Mes visites à la MACA

Située en bordure de la forêt du Banco, en allant à Anyama par Yopougon, se trouve la sinistre MACA, la Maison d´Arrêt et de Correction d´Abidjan. Elle a été construite en 1978 pour abriter 1500 prisonniers. Aujourd´hui, ils sont plus de 5000 qui occupent les 4 bâtiments de 4 étages chacun, dont un réservé aux femmes. Il y a un autre bâtiment pour les mineurs-majeurs et un autre pour les personnalités ou les prisonniers politiques.

Les bâtiments sont délabrés, l´eau n´arrive pas aux étages et ce sont des prisonniers qui ravitaillent en eau les différentes cellules ; ce service, les prisonniers le payent, bien sûr. Dans chaque cellule, environ trente personnes sont couchées par terre sur des matelas dans la plus grande promiscuité. On peut y voir des réchauds pour chauffer ou préparer la nourriture. Les toilettes et le wc se trouvent dans un coin de la cellule, ouverts et exposés à tous les regards, cachés par un simple pagne.

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La sinistre MACA, prison d’Abidjan

L´État a l’obligation de nourrir les prisonniers ; il le fait, mais une fois par jour. Vers 16h est servi un plat de riz ou d´attiéké [1] avec une sauce claire de légumes. Les prisonniers se plaignent du manque d´hygiène de ces repas, de la mauvaise qualité et du peu de quantité de la nourriture où ils trouvent des poils et des grains de sable. Les parents et les amis leur viennent en aide et ils peuvent acheter différents légumes et condiments vendus par les prisonniers eux-mêmes à l´intérieur des locaux. Les prisonniers gèrent ainsi un véritable petit marché.

On prie beaucoup à la MACA. Il y a une mosquée et un bâtiment multi-cultes où se relaient les catholiques, les différents protestants et même les bouddhistes. Les catholiques sont bien organisés. Il m´est arrivé, pour remplacer l´aumônier, de célébrer plusieures fois l’Eucharistie. Ils sont autour de 250 fidèles, dont une trentaine de femmes. Rien ne la différencie d´une messe en paroisse ordinaire - servants de messe, chorale assez bonne, monitions d´entrée, lecteurs, quêteuses et service d´ordre - sauf qu´ici les fidèles sont des prisonniers. Ils prient pour leur libération, pour que le Seigneur éclaire les juges.

Il est choquant d´entendre certains dire qu´ils sont en prison sans avoir été ni jugés ni condamnés. Mes visites consistent à les accompagner dans les différents ateliers de travail, mais surtout à les écouter car ils ont beacoup de choses à dire et à vider. La plupart ne sont ni des anges ni des enfants de chœur. Dans leur casier judiciaire on peut lire : vol en bande armée, viol, meurtre... L´un d´eux, qui avait seize ans, me racontait avec un sang froid incroyable comment il avait égorgé sa marâtre au cours d´une discussion. Le moment passé avec eux leur donne un peu d´espoir, les encourage, les réhausse dans leur dignité et leur dit qu´il est posible d´avoir une vie meilleure, de ne pas baisser les bras et de préparer la sortie de prison. La plupart viennent de Côte d´Ivoire mais un bon tiers est originaire des pays de la sous-région. Issus de familles séparées, beaucoup sont analphabètes ; laissés à eux mêmes, ils ont eu de mauvaises fréquentations.

Je constate que beaucoup d´ONG, de paroisses, d´autres confessions religieuses, et même des musulmans, apportent leur petit grain. Nous organisons ensemble des ateliers d´alphabétisation, de menuiserie, de coiffure, de couture, de peinture, d’informatique, de bijouterie... A travers l´apprentissage d´un métier, le prisonnier oublie son présent douloureux, il se considère utile à la société et prépare son avenir.

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Détenus dans une prison africaine
Photo Prisonniers Sans Frontières

Prisonniers Sans Frontières , organisation de solidarité internationale laïque et sans but lucratif, est présente depuis 1995 dans 7 pays d’Afrique francophone : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger et Togo. Elle regroupe des hommes et des femmes qui désirent apporter un soutien moral et matériel à tous les détenus, de toutes nationalités, ethnies et confessions, améliorer les conditions de vie en prison et faire progresser la démocratie grâce à la présence de la société civile au sein du monde carcéral [2].

[1] Mets traditionnel ivoirien à base de manioc.

[2] Contact : Prisonniers Sans Frontières 13 rue des Amiraux 7508 PARIS.
Site Internet
Tél. : 33 (0)1 40 38 24 30

Publié le 18 octobre 2016 par Ramon Bernad