Les Tamouls transmettent leurs valeurs à leurs enfants

La pastorale des migrants du diocèse de Strasbourg assure un service pour toutes les communautés - Africains, Antillais, Malgaches, Polonais, Espagnols, Portugais, Italiens, Tamouls, Vietnamiens, gens du voyage… – et les invite à partager leurs valeurs spécifiques lors de réunions, de fêtes ou de diverses activités culturelles.

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Avec de la lumière et des fleurs, recevoir la Parole de Dieu à la manière indienne. Église St-Paul de Colmar.
Photo Pakiadhasse Fleurentin

Savoir composer
La communauté tamoule du diocèse est importante et fait partie de la communauté indienne. La langue, la culture, la tradition et la dévotion nous rassemblent pour célébrer la vie. En même temps, nous essayons de nous intégrer à la culture française. Les parents, en effet, ont grandi au sein de la culture indienne ; ils en ont conservé des coutumes et des traditions qui doivent trouver place en parallèle à une culture fort différente : ils souhaitent par exemple transmettre à leurs enfants les délicieuses recettes de leur gastronomie. Plus important encore, les situations auxquelles ils sont désormais confrontés dans le pays qui les accueille les forcent à toujours reconsidérer leurs choix de vie. Leurs croyances et leurs valeurs culturelles ne s’opposent-elles pas à celles de leur nouvel environnement ? Sont-elles compatibles avec les nouveaux défis qui se présentent à eux ? Ou doivent-elles laisser place aux valeurs humaines ou à celles de l’Évangile ? Les enfants et les adolescents, par contre, n’ont guère de difficultés à s’adapter car ils sont nés ici pour la plupart. On peut même affirmer que les enfants des migrants acquièrent avec une aisance vraiment extraordinaire la langue et la culture françaises.

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Invoquer la bénédiction de Dieu en allumant la lampe kuthvilhaku.
Photo Pakiadhasse Fleurentin

Transmettre la dévotion aux enfants
Les Indiens, et notamment les Tamouls, ont émigré pour diverses raisons. Certains viennent de l’Inde, d’autres du Sri Lanka, ou encore de l’Ile Maurice. Toute famille indienne considère que la transmission de la foi est une chose primordiale. Dans chaque maison, une place est réservée à la prière ; on y conserve les images des dieux et des saints, mais aussi celles des parents qui nous ont quittés car ce sont eux qui nous ont appris à connaître Dieu et nous leur devons reconnaissance et respect pour cela. Dans les familles hindoues, on peut voir côte à côte les images de Jésus, de la Vierge Marie, des divinités et d’hommes dont la spiritualité est célèbre. L’hindouisme est réputé pour la dévotion, le christianisme pour la charité, l’islam pour la fraternité.

Le pooja [1] accorde une large place à l’encens, aux fleurs et aux fruits, aux chants et aux danses… Cela fait partie de la prière et de sa liturgie, au même titre que l’adoration. Dans le diocèse de Strasbourg, il n’est pas rare de voir des hindous se joindre aux chrétiens lors des fêtes de saint Antoine, de Notre-Dame de Vélakkanni ou de Madu Madhu.

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La Vierge Marie de Madu Madhu.
Photo P. Mylvaganam

De même, nos chrétiens participent volontiers aux célébrations hindoues. La liturgie catholique a d’ailleurs adapté beaucoup de cérémonies indiennes, tout en restant fidèle à l’Écriture Sainte et à la tradition de l’Église.
Les Indiens ont besoin de dévotion, c’est dans leur nature, au-delà des clivages de caste et de religion ; ils sont convaincus qu’avec la connaissance et les bonnes actions, elle permet d’atteindre le salut. De la naissance à la mort, le cours de la vie est rythmé par diverses cérémonies. On invite en ces occasions les membres de la famille, les amis et les relations. Tous prient ensemble, partagent le repas et leurs expériences. Lors de ces fêtes, comme dans la vie de tous les jours, les parents communiquent aux enfants les valeurs essentielles : respect des aînés et des anciens, bonne conduite, hospitalité, amour du prochain… Tout cela permet de vivre avec les autres malgré les différences. Mais, bien que tous s’en sentent responsables, ce sont les mamans qui enseignent les prières et la foi aux petits. Elles leur apprennent à distinguer entre superstition et tradition, elles insufflent l’esprit de justice par delà les discriminations.

Montrer la culture indienne
Il est certain que rendre visible la culture indienne permet de vivre cette adaptation plus facilement et de la réussir. On ne gagne jamais à oublier ses origines, bien au contraire, car la diversité culturelle plaît beaucoup aux Européens, en particulier aux Français. Cela les intéresse : ils savent ainsi que les langues de l’Inde sont nombreuses et fort anciennes, que sa littérature aborde tous les aspects de la vie humaine et spirituelle...

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Le kumba arathi (noix de coco, feuilles de manguier et guirlandes de fleurs sur un vase d’argent ou de bronze) accueille toute la communauté à participer à une célébration.
Photo P. Mylvaganam

Les modernes danses du Bollywood font aussi partie de la culture indienne, et bien des enfants, à Strasbourg, à Colmar ou à Mulhouse, se sont fait une spécialité du genre ! On sera charmé aussi par le costume : les saris indiens sont si colorés et si seyants ! Bien des échoppes proposent des films et de la musique tamouls. Les fêtes, comme Pongal, Diwali et Oli Vizha [2], sont célébrées à Strasbourg, on peut y admirer des musiciens indiens, elles sont ouvertes à tous.

Et, bien sûr, la cuisine indienne a su depuis longtemps séduire les palais français. Les restaurants sont nombreux qui la proposent, et les magasins fournissent tout le nécessaire pour la réaliser chez soi, épices, riz, légumes et fruits.

[1] Le pooja est un moment de prière durant lequel chaque famille indienne, quelle que soit sa confession, invoque la bénédiction des dieux pour les travaux de la journée.

[2] Pongal est une fête agricole qui remercie Dieu de ses bienfaits ; Diwali célèbre la lumière qui succède aux ténèbres, ‘Oli Vizha le partage de la lumière de Jésus avec tout le monde.

Publié le 26 août 2014 par Francis Kalan Madhan