Les Sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur et les « gnando » du Bénin

A l’heure où nos petits écoliers retournent sur les bancs en trainant un peu les pieds, il est nécessaire de se rappeler que dans de trop nombreux pays du monde entier beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’éducation. A Kouandé, au nord Bénin, au cœur du pays bariba, dans le département de l’Atacora et de la Donga [1], le taux de scolarisation n’est que de 30% : 28% de filles et 33% de garçons.

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Les enfants de l’école de Kouandé
Photo Srs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur

Pour la congrégation des Sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur, implantée à la paroisse catholique Saint-Pierre de Kouandé depuis plus de 50 ans, cette situation n’est pas acceptable ; aussi œuvre-t-elle au quotidien pour permettre à de nombreux enfants, surtout bariba, d’accéder au savoir et de gagner ainsi leur autonomie. L’école, ici comme ailleurs, est un moyen fort de développement pour toute la région mais aussi une aide à la sensibilisation à la lutte contre l’infanticide.

Dès ses débuts, l’école a eu une vocation sociale forte et a tenté de répondre à la demande de la population, majoritairement musulmane, d’assurer un enseignement et une éducation de qualité face aux efforts insuffisants des écoles publiques souvent surpeuplées. Les Sœurs rendent l’école accessible à tous en favorisant la scolarisation des enfants des villages ; à cet effet, un internat situé à 300 m de l’école a été ouvert en 2005, géré depuis 7 ans par les Sœurs de Saint-Augustin. Elles tentent aussi de favoriser la scolarisation des filles et des enfants de familles démunies, d’orphelins et surtout des enfants vulnérables « dits-sorciers » (« gnando » en langue bariba). Grâce à l’école, ces derniers restent dans la région de leur origine sans passer par la pratique d’adoption souvent faite en dehors du Bénin, en France, en Hollande, en Allemagne, etc.

Les « enfants-dits-sorciers »

Il est difficile pour un occidental d’intégrer les notions d’une société qu’il s’est évertué à comprendre en la lisant avec ses propres grilles de lecture ; pour comprendre l’arrivée d’un enfant dans la société africaine, il faut en accepter tous les codes. De manière générale, en Afrique, l’arrivée d’un enfant n’est pas un don vierge destiné à être modelé par le désir des adultes. L’enfant arrive avec des messages, une vie antérieure, un héritage. Les nouveaux nés ne sont pas égaux et l’enfant trouve sa raison d’être dans une autre source que dans la pure volonté de ses parents physiques…

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Les enfants de l’école de Kouandé
Photo Srs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur

Il serait ici trop long de rentrer dans les détails de toute une cosmogonie mais ces seuls éléments permettent non pas de juger mais de comprendre pourquoi et comment certains enfants sont qualifiés « d’enfants dits sorciers » dès leur naissance. Les responsables du lignage n’acceptent pas la naissance de n’importe quel bébé, un tri s’opère et la collectivité se réserve le droit de supprimer dès son arrivée sur terre tout enfant qu’elle ne reconnaît ni ne désire. Les malformations, gémellité, arrivée par le siège, arrivée des dents, de la marche… sont autant de signes qui associent ou non l’enfant à une normalité acceptée.

Faire disparaître ce qui constitue un danger pour la sauvegarde de la vie sociale et collective est une thérapeutique comme une autre. Avec l’évolution de la société, les « enfants-dits-sorciers » ne sont plus systématiquement tués à la naissance ; mais leur vie demeure problématique, ils sont souvent abandonnée ou exploités. L’école des Sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur tente de scolariser et de récupérer ces enfants éprouvés.

L’école en marche

Actuellement, l’École Primaire Catholique fonctionne avec 12-13 membres de personnel, dont 6 enseignants titulaires, 2 enseignants vacataires et stagiaires, la directrice et 2 cuisinières. Elle a désormais un effectif de 160 élèves, dont 80 filles, et collabore avec le Collège Catholique Jean Louis BREHIER, qui a présenté en 2015 sa 1ère promotion au BEPC. Ainsi le lycée a été démarré à son tour.

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Le logo de l’école
Photo Srs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur

La Sœur Directrice assure toute la gestion matérielle mais organise aussi le suivi psychologique des élèves en échec scolaire ou avec des difficultés morales et spirituelles. Ils sont environ 30 sur la liste, dont 4 enfants « dits-sorciers » (leur nombre a été divisé par 4 depuis 10 ans, signe d’évolution visible de la mentalité locale). Elle prend en charge le cours des religions au CM1-CM2 pour avoir un contact direct avec la tranche la plus âgée de l’école et mieux canaliser certains comportements relatifs à la préadolescence. La congrégation a fêté les 10 ans de la réouverture de son école cette année. Elle compte sur le soutien de chacun pour la rentrée scolaire d’octobre prochain et remercie chaque jour pour tout ce qui est fait pour favoriser l’éducation des enfants.

L’école pour les « sorciers »

L’École Primaire Catholique du Sacré-Cœur des Sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur a été ré-ouverte en 2005. Fondée initialement comme école de filles en 1964/1965 par cette congrégation apparentée à la Société des Missions Africaines, elle est tombée, comme tant d’autres, dans le domaine public durant la période marxiste-léniniste. Sa première directrice, Sr Jeanne Fortin, a dû partir pour une autre mission. En 2003, les bâtiments ont été réattribués à la Congrégation. Avec l’accord de l’évêque de l’époque, Mgr Pascal N’Koué, les Sœurs décident de ré-ouvrir l’école. Avec une ouverture de classe par an, l’année scolaire 2010/2011 a été celle de l’ouverture du CM2 et donc de la première promotion d’élèves présentée au CEP (Certificat d’Études Primaires) avec 100 % de réussite. Le Diocèse de Natitingou a soutenu dès le début le projet des Sœurs. Dans la visée du développement de la région, pour l’année scolaire 2011/2012, il a été décidé de créer un collège catholique, cette fois-ci entièrement à sa charge. La direction a été confiée à un des prêtres diocésains bariba qui reste en collaboration avec l’école primaire.

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Les enfants de l’école de Kouandé
Photo Srs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur

Les sœurs ont mis en place une possibilité de parrainage collectif permettant de suivre un groupe d’élèves ayant droit à l’une de trois caisses (aide-élèves de famille démunie, aide-élèves orphelins, aide-élèves « enfants dits sorciers ») dans leur parcours scolaire, mais aussi de recevoir des informations concernant les progrès de la classe et de la vie de l’école (2 courriers par an). Ce parrainage est pour les Sœurs le moyen le plus efficace d’exercer la justice dans leur tâche d’éducation [2].

[1] Chef-lieu Natitingou, à 50 km par la piste, ville de 80 000 habitants répartis en 6 arrondissements et 51 villages.

[2] Contact école : École Primaire Catholique du Sacré-Cœur , BP 10 KOUANDÉ – BÉNIN
Tél. : (+229) 64 21 34 71 ou 95 73 38 04
E-mail : sacrecœur.ecole yahoo.fr ou miscate.kouande yahoo.fr
Maison Généralice : 4, Rue Gabriel Rongier 69 370 ST-DIDIER-AU-Mt d’OR
Tél. : (+33) 04 78 35 89 77
E-mail : mission-cate.stdidier orange.fr
Pour vos dons, veuillez libeller vos chèques à l’Association AMAMA (Aide pour les Missionnaires et les Anciens Missionnaires d’Afrique).

Publié le 18 octobre 2016 par Valérie Bisson et Sr Krystyna Walada