Mariage en Inde

Le mariage, dans l’esprit et la vie des Indiens, est un sacrement, non un contrat. Qu’il s’agisse d’un garçon ou d’une fille, c’est une responsabilité que toute la famille partage. Et même si un jeune désire s’orienter vers la vie religieuse [1], le mode de vie hindou lui suggère de se marier auparavant, de jouir de la vie conjugale et d’installer sa famille.

Préparatifs
Tout le monde souhaite que les époux se restent fidèles leur vie durant. Leur union réjouit tout particulièrement leurs parents, qui en espèrent de beaux petits-enfants. Un mariage fécond est en effet une bénédiction de Dieu : Rabindranath Tagore, le grand poète bengali [2], disait que chaque enfant qui naît affirme que Dieu n’est pas lassé du monde et qu’il continue à l’aimer.

Le mariage nécessite une grande préparation. En Inde, il est souvent arrangé par des intermédiaires – membres de la famille ou religieux – qui choisissent et associent les jeunes gens. Cette décision prise, les parents du garçon vont visiter ceux de la fille pour en discuter. Ils apportent des feuilles, des fruits, des noix de coco, du santal, du kumkum [3] et des fleurs dans une grande assiette appelée tambolam. Les familles s’échangent cette offrande par trois fois, ce qui conclue les fiançailles. Ces rencontres permettent de parler des vues et des espérances des deux parties. On envisage les dépenses qu’il faudra engager pour la cérémonie, ainsi que la dot - argent, voiture, meubles par exemple, mais plus souvent bijoux en or - que la mariée doit apporter à son époux. Cette coutume avait autrefois pour but d’aider le jeune couple dans sa nouvelle vie, mais elle n’est plus de nos jours qu’une pratique pernicieuse qui empêche les jeunes filles pauvres de se marier.
Dans ce genre d’alliance, les futurs mariés ne sauraient se rencontrer plus tôt. Quand ils ont donné leur consentement, un astrologue étudie leurs dates de naissance car les Indiens sont persuadés que ces personnages ont le pouvoir d’assurer un mariage heureux. On pense aussi que certains jours sont plus favorables que d’autres [4].
L’Inde est constituée à 80 % de villages qui, selon Gandhi, sont la colonne vertébrale du pays. Dans cette société rurale, la fille n’a pas son mot à dire. Dès sa naissance, et pour sa vie entière, elle dépend toujours des autres. Les choses évoluent pourtant peu à peu grâce à l’éducation. On le constate aussi dans le domaine du mariage : même si beaucoup reste à faire [5], l’Inde connaît désormais de véritables mariages d’amour, surtout dans les villes.

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Le mariage chrétien de Xavier et Maria.
Photo Francis Kalan Madhan

Festivités
Le mariage hindou se déroule dans un temple ou dans une grande salle, devant le dieu du feu Agni, qui est témoin de l’union. Le prêtre invoque la bénédiction des dieux, les invités bénissent le couple à leur tour et lui offrent des cadeaux. Le marié offre à son épouse le thali, un pendentif qui symbolise leur union et leur fidélité, et le lui passe autour du cou. Les chrétiens suivent aussi la tradition indienne, tout en y associant les préceptes du christianisme : ainsi, le mariage a lieu dans une église, et le thali est gravé d’une croix.
On partage ensuite le repas. Dans un village, il n’est pas rare que tous les habitants y soient conviés, et que l’on compte près de 3 000 convives ! La société indienne reste divisée en castes. Les mariages mixtes sont donc peu fréquents, bien que l’on assiste à une lente progression. Dans l’Etat du Tamil Nadu, le gouvernement cherche à favoriser les unions entre différentes religions et castes en organisant des mariages collectifs et en offrant le sari et le thali en or de la mariée. D’ailleurs, se marier dans sa communauté n’est plus aussi important que jadis : beaucoup d’Indiens vivent autre part, en Europe et en Amérique principalement, et choisissent leur conjoint dans leurs pays d’adoption.

Un mariage chrétien
Pendant mes récentes vacances en Inde, j’ai assisté à 5 mariages, chrétiens et hindous. Je suis allé à Kodi Ugne pour celui d’un des membres de ma famille [6]. Le garçon, Xavier Mahesde, travaille comme chauffeur dans un dispensaire ; il a bon caractère mais vient d’une famille pauvre. Maria Padma, la jeune fille, est de Kotagiri, au Tamil Nadu [7]. Elle a travaillé pour les religieuses du couvent d’Assise, dont le charisme principal est de prodiguer des soins médicaux aux pauvres et, en particulier, de soigner la lèpre. La célébration eucharistique a été faite par quatre prêtres. Elle a rassemblé plus de 2 000 personnes : des chrétiens, parmi lesquels de nombreuses Sœurs, mais aussi des musulmans et des hindous. L’Inde n’a pas attendu le Concile Vatican II pour pratiquer l’œcuménisme et la cohabitation harmonieuse de religions différentes [8]. Nous avons tous offert une petite somme aux familles des conjoints, les Sœurs pour la jeune fille, les prêtres pour le jeune homme, afin qu’ils puissent organiser leur mariage. Après la cérémonie, toute l’assemblée a été conviée au repas.

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Le P. Kalan et les jeunes mariés Xavier et Maria.
Photo Francis Kalan Madhan

Le mariage est une belle chose. Au-delà de l’union des corps, des esprits et des cœurs, c’est un choix qui apprend à vivre ensemble et à aimer la vie, à regarder à deux dans la même direction et à avancer ensemble sur le même chemin. En fondant une famille, les époux s’associent au dessein de Dieu. Ils contribuent à créer un monde de paix, à préserver la nature humaine et à détruire le mal. Ce sont des valeurs qu’on trouve également dans la religion hindoue, qui les représente respectivement par Brahma, Shiva et Vishnou.

[1] Sanyasa, dans la religion hindouiste.

[2] Rabindranath Tagore a reçu le prix de Nobel pour son livre Gitanjali.

[3] Le kumkum est une poudre rouge que la mariée porte sur le front.

[4] Ces superstitions concernent aussi bien les mariages que toute autre entreprise.

[5] La femme, par exemple, est aujourd’hui encore toujours plus jeune que l’homme.

[6] Kodi Ugne est un village du district de Chamraj Nagar, dans l’Etat du Karnataka, à la frontière avec le Tamil Nadu.

[7] La région de Kotagiri, aussi appelée la Suisse de l’Inde, est bien connue pour ses plantations de thé et de pommes de terre.

[8] S’il y a parfois des émeutes religieuses en Inde, c’est surtout parce que des politiciens et des gens intolérants cherchent à dresser les différentes communautés les unes contre les autres.

Publié le 1er mars 2012 par Francis Kalan Madhan