Les noix de cajou de Tchamba, au Togo

Une façon efficace de lutter contre l’exode au Nigeria

On les appelle les « points focaux ». Ce sont les agents de la société Cajou Espoir de Tchamba. lls sont présents dans les différents villages, de un à trois, selon l’importance du village et des plantations. Ils sont en contact direct avec les agriculteurs qui cultivent la noix de cajou. Ils fournissent aide, conseil, travail, pour bien gérer, rentabiliser et optimiser la plantation, tout en assurant aussi un pré-financement. Ce sont eux qui, en février, au début de la campagne, collectent les noix et les envoient à l’usine. L’agriculteur reçoit l’équivalent d’un euro par kg.

JPEG - 100.3 ko
Le traitement des noix de cajou à l’usine de Tchamba (Togo)
Photo F. Marchesi

Les bienfaits de la noix de cajou

Les noix de cajou contiennent des vitamines A, C et des vitamines du groupe B ; elles sont riches en protéines, lipides et glucides, elles constituent aussi une excellente source de vitamine K, qui aide à régulariser la coagulation du sang et à maintenir la santé des os. Enfin, elles représentent un bon apport de minéraux, tels que le calcium, le phosphore, le cuivre, le fer et le zinc, et de fibres qui facilitent la motilité intestinale. Elles font 580 calories par 100 grammes [1].

JPEG - 127.8 ko
Fruits de l’anacardier
Photo poderdasfrutas.com

La saison commence en février et se termine en juin. Depuis quelques années, je suis personnellement impliqué - c’est une façon de parler - de deux manières. Les enfants du village m’apportent des noix, et ils m’ont appris à les préparer en faisant plusieurs trous dans une casserole. Elles sont grillées et dorées comme nos châtaignes, dans cette casserole placée sur trois pierres où on attise le feu. A la mission, j’utilise un foyer en argile, avec du charbon de bois et une grille sur laquelle je pose les noix. L’écorce est brûlée, les gousses se cassent, l’amande est dorée et prête à la consommation.

Il y a aussi la vieille Pauline Bamélè qui a un grand arbre à côté de sa cour. Quand les fruits sont mûrs, elle m’en apporte une corbeille. Les enfants prennent le fruit et sucent la pulpe. Je presse les fruits, j’en extrais le jus, j’ajoute du sucre, je fais bouillir le tout et il en sort un sirop très raffiné. Voilà ma façon, un peu rudimentaire, de participer… à la campagne.

Du fruit de l’anacardier à la noix de cajou

Suivons maintenant la transformation du produit directement à l’usine. Nous commençons la visite par l’entrepôt de stockage, un grand pavillon à gauche du complexe. C’est ici que sont déposées les noix collectées par les agents. Elles sont conservées dans des sacs de jute, parce que le produit a besoin d’une ventilation constante et continue à sécher toute l’année.

JPEG - 138.3 ko
Le traitement des noix de cajou à l’usine de Tchamba (Togo)
Photo F. Marchesi

Maintenant suivons les différentes étapes : la première est le « calibrage » de la noix. Il s’agit d’un travail automatique effectué par des machines qui trient les noix selon leur taille. L’ouvrier se contente de surveiller le processus.
Puis vient la « cuisson » à la vapeur qui dure habituellement 35 minutes, mais peut atteindre 40 selon l’état de la noix. Les noix sont ensuite étalées sur le sol et on les laisse refroidir pendant 24 ou 48 heures.
Troisième phase : le décorticage. Le travail peut être effectué manuellement ou automatiquement. On ouvre la noix pour extraire l’amande de la coquille. L’amande est ensuite séchée dans les fours pendant 15 heures. Trois moments : 8 heures de cuisson à 80° ; refroidissement et re-humidification pendant 4 heures ; puis dernière phase de cuisson : 3 heures à 75 °.
Puis vient le dépelliculage. On enlève la pellicule de l’amande dans laquelle elle est enroulée. Le travail peut être manuel ou automatique. Le traitement manuel est préférable parce qu’il y a moins de pertes et le résultat est plus propre et plus soigné.

JPEG - 109.8 ko
Le traitement des noix de cajou à l’usine de Tchamba (Togo)
Photo F. Marchesi

Les amandes sont ensuite vérifiées une à une. On contrôle la qualité et on les répartit par catégories. Première qualité : amandes entières, blanches, parfaites ; deuxième qualité : amandes entières avec quelques imperfections ; troisième qualité : amandes à bout cassé ; quatrième qualité : amandes fendues ; cinquième qualité : amandes brisées.
A la fin du parcours, le produit est envoyé au centre d’expédition pour un dernier contrôle et la définition des degrés de qualité. Dans un sac de 454 grammes, on trouve 320 amandes entièrement blanches de première qualité. Le produit est alors placé dans des cartons, et expédié par container, principalement aux États-Unis et en Hollande, point de référence pour l’Europe.

Une industrie essentielle pour la région

Le chef de l’unité de production s’appelle Djeri Alassani Richard, un ingénieur agronome. Je suis avec lui dans son bureau à la périphérie de Tchamba, là où se trouve aussi le centre d’expédition. Je fréquente le groupe depuis une dizaine d’années. Au début, il y avait à peine une douzaine d’employés. Maintenant le personnel des deux unités est de 600 personnes. Cela signifie 600 personnes qui reçoivent un salaire, qui ne sont plus obligées d’aller au Nigeria, qui peuvent prendre soin de leur famille, la nourrir, envoyer leurs enfants à l’école, les soigner. Aujourd’hui l’usine s’est déplacée à quelques kilomètres dans la campagne avec un nouveau complexe. En dehors de cette industrie, on n’en trouve aucune autre, ni à Sokodé – notre chef-lieu –, ni dans les environs.

JPEG - 103 ko
Enseigne de l’Usine Cajou-Espoir à Tchamba
Photo F. Marchesi
JPEG - 94.5 ko
Charte de Cajou-Espoir à Tchamba
Photo F. Marchesi

L’année dernière, les ouvriers ont traité 2.500 tonnes de produit. Cette année, ils voulaient atteindre 3.000 tonnes mais, faute de matière première, ils ne vont pas pouvoir y arriver. Comme en d’autres occasions, Richard me lance un appel, pressant et sérieux : « Si vous pouvez trouver et m’envoyer 200 jeunes, hommes et femmes, je les embauche tout de suite ». J’en ai déjà parlé, à plusieurs reprises, à l’église et au chef du village. La demande est forte, et ils ne peuvent pas satisfaire tout le monde. Ils sont en train d’ouvrir une nouvelle antenne dans le sud, à Blitta, à une centaine de kilomètres du site actuel.

[1] Pour plus de détails, voir les mots sur Internet noix de cajou ou anacardier. Voici deux sites Internet intéressants : anacardier et africajou

Publié le 25 janvier 2016 par Silvano Galli