Les SMA de Pologne en Assemblée

Le District-en-formation de Pologne compte actuellement 25 prêtres SMA, deux prêtres associés, deux étudiants en théologie, membres temporaires et un candidat d’origine slovaque. Le groupe des « Laïcs Missionnaires Associés », rattaché à la SMA est organisé de façon autonome et compte neuf membres.

Une assemblée est une expérience.
Ils étaient 16 délégués pour cette assemblée qui s’est déroulée du 24 septembre au 4 octobre 2013 dans le magnifique centre de retraite SMA à Piwniczna-Zdrόj, tout à fait au sud de la Pologne, sur la frontière slovaque. Le Supérieur Général, Fachtna O’Driscoll a suivi les travaux, j’y ai participé comme animateur.
Sur cette frontière, au fond de la vallée coule un fleuve impétueux et la maison SMA se trouve sur un flanc de colline dans la périphérie de la ville. De la colline, la vue sur les pics et les vallées environnantes est de toutes couleurs en cette saison d’automne, bonne saison aussi pour les champignons qui faisaient partie du menu quotidien, ramassés au lever du jour par les deux Marek de la maison. Piwniczna-Zdrόj pourrait se traduire Piwniczna-les-Eaux, à cause de ses eaux gazeuses et ferrugineuses pompées en profondeur, porteuses de guérison. Cette eau faisait aussi partie de la boisson quotidienne.
L’Assemblée s’est déroulée selon le schéma classique de nos assemblées SMA. Il y eut d’abord les rapports des confrères en charge des différents services, administration, animation missionnaire, vocations, missions, collaboration avec les laïcs, finances, rapports aussi des différents délégués venus d’Afrique : Tanzanie, Togo, RCA. La réflexion s’est ensuite poursuivie de façon simple mais soutenue : il s’agissait de reprendre les décisions et textes mis au point à l’assemblée mi-mandat 2010 et de les réajuster à la lumière des orientations de l’Assemblée générale 2013. Mais une assemblée est d’abord une expérience : expérience de vie commune, de partage, d’écoute mutuelle ajustée à l’écoute de la Parole de Dieu, de recherche d’un chemin commun à poursuivre pour mieux contribuer à une mission commune.

Un grand attachement à l’Afrique et une valorisation du continent
Ce qui m’a le plus frappé au cours de ces quelques jours de partage et d’échanges, même si parfois beaucoup de ce qui se disait m’échappait à cause du manque de connaissance de la langue, c’est un attachement très grand à l’Afrique. Une écoute soutenue a été attribuée à Grégoire, arrivé quelques jours auparavant de Centrafrique. Il a raconté les exactions de la Seleka dans la zone géographique des Pygmées où nos confrères polonais travaillent. Ce fut moins grave qu’ailleurs, disait-il, grâce au contrôle qu’un responsable rebelle pouvait exercer sur ses troupes, mais Grégoire a dû organiser vers le Cameroun le repli d’une volontaire laïque et de son papa en visite. Les gens, disait-il encore, ont fait preuve d’une grande solidarité et d’un grand respect pour « la mission ». « Des situations de ce genre sont aussi l’occasion d’une grande solidarité entre nous. Elles engagent la SMA à revoir sa mission et son charisme… La paix est le point de référence pour notre mission, car la mission est là où nous sommes envoyés. Il nous a été bon de sentir l’encouragement de notre évêque, Mgr Dennis, tel le bon berger au milieu des brebis. »
Quelques jours après l’assemblée, Grégoire et Wojciech repartaient pour le Centrafrique. Grégoire ne voulait pas laisser seuls Adam, jeune confrère SMA ordonné il y a deux ans, et une missionnaire laïque. Arkadiusz, qui vient de terminer une année sabbatique, repartait aussi pour la Tanzanie où il planifiait de passer quelques mois à l’apprentissage de la langue Masaï, et Janusz, nouvellement réélu comme supérieur régional, rejoignait son poste à Mwanza en Tanzanie. Cet amour pour l’Afrique transparaissait très fort aussi chez les autres confrères rappelés il y a quelques années pour un service en Pologne.
L’Afrique est d’ailleurs très présente dans les trois maisons SMA, celle de Borcȩcin Duży, et les deux maisons de Piwniczna, décorées avec finesse par de multiples objets ou tableaux venus d’Afrique. Jusqu’aux couvre-lits, rideaux et nappes de table, tout est de style africain. À Borcȩcin comme à Piwniczna est installé un petit dépôt vente d’objets et de tableaux d’Afrique. Piwniczna est dotée d’une exposition permanente évoquant la vie quotidienne en pays pygmée et chez les Masaï, ouverte aux touristes de passage et aux écoles en excursion.

