Medias et spiritualité

En préambule, notons qu’un tel sujet débattu à cœur ouvert puisse gêner l’un ou l’autre. Constatons d’abord que télévision et radio l’ont réduit à la portion congrue. Ensuite, que le mot « spirituel », souvent vague, se confond facilement avec religieux, et que l’un et l’autre se voient souvent traités avec une franche désinvolture (ou pire).

D’autre part, même si le « retour du religieux » est à prendre avec bien des nuances, il jouit d’une large audience sous ses formes les plus aguichantes : para-normal, para-psy, magnétisme, mentalisme, ésotérisme nébuleux... ce qui dénote une large demande de spirituel chez un public assoiffé de sujets non-matérialistes. Car bien des chercheurs dûment médiatisés tiennent un discours tellement scientiste qu’ils semblent parfois prêcher leur propre religion. Et combien de journalistes leur tendent la perche !

Ainsi, une émission radio du 16 août 2016, de 14 à 15h, parle de guérisons inexpliquées, au sujet desquelles elle émet des idées nettement réconfortantes. Mais, surprise ! A la fin du débat, un intervenant médecin nous recommande de « tempérer notre enthousiasme »... Puis le présentateur lui-même se croit « obligé (sic) d’ajouter deux idées iconoclastes » (casser l’image).

En cours d’émission, Edgar Cayce avait été cité, ou plutôt son procédé énigmatique : il guérissait, conseillait en se mettant en « demi-sommeil ». Il commençait chaque séance [1] en disant « nous » : nous avons devant nous un tel... . D’où la question : pourquoi « nous » et non pas « je » ? Aucune réponse à cette question alors que Cayce avait répondu sans équivoque : « nous », ce sont les Forces Créatrices [2]

Et puis un autre épisode mérite d’être signalé. Le 24 août 2016, veille de la fête de Saint Louis, la biographie de ce roi de France a fait l’objet d’une émission radio d’une heure en présence d’un historien de renom. Occasion idéale, à priori, pour parler, entre autres, d’une forme de spiritualité dans son contexte historique. Cet entretien a finalement conduit l’auditeur à se dire : mais comment pouvait-on canoniser un monarque si étroitement bigot, passablement obscurantiste, resté si longtemps sous la coupe de sa mère ? Le comble, ce fut la description sordide, le roi étant mort à Tunis, du partage de ses restes revendiqués par plusieurs pour servir de reliques.

Un autre fait médiatique devrait être perçu et jugé selon sa portée exacte : au cours de cet été 2016, une émission radio quotidienne s’intitule Ça va pas, la tête ?. De toute évidence, c’est la rationalité même, l’intelligibilité du monde qui est implicitement mise en cause, insidieusement sapée dans ses fondements : une atteinte à l’esprit. Or, sans esprit, pas de spiritualité. Ou alors, les mots n’ont plus de sens.

Et quid des médias catholiques ?
Un livre, très étonnant, paru aux USA, traduit en x langues, nous interpelle : Les Lettres du Christ [3]. Son auteur serait le Christ qui aurait dicté ce livre de 476 pages à sa porte-parole (qui tient à garder l’anonymat). Un courrier a été adressé à quatre périodiques catholiques, leur demandant « d’éclairer notre lanterne ». Longue attente, aucune réponse à notre question.

Par ailleurs, les émissions cathos dans leur ensemble (excepté Golias Hebdo), en leur langage convenu et obsolète, semblent trop souvent atteintes de psittacisme et ne font visiblement pas le poids.

Ceci dit, il importe de préciser la notion de spiritualité, à ne pas confondre avec intellectualité, ni intellect avec esprit, et encore moins avec conscience. Mais toutes ces facultés étant des fonctions de notre esprit, et parfois voisines de sens, des confusions surviennent trop souvent, sous l’influence du matérialisme régnant jusque dans la pensée scientifique.

Ainsi, la plupart des neurologistes voient toujours la conscience comme un sous-produit du cerveau, selon la formule bien connue : « le cerveau génère la pensée comme le foie sécrète la bile » [4]. Car la logique matérialiste ne prend en compte que la réalité matérielle et les médias peinent à se dégager de cette emprise.

Depuis peu, cependant, des scientifiques contestent et même dépassent les positions convenues, la physique quantique, par exemple. Le Monde des Religions, dans sa parution de juillet 2016, intitule son dossier carrément Révolution quantique et spiritualité et révèle ainsi l’importance de l’enjeu.

Se plaçant au niveau médico-anthropologique, le cardiologue néerlandais P. van Lommel publie les conclusions de son étude portant sur des centaines de cas d’EMI (expérience de mort imminente). Son livre Eindeloos Bewustzijn, non traduit en français [5], montre que la conscience, et donc l’esprit, peut vivre hors du cerveau et hors du corps, le cerveau n’étant « qu’un interface », non un organe proprement actif.

Que l’on nous excuse de fournir ces données apparemment accessoires, mais néanmoins basiques, capitales.

Et voici mieux encore. Une émission de France-Inter du 18 août 2015 signale plus de 130 cas, à travers le monde, de personnes n’ayant quasiment pas d’encéphale, ou parfois même pas de la taille d’un petit pois - alors que nos chercheurs s’ingénient à peser le cerveau d’A. Einstein au gramme prés comme si le volume du cerveau était déterminant ! - et que ces 130 personnes vivent normalement, certaines avec un Q.I. élevé. Que dire alors des dauphins, avec leur encéphale de 1 700 gr ? Ne devraient-ils pas surpasser tous les génies connus n’ayant au mieux que 1 500 gr ?

Revenons au quotidien, pour voir comment s’y retrouver dans les flots d’informations, amalgames et balivernes dont les medias nous inondent tous les jours. Écartons le fatras insignifiant en usant de discernement. A cet effet, des repères préalables sont nécessaires, que nous acquérons en prenant sur notre temps et en prenant de la peine. Penser demande un effort. « L’étude fatigue le corps », dit Qohélet. Donc, s’informer.

Et toujours nous rappeler un fait, certain pour le croyant : l’esprit humain est une étincelle du Divin. Une information peut s’évaluer à partir de cette lumière-là. Ignorez l’âme et l’esprit, il ne vous restera qu’un semblant de spiritualité.

En conséquence, la « spiritualité », c’est reconnaître la réalité de l’esprit, même caché dans la matérialité des choses, et c’est ouvrir sa conscience à la Conscience Divine Universelle.

[1] Voir D. Koechlin de Bizemont, qui a relevé et étudié plus de 14 000 readings en anglais.

[2] Cf. Genèse l, 1. Dans le texte hébreux, « les Elohim ont créé les cieux et la terre ».

[3] Éd. Atlantes.

[4] Exemple : J.-P. Changeux.

[5] Mais voir notre article dans Objectif Santé n°101 et aussi www.atramenta.net/pensonslibres au n°4 et au n°52.

Publié le 14 février 2017 par Fernand Kochert