Message d’apaisement aux fidèles chrétiens et aux hommes et femmes de bonne volonté

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ [1] ».

Au petit matin du jeudi 5 décembre 2013,les populations de Bangui se sont levées sous des coups nourris d’armes lourdes et légères. Plus tard dans la journée, cette attaque a été attribuée aux éléments de groupes d’auto-défense anti-balaka.

Alors que la communauté internationale se mobilise aux côtés du peuple centrafricain pour nous aider à résorber cette crise militaro-politique qui a plongé le pays dans le chaos et continue à causer la désolation dans de nombreuses familles affectées par cette barbarie, Nous, Evêques de Centrafrique, condamnons toute tentative de récupération politique qui vise à antagoniser les Centrafricains les uns contre les autres sous prétexte d’appartenances religieuses.

Nous déplorons les amalgames qui sont faits au sujet des anti-balaka et leur assimilation aux mouvements chrétiens. En effet, les anti-balaka sont l’expression du ras-le-bol d’une partie de la population face aux nombreuses exactions commises par les rebelles de la seleka. Toutefois, nous réitérons que tous les anti-balaka ne sont pas des chrétiens et que tous les chrétiens ne sont pas des anti-balaka. Il en est de même pour les ex-seleka et les musulmans.

Nous condamnons les exactions commises par les deux groupes armés, à savoir les anti-balaka et les ex-seleka. Nous condamnons la destruction et la profanation de la mosquée dans le 7e arrondissement et les exactions commises contre les populations musulmanes par les éléments anti-balaka. De même, nous condamnons I’irruption des ex-seleka dans l’enceinte de la paroisse Notre-Dame d’Afrique où un paroissien a été grièvement blessé et les pillages organisés par ces mêmes éléments au presbytère de ladite paroisse.

Les affrontements militaires entre anti-balaka et ex-seleka se terminent toujours par des exactions contre les populations civiles. Cette logique criminelle a été privilégiée par les deux groupes en présence. Aussi condamnons-nous le recours excessif et disproportionné à la force. Nous condamnons l’incendie de plus de 500 maisons dans les quartiers bordant l’évêché jusqu’au lycée à Bossangoa.

Pour un retour effectif à la paix, nous réaffirmons avec force que les violences et les conflits interreligieux sont en contradiction avec ce que nous professons dans la foi. Nous sommes tous créés à l’image et à la ressemblance de Dieu et destinés au salut éternel. Dans l’intérêt de la Nation et du Peuple centrafricain, il nous faut aujourd’hui promouvoir davantage le dialogue interreligieux afin de transformer dans notre pays la dynamique de violence et de guerre en une dynamique de paix et de solidarité.

Nous vous exhortons à promouvoir la tolérance et le pardon.
Nous redemandons la démobilisation, le désarmement et le rapatriement des mercenaires tchadiens et soudanais.
Nous prions les autorités d’assurer la sécurité des personnes et la libre circulation des biens à l’intérieur et à la frontière du pays.
Nous recommandons le rétablissement urgent d’une armée républicaine, formée et équipée, en vue d’assurer la sécurisation du territoire national et la sécurité de tous les Centrafricains.
Nous encourageons le rétablissement d’un Etat de droit et la lutte contre l’impunité.

« Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ! Que le Seigneur fasse pour vous rayonner son visage et vous fasse grâce ! Que le Seigneur vous découvre sa face et vous apporte la paix [2]. »

La République centrafricaine appartient à tous ses filles, fils et amis qui aspirent à vivre dans la paix. Frères et sœurs, unissons-nous. Ensemble cherchons la paix en vue de reconstruire notre beau pays. Que Dieu bénisse la République centrafricaine !

Fait à Bangui, le 7 décembre 2013,
Mgr Dieudonné NZAPALAINGA,
Archevêque Métropolitain de Bangui,
Président de la CECA
Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA
Evêque de Bossangoa
Vice-Président de la CECA

[1] Eph. l, 3.

[2] Nb 6, 24-26.

Publié le 9 décembre 2013 par Nestor Nongo Aziagbia