Maroc, une « Église des humbles » et trois membres SMA

Premières impressions

Ce qui m’a d’abord frappé au Maroc, c’est le ciel particulièrement bleu et lumineux au dessus de la campagne et des montagnes, un ciel beaucoup plus brouillé au dessus des villes, notamment celle de Casablanca. C’est aussi l’étendue du pays, son aridité, sa couleur proche du sable, ses montagnes et ses vallées, mais aussi ses plaines où émergent quelques étendues de verdure cultivée, surtout des vignes et des arbres fruitiers, là où l’arrosage est organisé. Sur les terres ou les collines non cultivées ou sur les champs qui ont été moissonnés et qui ont repris la couleur ocre, de nombreux troupeaux de moutons ou de chèvres, quelquefois de bovins, essaient de trouver un peu de nourriture, probablement quelques bourgeons qu’une rosée hypothétique aurait pu faire émerger durant la nuit. On a l’impression que ces animaux sont réduits à manger de la terre et que parfois ils changent de nourriture pour passer à la pierre. De longues autoroutes modernes à péage, souvent peu fréquentées, relient les villes les unes aux autres. Et là où il n’y a pas ou pas encore d’autoroute, les routes ordinaires, plus étroites, sont bien entretenues.

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Maroc. Le long de l’autoroute.
Photo Jean-Marie Guillaume

Ce sont aussi de grandes villes qui éclatent de partout, villes construites autour d’une médina traditionnelle entourée de tours, de remparts crénelés, dans le style mauresque, qui rappellent les châteaux forts, percés de portes cintrées aux contours souvent décorés. Une multitude de nouveaux quartiers avec maisons en cube sont en construction autour des ces villes. Le Maroc, terre de soleil et d’un climat plutôt sec, avec des côtes à l’infini, attire. Les villes et agglomérations du bord de mer se dotent d’enclaves nouvelles, avec des appartements sécurisés et tout confort destinés aux touristes, de centre commerciaux, d’hôtels et de centres de vacances.

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Casablanca. La mosquée royale.
Photo Jean-Marie Guillaume

Une chose qui m’a encore frappé est la perception du spirituel. Les tours des mosquées pointent jusque dans les plus petits villages, comme les dômes ou clochers des églises dans la ville de Rome. Mais il n’est pas permis au Maroc à un non musulman d’entrer dans une mosquée. La seule mosquée pouvant être visitée, avec un guide obligatoire et seulement durant quelques heures en après-midi, est la mosquée royale de Casablanca, parait-il la plus grande du monde, construite par le roi Hassan II sur un promontoire au bord de la mer. L’édifice est grandiose, tapissé de marbre, avec une esplanade à portiques immense. Les décorations autour des portes et des fontaines sont tout en finesse, de ciselures et de couleurs où le bleu domine. Rarement, et de façon discrète, des croix indiquent une église.

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Casablanca. La mosquée royale.
Photo Jean-Marie Guillaume
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Casablanca. La mosquée royale.
Photo Jean-Marie Guillaume

Cette présence du spirituel se traduit aussi dans les relations entre les gens, dans le langage respectueux de la présence sous jacente de Dieu, et dans la recherche entreprise par des personnes isolées pour le rencontrer. Partout où l’on s’arrête, comme par hasard, on rencontre quelqu’un, souvent des hommes, en quête de ce Dieu qui les poursuit.

Le Maroc, pour moi, c’est aussi ce contraste très fort entre deux populations : l’une aisée, héritière des grandes familles traditionnelles marocaines mais aussi venue de l’étranger, qui s’est rapidement enrichie par le commerce et l’industrie modernes ; l’autre pauvre, qui n’a pas accès au style de vie que nous qualifierions d’ordinaire, à peine de quoi survivre, toujours en recherche d’un petit boulot qui puisse aider. Le taux de chômage est très important dans ce pays, surtout parmi les jeunes qu’on rencontre partout, désœuvrés, parfois en bandes. Beaucoup d’entre eux ont l’esprit tourné vers le nord ou vers l’ouest, plus que vers l’est où se trouve le point de ralliement de l’Islam.

Si beaucoup de Marocains ont le regard tendu vers le nord, le Maroc est aussi une terre d’accueil pour de nombreux étudiants sub-sahariens, dotés d’une bourse du gouvernement marocain. Aidés par un complément de leur propre pays ou de leurs familles, ils profitent des cycles d’études multiples et de qualité offerts par les universités marocaines. Quelques uns, surtout parmi les spécialistes, arrivent au terme de leurs études à décrocher un emploi dans le pays. Relativement nombreux aussi sont les petits employés venus de l’étranger, surtout des pays subsahariens, heureux d’avoir trouvé un travail qui les aide à faire vivre leur famille restée au pays, mais souvent exploités et peu payés. Les bureaux d’envoi d’argent comme Western Union sont nombreux. L’enseignement dans les instituts universitaires est en français. C’est la langue la plus étudiée à l’école et la plus employée au Maroc après l’arabe. Partout on trouve des gens avec lesquels on peut communiquer, chercher son chemin et obtenir les renseignements voulus. Les enseignes des magasins et des lieux de vacances, les panneaux indicateurs, sont pour la plupart du temps libellés en français.

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Vue sur Agadir.
Photo Jean-Marie Guillaume

La ligne aérienne la plus populaire qui amène touristes et voyageurs au Maroc est la « Royal Air Maroc ». Le voyageur sait ainsi de prime abord qu’il arrive dans un royaume. Le régime royal est partout rappelé. Chaque grande ville se vante de posséder un ou plusieurs domaine royal, que le roi s’efforce d’honorer de temps en temps. La couronne est très souvent représentée, parfois même en très grande dimension au dessus des collines dominant les villes. Beaucoup d’entreprises, de commerces, de complexes touristiques sont sous enseigne royale, à tel point qu’on a vite l’impression que la moitié du pays travaille pour le roi. Mais en fait, la plupart du temps, tout cela, m’a-t-on dit, est pour le bénéfice du pays et des Marocains. Si la police est très présente, le régime royal s’est libéralisé depuis quelques années et il est loin d’être aussi répressif qu’il ne l’est ou l’a été en d’autres pays du Maghreb.

[1] Ces renseignements viennent d’une petite feuille de présentation qui se trouve dans la plupart des lieux de culte catholique, intitulée l’Église au Maroc aujourd’hui.

[2] L’Église au Maroc aujourd’hui.

[3] Le Père Joguet est décédé en novembre 2012.

[4] J.-P. Flachaire, Monastère Notre-Dame de l’Atlas, hier et aujourd’hui, p. 6-5.

[5] Plus tard, à partir de 1955, archevêque de Cotonou.

[6] Paul Houix, candidat SMA, faisait son noviciat à Chanly avec moi en 1959-1960 ; il nous a quittés au milieu de l’année, poursuivi lui aussi par l’idéal trappiste… Il est devenu plus tard abbé de Timadeuc, service dont il s’est démis il y a peu de temps pour raison de santé.

[7] Freddy Derwahl, Le dernier moine de Tibhirine, Paris, Albin Michel, septembre 2012.

[8] Deux livres, aussi captivants l’un que l’autre, ont été publiés en septembre 2012 à partir de l’expérience du frère Jean-Pierre. Tous les deux portent sur la première de couverture sa photo en gros plan : Frère Jean-Pierre et Nicolas Ballet, L’esprit de Tibhirine, Paris, Le Seuil, septembre 2012 ; Freddy Derwahl, Le dernier moine de Tibhirine, Paris, Albin Michel, Septembre 2012.

Publié le 26 août 2013 par Jean-Marie Guillaume