent des invitations pour les prêtres des deux paroisses. Le P. Bretillot et le P. Roesch, ayant pris déjà place dans les tribunes, eurent l’agréable surprise d’être appelés par M. Eklo, Secrétaire administrateur du R.P.T., à se mettre en rang, sur la place devant les officiels, ministres, généraux et officiers, ambassadeur de France, à l’arrivée du Président. Après la salutation du drapeau et la revue d’un détachement militaire, le Président Eyadema commanda un ban à la musique et procéda ensuite à la remise des décorations : parmi les autochtones, le P. Blewussi fut fait officier de l’ordre du Mono ; trois en soutane blanche, à titre d’étranger, les curés de paroisse de l’Akposso, le P. Brétillot Gérard de Badou, le P. Jerano Antonio d’Agadji et le P. Roesch Charles de Tomegbé furent décorés de la médaille d’officier de l’ordre du Mono. Ensuite eut lieu le défilé militaire et nous fûmes conviés à une place d’honneur dans les tribunes et pour le repas de fête. Quelque temps après on nous appela à la nouvelle présidence de Lomé pour dire merci au Président Eyadema et nous remettre le diplôme.

Juillet 1987. Célébration de l’Année mariale à Tomegbé
L’année mariale, commencée le 7 juin, a été marquée par un mois de prières et de dévotion exceptionnellement intense à l’occasion du passage de la statue pèlerine de la Vierge de Fatima, arrivée de Nairobi dans notre diocèse à Tomegbé au mois de juillet. Accueillie le 30 juin au soir à Wobé par une foule en liesse, sa présence dans notre district a su mobiliser des assemblées de fidèles inhabituelles et même d’animistes dans chacune de nos vingt communautés. Selon un calendrier établi avec les catéchistes et les comités paroissiaux, la statue pèlerine a été reçue et a séjourné un, deux ou même trois jours dans chacune de nos agglomérations, portée en procession au milieu d’une foule chantant, dansant et brandissant des branches de palmiers et des fleurs.
A mi-parcours chaque fois, elle a été remise d’une communauté à une autre, l’une venant à la rencontre de l’autre. A son arrivée à l’église du lieu où elle devait séjourner, toujours ornée avec beaucoup d’attention et de soins, elle était intronisée sur un podium paré de pagnes multicolores et richement brodés, agrémenté de nombreuses bougies et de luminaires.
Le prêtre de la paroisse profitait de cette occasion pour célébrer une messe mariale avec une homélie adaptée à la circonstance. Il expliquait le culte rendu à la Vierge, son sens et son objectif d’après l’Encyclique « Redemptoris Mater » de Jean-Paul II, l’historique des apparitions de la Vierge de Fatima et son message. Inutile de faire remarquer que les fidèles étaient nombreux à recevoir les sacrements. L’hommage rendu à Marie atteignit son sommet dans la clôture de ce mois marial où durant quatre jours consécutifs, deux jours pour Akloa et deux jours pour Tomegbé, la statue de la Vierge Marie de Fatima fut portée après la messe communautaire de 6 heures de matin dans les différents quartiers des deux agglomérations. Elle était installée dans une maison choisie par les gens où l’on se réunissait dans la cour pour une célébration mariale bien organisée et fervente.
Pour vivre cette année mariale, nous avions décidé de valoriser toutes les fêtes mariales de l’année afin de profiter des nombreuses grâces et indulgences que l’Eglise accorde pour cette année jubilaire Nous avons particulièrement rehaussé notre fête patronale, la fête Notre Dame de Lourdes, le 11 février 1988, en invitant notre évêque et en organisant un pèlerinage paroissial de toutes nos stations à la Grotte de Lourdes de Tomegbé, avec procession aux flambeaux, grand’messe pontificale concélébrée à la grotte, bénédiction du Très Saint Sacrement et consécration de la paroisse à la Vierge Marie.
Nous espérions ainsi que la paroisse Notre Dame de Lourdes de Tomegbé, fidèle à certains usages et traditions bien établis par nos vénérés fondateurs, les Pères Cottez et Simon, retrouve une nouvelle ferveur mariale.

(à suivre)

Publié le 16 avril 2014 par Charles Roesch