Les moines bénédictins de Danyi Dzogbegan

En 1955, la hiérarchie fut instituée au Togo et aussitôt Mgr Joseph Strebler, S.M.A, nouvel archevêque de Lomé, se mit en recherche d’un ordre contemplatif pour implanter le monachisme dans le pays, selon la volonté de Pie XII. C’est finalement les moines bénédictins d’En Calcat, de l’archidiocèse d’Albi, qui acceptent de fonder le monastère de l’Ascension à Dzogbegan, lors du chapitre conventuel du 5 septembre 1960, l’année de l’indépendance du Togo.
Le terrain de 140 ha, sur le plateau de Dayes, dans le district de Palimé, est limité par deux rivières et par la route du plateau d’Adeta à Elavayon. Il comporte deux collines, à 800 m d’altitude, recouvertes d’une forêt tropicale et d’une brousse à l’état sauvage. Mais il est assez fertile et la pluviométrie est très bonne.

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Entrée du monastère de Dzogbegan
Photo J.-Marie Guillaume

L’installation

Le Père Marie-Bernard de Soos fut nommé fondateur du monastère, accompagné par le Frère Serge, natif de Cernay. Ils arrivent le 25 janvier 1961 à Lomé et montent le 9 février à Koudjravi, presbytère d’une trentaine de villages du plateau. Ils sont reçus par le Curé, le Père Joseph Franck, S.M.A. Le jour suivant, la population de Dzogbegan-village les accueille chaleureusement, en présence de Mgr Strebler et du Père Franck. Pour les loger dans un premier temps, celui-ci a aménagé en trois chambres l’ancienne chapelle du village, à côté de la nouvelle église paroissiale que les moines ont accepté de couvrir rapidement et qui leur servira de lieu de prière. Puis on se rend à 1 km de là au terrain du futur monastère. Evidemment, par manque de chemins, on ne pouvait le parcourir.

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Le monastère de Dzogbegan

Peu de temps après arrivèrent de nouveaux renforts d’En-Calcat : le Père Lucien Auat, un Egyptien ingénieur des travaux publics, le Père Fulbert Jolif, infirmier, le Frère Barnabé Barthou, chauffeur et mécanicien. Cette première équipe se met aussitôt au travail. Il faut déboiser, dessoucher pour pénétrer dans le domaine, percer des voies d’accès pour construire les tout premiers bâtiments périphériques de l’abbaye : la menuiserie, où l’on aménage provisoirement les huit premières cellules d’habitation, un local pour les offices et les réunions, une salle à manger, la cuisine, un grand garage qui sert aussi d’église les dimanches et fêtes. Ces travaux se font avec l’assistance des villageois et de personnes étrangères.

Le 3 décembre 1961, après la reconnaissance officielle par la Sacrée Congrégation des Religieux quinze jours plus tôt, Mgr Strebler bénit la première pierre du nouveau monastère de « l’Ascension de N.S. Jésus- Christ » de Dzogbegan. Le 25 janvier 1962, la première équipe de cinq moines français s’installe définitivement dans ces premiers bâtiments, un an après leur arrivée au Togo, après la bénédiction des lieux en présence du P. Franck, de plusieurs prêtres des Missions Africaines accourus du doyenné de Palimé et d’une foule nombreuse des villages environnants.

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L’église du monastère de Dzogbegan
Photo Albin Blümmel

En 1962 et 1963, on construit plusieurs bâtiments légers : le dispensaire, où les malades suivirent le P. Fulbert dans son déménagement, un bâtiment d’accueil de groupes de jeunes et de laïcs missionnaires, la ferme, sur les flancs de la seconde colline, à 600 m de l’emplacement de la future église. S’y ajoutent un beau petit cloître et un bâtiment plus élaboré, le « patio », qui, avec ses trois ailes en fer à cheval, sert de porterie–hôtellerie. Il est construit avec les pierres d’une carrière que les moines viennent d’ouvrir sur leur terrain.

La prière

La devise des moines bénédictins est celle de St Benoît : « Ora et labora », « Prie et travaille ». Le moine est un homme de prière qui vit en communauté. La journée est scandée par l’office, la méditation et la messe. Lever à 5 h. A 5h10, laudes en commun à la chapelle, comme pour tous les offices de la journée, et méditation. A 6h10, travail jusqu’à midi, avec interruption à 8h pour tiеrce, lecture de la Règle et petit déjeuner. A 12h25, sexte, suivie du repas de midi et de la sieste. A 14h45, chant de none, puis lecture spirituelle, études. Messe conventuelle et vêpres en fin d’après-midi. Après le souper, les vigiles, office des lectures, terminent la journée, sauf le dimanche et le jeudi où elles ont lieu à 2h du matin.