Vers l’avenir, ambition et inquiétude
Le centre de retraite de Piwniczna a été inauguré il y a deux ans ; sa capacité d’accueil peut aller jusqu’à 80 personnes. Il sert surtout pour la conscientisation à la mission vers l’Afrique et l’animation missionnaire. Il fonctionne à plein : de nombreux groupes y viennent pour des retraites, récollections et animation. Il y fait bon vivre, l’ambiance, comme la nourriture, y est familiale, car bien manger et manger abondamment fait aussi partie de ce qui caractérise le sud de la Pologne, et probablement tout le pays.
Un autre projet est à l’étude à Borcȩcin Duży, aux abords de Varsovie, depuis plusieurs années : celui d’ajouter à la maison SMA existante un grand centre d’animation missionnaire et de promotion aux cultures africaines. L’Assemblée a discuté longtemps du projet et a demandé des informations supplémentaires aux promoteurs sollicités. Les principales raisons évoquées pour sa réalisation ont été énumérées : la nécessité de locaux supplémentaires pour l’accueil de groupes et de personnes intéressées aux activités SMA, à la connaissance, au développement et à l’évangélisation de l’Afrique, à une réflexion approfondie d’ordre spirituel et missionnaire ; la promotion de la SMA dans l’Église de Pologne et parmi les laïcs ; la possibilité d’ouverture au dialogue œcuménique, interreligieux et interculturel… Le coût du projet est élevé. Le District-en-Formation Pologne [1] compte déjà sur une somme allouée par la SMA lors des deux derniers conseils pléniers, il y mettra une bonne partie de ses réserves financières et compte aussi sur ses ressources à venir, fruit d’une animation missionnaire fructueuse dans le pays. L’assemblée a accepté le projet, le planifiant en plusieurs étapes, espérant son ouverture au moins partielle en 2016. Si la question financière se pose de façon réaliste en la période actuelle de crise en Europe, se pose aussi la question du personnel. Les vocations à la SMA ont beaucoup diminué depuis quelques années, autant pour le sacerdoce que pour le laïcat. Dès 2014 devra être désignée « la personne qui sera responsable de la gestion et l’animation du Centre », avec au préalable la nécessité de suivre un programme de préparation à ce service.

Ouverture aux laïcs
Une orientation qui a été très vite poursuivie, dès que les confrères polonais ont été en charge de leur entité, est l’appel à la mission adressé aux laïcs. Un groupe autonome affilié à la SMA, et reconnu sur le plan juridique civil, a été constitué, appelé « Laïcs Missionnaires Associés à la SMA ». L’Assemblée du DFP de juillet 2002 avait mis au point leur statut, qui a été revu et réactualisé en 2007 et en 2010. Une matinée complète a été consacrée à un échange avec quelques unes des laïques. Le groupe va tenir une assemblée générale au cours de l’année prochaine et prendra en compte les points suggérés au cours de cet échange.
Deux laïques enseignent actuellement en Tanzanie, une autre est en milieu Pygmée dans le diocèse de Berbérati, et une autre continue d’animer le centre de distribution de médicaments à Saoudé. L’une d’entre elles est employée comme salariée au secrétariat SMA à Borcȩcin Duży. De 2006 à 2013, le groupe a pu envoyer 17 personnes pour un travail d’au moins une année en divers pays d’Afrique, Togo, Tanzanie, Centrafrique, Ghana. Ce stage a toujours été précédé par une période de formation SMA et un apprentissage de la langue, soit l’anglais, soit le français. Revenus d’Afrique, les laïcs continuent à participer à l’animation missionnaire et à la promotion de la SMA et de l’Afrique en Pologne et à témoigner avec enthousiasme de ce qu’il ont vu et entendu et du service qu’ils ont été appelés à donner.

