Les premiers pas de Brésillac

Comment Brésillac va-t-il gérer sa nouvelle vie de « missionnaire apostolique » : va-t-il se prendre les pieds dans le tapis ?

Deuxième partie de la conférence de Marcel Schneider : suite de De Marion Brésillac, le « convertisseur d’âmes » devenu « propagateur de lumière » paru dans le n°1/2015 de Ralliement » .

Du faux pas aux scrupules

Faux-pas n°1 :
A peine arrivé, Brésillac, « pris à l’improviste » [1] fera un pas en trop. Il accepte de goûter à la table d’un ami intime des missionnaires. Quiconque se met au-dessus des préjugés indiens encourt l’excommunication et indispose les Indiens contre la sainte religion. Sans se rendre compte, le « blanc » bascule dans la catégorie sociale la plus basse : il sera classé comme « parea » ou « parayiar » et frappé d’excommunication et de malédiction [2]. Aussitôt l’évêque de Pondichery, Mgr Bonnand, le met en garde. Voilà comment Brésillac découvre la souillure dans un univers où la vie est réglée sur le mode du pur et de l’impur, autrement dit de la caste. Cette classification est héritée des occupants portugais ; l’accent y est mis sur le pur, le non-mélangé.

Faux-pas n°2 :
« Mon grand crime avait été de présenter un fruit aux élèves, un ananas coupé avec un de nos couteaux et servi dans une de nos assiettes [3]. »

Scrupules n°1 :
La culture du kholâm. De grand matin, le devant des maisons est parfaitement balayé. Devant la porte, on voit divers dessins formés avec de la chaux.
Réflexion de Brésillac : « Très vraisemblablement il y a là-dessous quelques diableries, comme dans presque toutes les coutumes indiennes, jointes à quelque motif plus ou moins raisonnable dès le principe. » Il a encore le réflexe français, il n’avait pas encore « quitté ses bésicles européennes et armé ses yeux d’un verre un peu plus en harmonie avec la couleur locale. » Il savait que cela ne serait pas facile : « que de préjugés à combattre, que de fausses voies à redresser, que de lenteurs à exciter, que de difficultés à vaincre. » Cette litanie vient exprimer son désarroi.

[1] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 125.

[2] Cf. Le système indien des castes par Robert Deliège.

[3] Lettre à la Propagande, 12 juin 1851.

[4] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 270/271.

[5] Papatchi : sandales pour monter à cheval.

[6] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 292 sq.

[7] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 301.

[8] Prosélytisme : zèle déployé pour répandre la foi, pour faire des adeptes.

[9] Instance consultative ou de décisions. De σύν, qui signifie ensemble, et ὀδός, qui signifie seuil de la maison.

[10] Lettre à sa mère, 3 mai 1846.

[11] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 327.

[12] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 306.

[13] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 327.

[14] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 349.

[15] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 363.

[16] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 37.

[17] Lettres, p. 174.

[18] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 233.

[19] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 429.

[20] Souvenirs de 12 ans de mission, p. 734.

[21] Les nava graha : les 9 « saisisseurs ».

[22] De bon augure, de mauvais augure.

[23] Cf. Henriette Bugge, Mission and Tamil Society 1840 -1900.

Publié le 12 mai 2015 par Marcel Schneider