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L’église du monastère de Dzogbegan
Photo J.-Marie Guillaume

Les moines accueillent bientôt des postulants et des novices africains pour lesquels ils organisent des cours d’enseignement secondaire et de mise à niveau. Ils prépareront certains à la prêtrise par la philosophie et la théologie, d’autres à être frères en leur apprenant un métier manuel ou une spécialité en vue de susciter les vocations monastiques en Afrique. Les moines prêchent des retraites, organisent des sessions et des conférences pour prêtres, religieuses et laïcs, accueillent des groupes de jeunes et de collégiens, surtout pendant les vacances scolaires ; ils font même de la catéchèse dans les écoles des villages voisins de Dzogbegan et Mempassem.

Dès 1963, selon la tradition bénédictine, les sœurs bénédictines de Ste Scolastique de Dourgne fondent avec l’aide des moines le monastère de N.D. de l’Assomption pour des moniales africaines. Leur terrain fait 14 ha, à 500 m de Dzogbegan-village et à 2,5 km du monastère de l’Ascension. Entre ces deux monastères s’établira une étroite collaboration : on s’aide mutuellement, l’aumônerie est assurée par les moines, on échange les professeurs selon leurs compétences, les cours réunissent les postulants des deux établissements...

Le travail manuel

Le moine vit de son travail. A Dzogbegan, il fallait d’abord construire les bâtiments du monastère : la résidence des Pères et des Frères, le noviciat, l’hôtellerie, l’église, la ferme avec les bâtiments de l’école d’agriculture. Vinrent ensuite le poulailler, les différents hangars pour entreposer les pommes de terre, dont la production a été introduite par les moines, le riz, le maïs, les ustensiles de fabrication des confitures et des sirops, les produits du jardin, le café… La torréfaction se fait sur place, de même que le conditionnement des produits pour la vente.

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Torréfaction du café au monastère de Dzogbegan
Photo J.-Marie Guillaume

Il était indispensable pour cela d’aménager ce vaste terrain : le jardin, où l’on cultive salades, choux, haricots verts… ; le verger, qui comprend tous les arbres fruitiers de la région, orangers, mandariniers, citronniers, pamplemoussiers, avocatiers, goyaviers, papayers… ; des bananeraies, des rizières, des champs d’ananas, d’arachides, d’ignames... La région, en effet, est particulièrement fertile. On a reboisé ensuite certaines étendues avec du bois de construction, acajou, iroko, teck, pour les charpentes et la menuiserie. On a créé des prairies avec du fourrage importé. Tout cela est l’œuvre de ces moines, de leur travail méthodique et persévérant. L’entreprise avait été préalablement bien étudiée par les Frères Lucien et Eugène, ingénieurs-agronomes, qui s’informèrent des autres plantations et des essais du pays. Les résultats ne se firent pas attendre : il fallut bientôt organiser chaque quinzaine un voyage en camions pour conduire et vendre les marchandises à Lomé. Ce fut au début extrêmement pénible car la piste était mauvaise, sablonneuse et rocailleuse, pleine de bourbiers ; les nombreux virages la rendaient particulièrement dangereuse dans la descente du plateau. Aujourd’hui, les routes sont goudronnées et, grâce à la présence des moines et des sœurs, toute la région s’est développée. Leur impact sur l’agriculture et le mode de vie a transformé ces villages en quelques décennies.

Le prieuré fut élevé au rang d’abbaye en 1993 et c’est un Togolais, Robert Mawulawé, l’un des tout premiers candidats de la paroisse de Saint-Augustin de Lomé, qui fut élu premier abbé. Après son décès, le 3 janvier 2006, l’abbé Théodore Coco, originaire lui aussi de Lomé, lui succéda. L’implantation de la vie monastique au Togo est une grande réussite : ils sont aujourd’hui une trentaine de moines africains qui fêteront dans la joie, en décembre 2011, le Jubilé d’Or de l’abbaye de l’Ascension.

Publié le 29 mars 2011 par Charles Roesch