Méditation : comme en 14 …

Comme ceux de 14, du tout-venant, vulgaire piétaille, sans formation spéciale, ayant tout juste appris à se servir d’un fusil, à marcher au pas, l’instinct de survie tenant lieu de savoir, nous avons été jetés dans la bataille.

Avaient-ils besoin d’une spécialisation, ceux qui n’étaient que de la simple chair à canon, bons à être fauchés par la mitrailleuse, invention géniale, capable de faucher en un tour de main des rangs entiers de vies ? Triomphe de la barbarie. Si seulement cette époque là était révolue ! Il fallait la quantité, peu importait la qualité.

De même, au commencement de ce qu’il est convenu d’appeler l’épopée missionnaire en Afrique, ont été fauchées des vagues successives de jeunes vies. Rien ne pouvait arrêter l’hécatombe. Bien plus tard, un à un, d’autres sont tombés au bout du champ de bataille, comme tombe la graine dans le sillon. Avait-on besoin d’autre chose que de la bonne graine ? Dieu sait ce qu’il réserve à la mauvaise graine, lui le Miséricordieux. Et la graine tombée en terre ignore les moissons futures. Cela aura été son mérite. Qu’on la laisse donc atteindre le bout du champ, la fin du sillon. Cela aura été sa chance.

Aujourd’hui, ça et là, dans ce qui aura été l’immense champ de bataille du monde, on voit se dresser une croix, témoin du sacrifice d’un poilu, d’un barbu… Sans compter les croix qu’on a rassemblées en des alignements impeccables, comme on leur avait appris tout au début, quand on les mettait debout au garde à vous, en rangs serrés. Et c’est à se demander où elles sont le mieux placées. Qu’importe d’ailleurs, les deux témoignant d’un passé aussi obscur que glorieux.

A présent, on demande des spécialistes, des O.P., non des O.S. Aujourd’hui, après avoir trainé tant d’années dans la boue des tranchées ou la poussière des chemins, les derniers survivants osent la comparaison avec les spécialistes cantonnés dans leur spécialité, privés, sans faute de leur part, de culture générale. Qu’en feraient-ils d’ailleurs puisque Google a pris le relais avec ses lacunes ?
Et celui qui voudrait se demander s’il vaut mieux connaître un peu de tout ou bien tout d’une chose, les deux se complétant, celui-là est déjà dépassé par les évènements.

Que sera devenu le monde quand les sages d’antan auront disparu ? Si vous aviez des doutes, demandez-vous donc pourquoi tant de gens courent après les sagesses venues d’ailleurs, les savoirs cachés. Parce que les sages ne sont déjà plus ? Quand tout le monde sera soumis au Grand Ordinateur, au Cerveau Artificiel Central, régissant le Monde Nouveau, quelle marge de manœuvre restera-t-il à chacun ?

Il n’y aura plus personne pour dire : qu’elle était belle, l’époque où chacun devait se débrouiller en maugréant dans l’immense jungle du monde. Le souvenir de cette époque sera effacé des écrans.

Place aux temps nouveaux ! Sera-ce vraiment le meilleur des mondes prophétisé bien longtemps avant, bien peu de temps après 14 (1932) ? Justement !

Publié le 25 juin 2012