Les saints et la sainteté

Retournons la médaille, regardons-en le revers… et écoutons ce que certaines personnes nous disent sur la sainteté.

Je voudrais détruire l’enfer et détruire le ciel afin que Dieu soit aimé pour lui-même et non pour une récompense appelée le ciel, a écrit un soufiste [1] du XIe siècle.

Je fais ce qu’il faut faire chaque jour mais je le fais bien, dit Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, qui était une jeune sœur maligne et espiègle qui savait s’évader.

L’éditeur des écrits de Ste Thérèse d’Avila, frère Luis de Léon, a écrit à propos des nombreux couvents (une vingtaine) fondés par Thérèse : dans ces couvents, il y a des âmes-colombes qui montent sans cesse vers Dieu pour le louer… Et il y a des âmes-papillons qui ne font que butiner sur des fleurs frelatées mais qui ne s’élèvent jamais vers Dieu.

Paul nous a transmis ce qu’il a lui-même vécu et expérimenté en présence du Seigneur qui l’a terrassé puis relevé sur le chemin de Damas en lui reprochant de le persécuter. A partir de ce jour Paul est devenu l’ami intime de celui qu’il avait jadis persécuté. On appelle cela le « choc de la foi ». D’après Paul, le saint serait donc celui qui est devenu l’ami intime de Jésus.

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Photo Jean-Pierre Frey

En d’autres termes, le « saint » est celui qui est rempli de Dieu tout en vivant une vie ordinaire honnête et en faisant son travail d’homme ou de femme. Il ne faut pas chercher la sainteté là où « elle » n’est pas, mais là où « moi » je suis car c’est là qu’il devrait y avoir de la sainteté. Elle est en effet en moi, tout comme le Seigneur est en moi. Comme le dirait encore Paul : ce n’est plus moi qui vis mais c’est le Seigneur qui vit en moi.
Toutefois, même si le Seigneur vit en moi, je reste « moi », un« moi » avec ses forces et ses faiblesses, mais également un « moi » dans l’Esprit de mon baptême comme enfant de Dieu

Et voilà que l’Ecriture est rempli de conseils pour devenir ce saint dans l’ordinaire des jours.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même, tu aimeras tes ennemis et tu feras du bien à celui qui te veut du mal.
Tu ne feras pas de croche-pied à l’aveugle [2] et tu rendras son manteau à celui qui l’a mis en gage pour payer ses dettes, sinon il aura froid la nuit.
L’âne égaré, tu le ramènes au maître.
Lorsque tu moissonnes, tu laisseras la dernière rangée pour la veuve et l’orphelin.

Le saint est un homme doux et pacifique. C’est pour cela qu’il héritera du royaume des cieux, où ne rentrent que les doux et les pacifiques. Mais aussi quelques autres… Où iraient-ils sans cela ? Car, comme dit le bon berger, il ne faut en perdre aucun.

[1] Le soufisme est le courant mystique de l’Islam sans préoccupation de djihad ni de guerre sainte.

[2] Deutéronome 10, 18 et Lévitique 19,14 : N’insulte pas un sourd et ne mets pas d’obstacle devant un aveugle ; c’est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu. C’est moi, le Seigneur.

Publié le 25 janvier 2016 par Jean-Pierre Frey