Le DFP et la SMA internationale
Si le DFP est vu comme une jeune entité, il s’enracine dans un passé qui remonte à l’achat de la propriété de Ninino, dans le diocèse de Poznan, et l’ouverture du séminaire le 15 septembre 1931. Depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours eu une présence SMA en Pologne, même si elle était réduite à une seule personne au moment de la guerre et jusqu’en 1984, époque de la reprise de l’animation missionnaire SMA.
De par son engagement en Afrique et de la formation de ses membres en dehors du pays en milieu SMA international, le DFP est conscient d’appartenir à la SMA internationale et veut y apporter sa contribution sans entrer en compétition avec les autres districts-en-formation et autres entités, ni étaler des complexes d’infériorité ou de supériorité. Il voudrait apporter une façon de faire la mission, d’être missionnaire, qui vienne en complémentarité avec la façon de faire la mission sur le terrain. Venant comme étrangers en Afrique, il faut commencer par se faire accepter. Et pour cela se comporter en premier lieu comme personnes responsables sur le plan de la foi et de l’éthique chrétienne, accepter d’apprendre et de recevoir. Mais en même temps faire avancer la SMA et les communautés chrétiennes qu’elle sert dans les domaines de la compréhension du message évangélique, de l’ouverture à l’autre, afin que chacun puisse trouver sa place dans une Église aux multiples visages.
L’entité SMA polonaise est pratiquement la seule à se développer en Europe. Tout en continuant à poser ses bases logistiques à partir de la SMA internationale et surtout occidentale, même si son personnel n’est pas nombreux, elle se devra aussi, au moins comme les autres districts-en-formation, d’apporter son aide en personnel aux autres entités en Europe qui ont peine à entretenir la flamme missionnaire par manque de ressources humaines.

À la découverte de quelques réalités locales
Au-delà des temps de partage et de réflexion, une assemblée donne aussi la possibilité de sorties et d’ouverture d’ordre social et culturel. L’évêque de Tarnόw, le diocèse local, est venu nous visiter et redire que le diocèse soutient la SMA. Il a rappelé qu’un tiers des membres SMA polonais sont originaires de son diocèse, que celui-ci est béni par le nombre de ses prêtres qui dépasse 1500, qu’il y a en a beaucoup à l’étranger, dont un bon nombre en Afrique, et que lui-même entre tout à fait dans l’option des « prêtres associés ». Il est venu, alors qu’il était en visite dans la paroisse à l’occasion de l’accueil de l’image authentique de Jésus miséricordieux peint en 1934 sur les indications de sœur Faustine. Cette image voyage en effet dans les quelques 600 paroisses du diocèse ; c’est l’occasion de célébrations particulières dans le cadre de « la nouvelle évangélisation ».

Nous avons eu la possibilité de rencontrer pour une eucharistie et une soirée conviviale les personnes du quartier qui aiment fréquenter la maison de Piwniczna et y apportent leur présence, leur obole et leurs bras. Le dimanche 29 octobre, nous sommes tous partis en excursion à la mine de sel de Wieliczka, près de Cracovie, ce qui nous a permis de découvrir un peu le travail des mineurs et leur vie, mais aussi de revisiter une grande partie de l’histoire royale de la Pologne et de saluer la reine Sainte Kinga pour laquelle une chapelle a été creusée dans le minerai à plus de 100 mètres de profondeur et d’entrevoir aussi un pan du rayonnement passé du pays grâce au sel, denrée plus précieuse et plus chère que l’or.
Une visite de Cracovie s’impose, avec son château, son université et le quartier de la vieille ville, mais ce fut après l’assemblée. Il fallait aussi s’arrêter au sanctuaire grandiose de la Miséricorde divine à Ƚagiewniki, à la périphérie de la ville, et se recueillir à la chapelle du couvent où repose Sainte Faustine Kowalska, promoteur de l’image de Jésus miséricordieux et de la dévotion à la Miséricorde divine qui en découle, canonisée par Jean-Paul II en l’an 2000. C’était le 5 octobre, jour de la fête de Sainte Faustine. D’ailleurs, le bienheureux Jean-Paul II lui-même est loin d’être oublié, son image est partout, il est représenté en statue dans les positions les plus humbles et les plus solennelles. Et sur la colline qui fait face au sanctuaire dédié à la Divine Miséricorde, un énorme mémorial en l’honneur de Jean-Paul II, futur centre de pèlerinage est en construction. Les foules qui viennent de partout au sanctuaire pourront aussi se recueillir et prier en Église avec Jean-Paul II et la Pologne continuera à témoigner de sa foi et de la miséricorde.

[1] DFP.

Publié le 17 mars 2014 par Jean-Marie Guillaume