Lettres de Côte d’Ivoire. Ébimpé

Un pays encore instable
La vie au foyer SMA d’Ebimpé se déroule paisiblement, la jeunesse nous entraine, nous pousse vers l’avant. Le service des communautés de base me prend pas mal de temps, d’autant plus qu’en cette année de la foi et de la nouvelle évangélisation plusieurs diocèses insistent sur la place et l’action de ces petites communautés. Pratiquement tous les dimanches, je suis allé dans l’une ou l’autre paroisse des diocèses de Yopougon ou d’Abidjan, avec présentation des communautés et souvent rencontre avec les responsables et animateurs.

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La maison SMA d’Ebimpé.
Photo Jean-Marie Guillaume

La situation du pays reste fragile. L’insécurité, même si elle a beaucoup diminué, n’est pas vraiment éradiquée : les coupeurs de route se manifestent encore assez souvent. Des maisons sont attaquées. Des gens armés – qu’on ne peut jamais identifier - s’en prennent même à des commissariats en pleine ville d’Abidjan. La liste des paroisses et des communautés visitées s’allonge ; souvent – et ce n’est pas fortuit – c’est la nuit, après une fête avec quête spéciale. Il y a encore trop d’armes en circulation et beaucoup de misère. Elle touche vraiment les petits. Beaucoup sont à la recherche d’un travail. Les blessés de la vie arrivent à trouver le chemin d’Ebimpé, même s’il faut changer plusieurs fois de gbaka, le taxi communautaire.

Un nouvel élan
Le pays semble repartir, de grands travaux sont entrepris et poursuivis. On annonçait l’inauguration de l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro pour la mi-décembre, les travaux pour le 3ème pont d’Abidjan sont menés rondement, et celui pour Jacqueville est en bonne voie. Les travaux du grand hôpital national catholique, un rêve du président Houphouët-Boigny, construit sur le terrain de la basilique de Yamoussoukro, devraient finir enfin pour la mi-janvier 2014. Les signes positifs de reprise sont nombreux, mais le pays n’est pas encore réconcilié ; beaucoup de rancœurs, tous les exilés ne sont pas revenus, la justice, qui se veut indépendante, n’a pas encore vraiment joué son rôle.

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Ebimpé. Groupe d’étudiants de septembre 2012.
Photo Jean-Marie Guillaume

Récemment, Charles Konan Banny, président de la commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, a soutenu que « ce qui mène à la réconciliation sera long et pour y arriver il faudra beaucoup d’audace et de surpassement au peuple ivoirien ». Il a expliqué que « le pardon est nécessaire. Toutefois, le pardon des victimes doit être motivé par un repentir sincère des auteurs des violences des droits de l’Homme ». Il déclarait aussi : « La recherche de la vérité est arrivée. Le déni de ce qui s’est passé serait la plus grande injustice au peuple de Côte d’Ivoire. Se réconcilier ou périr ? Nous n’avons pas le choix. » Tout le monde aspire à une vraie réconciliation, du moins l’affirme-t-on très fort. Espérons que les nombreuses prières qui montent à Dieu l’amèneront.

Publié le 7 avril 2014 par Pierre Roustan