Ma famille, un don de Dieu

Éric Aka, prêtre des Missions Africaines en mission au Liberia, est originaire de la Côte d’Ivoire. Il est issu d’une famille de 20 enfants de 5 mères différentes. Comment est-il possible d’avoir tant d’enfants ? Quels sont les bienfaits et difficultés d’une telle famille ?

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Photo sma Strasbourg

Ma famille

En 1964, mon père eut sa première fille avec une dame dont les parents ont refusé de la lui accorder en mariage. Ensuite, en 1966, la famille maternelle de mon père lui donna une femme qu’il épousa coutumièrement et civilement : de cette union il eut 6 enfants, dont 4 sont toujours vivants. En 1969, il décida de prendre une seconde épouse, ce qui est rendu possible par la pratique de la polygamie qu’autorise la culture des Akans : en naîtront 6 enfants dont je suis l’aîné. En 1979, la famille maternelle de mon père lui demanda de se séparer de ses 2 épouses, nos mères, afin de ramener la paix dans la famille. En effet, leurs querelles intempestives troublaient énormément l’harmonie de la maison. Leur départ a permis à mon père de fédérer tous ses enfants autour de sa personne. En 1980, il tenta 2 autres aventures afin de trouver une femme qui s’occuperait de ses enfants, libérant ainsi ses sœurs pour qu’elles vaquent à leurs occupations au lieu de passer leur temps à s’occuper de nous. De ces aventures naîtront 2 filles, mais ces dames se désistèrent car la tâche était trop lourde. En 1981, une autre l’accepta par amour pour mon père, qui décida de l’épouser religieusement. De leur union naîtront 6 enfants. Elle s’endormit dans la paix du Seigneur en novembre 2011, laissant derrière elle 18 enfants devenus adultes qui lui ont rendu un vibrant hommage lors de ses obsèques le 17 décembre 2011.

Difficultés et avantages

Mon père, Aka Kacou Bernard, était un chauffeur employé à la Mairie d’Abidjan depuis les années 60. Il était analphabète et touchait un bas salaire. Face à ce handicap, il s’est engagé à scolariser tous ses enfants, mais la concurrence entre nos deux premières mères ne lui facilitait pas la tâche. Chacune voulait autant d’enfants que l’autre, à telle enseigne que les naissances n’étaient espacées que d’une année : lorsque l’une accouchait, l’autre faisait de même l’année suivante. En outre, notre dernière mère désirait le même nombre d’enfants qu’elles. Mon père a néanmoins réussi à nous scolariser tous, ainsi que certains neveux et nièces. Compte tenu de ses faibles revenus, nous vivions du strict minimum à la maison.

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Photo sma Strasbourg

Les épouses de mon père souffraient silencieusement de partager leur mari. Sa partialité envers elles engendrait des mécontentements qui aboutissaient à de violentes disputes. Tout cela dérangeait l’atmosphère familiale, le vivre ensemble. Le grand nombre d’enfants rendait difficile de rencontrer une autre femme après le départ de nos mères. Il n’est pas facile en effet de s’engager dans une famille comme la mienne, où les enfants sont nombreux et ont des caractères très divers.

Mon père a cependant su rassembler tous ses enfants, si bien que nous déclinons notre identité à partir de lui. Par exemple, je me présente comme le 3e d’une famille de 20 enfants dont 18 sont encore vivants. De plus, mon père nous a appris à considérer toutes ses femmes comme nos propres mamans. A leurs obsèques (car elles sont toutes décédées), nous nous sommes gardés de faire des différences. Il y a une complicité entre nous tous que je vois rarement dans les familles polygames. Grace aux efforts de mon père et de certaines personnes de bonne volonté, tous ces enfants, aujourd’hui adultes, sont en passe de trouver une place sous le soleil. S’ils avaient tous du travail, cela représenterait une force et un apport non négligeable dans la grande famille Aka. Le poids des charges en serait réduit et la solidarité familiale renforcée, sans oublier que cela donnerait aussi de la main d’œuvre à la nation ivoirienne.

Comme le dit le psalmiste, « Qu’il est beau de vivre comme des frères ! ». Je remercie Dieu de m’avoir donné cette famille. A travers elle, j’ai connu et vécu les joies et les souffrances des familles polygames et des familles nombreuses. Pourtant, vu les tiraillements des hommes qui s’y engagent et la souffrance qu’endurent femmes et enfants, mieux vaut décourager la pratique de la polygamie et militer pour la famille monogame. Les enfants se rendent compte si leur mère est la bien-aimée ou non et en restent terriblement marqués.

Publié le 5 septembre 2016 par Éric Aka