Les sœurs N.D.A. à Siou, au Togo

C’est le matin, déjà la chaleur envahit les locaux pourtant bien ouverts de toutes parts. Alfred et toute l’équipe d’aveugles, de malvoyants et de handicapés sont au travail. On entend les machettes fendre les branches de palmier, les couteaux éclisser la peau des feuilles, les cliquetis des bûchettes préparées pour les parures de danse... Ils sont une quinzaine, plus ou moins selon les jours, dans une ambiance joyeuse, à travailler deux jours par semaine au Centre ouvert pour eux à Siou, village au Nord du Togo. Leurs doigts, sans le secours du regard ou rendus malhabiles par un handicap, sentent, manient, reconnaissent, agissent, et des merveilles sortent de leurs mains.

Les armatures de chaises et de tabourets sont tissées de corde qu’il a fallu d’abord tresser et mettre en pelote. Des balais de coco, si précieux et efficaces en Afrique, sont assemblés ; une cinquantaine d’aiguilles extraites de feuilles de palmier, bien rognées à la base, sont liées ensemble pour la bonne préhension des utilisateurs. Des petites bûchettes sont percées, enfilées, fixées sur une corde pour devenir instrument essentiel de la danse, le « pandjama » au pays Kabié ou Losso. Des villageois se chargent de fournir les branches de palmiers.

Sœur Martina, Soeur de ND des Apôtres, est le maître-d’œuvre. Depuis une année, après une longue mise en veilleuse durant l’absence des Sœurs NDA de la mission de Siou, elle a ré-ouvert le Centre : « Centre agricole et artisanal pour aveugles et handicapés de Siou ». L’objectif global du projet est d’apprendre au handicapé à vivre de son travail, à être autonome, et à lui faire comprendre qu’il est un homme actif dans la société, afin d’améliorer lui-même ses conditions de vie.

Fondé vers 1960, plusieurs Sœurs ont contribué au développement du Centre : Sœurs Marie Hélène Gelly, Jeanne Strasser, Jeanne Étienne, et d’autres. Avec des associations, elles ont eu la possibilité de commencer de l’élevage, de faire du jardinage, d’apprendre aux handicapés à tresser la corde pour rempailler des chaises et des fauteuils. Elles ont réalisé 4 forages dans les quartiers pour encourager à faire des jardins et avoir de l’eau pour les familles. Il y avait même de l’électricité, grâce à deux plaques solaires.

La joie des aveugles et des handicapés est grande de savoir le Centre ré-ouvert, même s’il faut repartir de rien. Leur formation demeure ! Bien sûr, avec le développement des soins, il y a moins d’aveugles. La cécité des rivières, l’oncho-cercose, le diabète, la lèpre et même les handicaps divers, ont beaucoup diminué. Mais dans les villages, il reste beaucoup d’anciens ou de pauvres qui n’ont pu se traiter.

Tous ces gens sont en général du village, où ils vivent en famille et viennent deux jours par semaine au Centre. La vie pour eux n’est pas facile. Le Centre est une occasion de sortir de leur isolement et de retrouver un statut social.

Actuellement, depuis la reprise active du Centre, il n’y a pas encore de financement extérieur. Leur fruit de travail - chaises, fauteuils, balais, accessoires de danse - est vendu au marché une fois par semaine. Le produit de la vente alimente la petite caisse du Centre. Cet argent permet d’acheter du maïs pour offrir à tous, et quelquefois des vêtements et du savon.

Beaucoup participent à la vie de l’Église. Ils font partie de la chorale et l’un d’eux est catéchiste. Leur vie est un témoignage éloquent, tant par leur joie que par leur courage.

d’après l’interview de Sœur Martina Martinelli dans « En correspondance » Sœurs Notre Dame des Apôtres, n°44, février 2017

Publié le 3 avril 2017