Mission accomplie pour le P. Marcel, fondateur du Foyer d’Aledjo

Le Père Léon Marcel, fondateur du foyer de charité d’Alédjo, connu et apprécié depuis plus de 50 ans par les confrères sma au Togo, est décédé le 21 août 2014 à l’âge de 97 ans. Ci-dessous un résumé de sa vie et un témoignage sur sa personne, extrait du journal paroissial Banaa « Lumière » [1].

Le foyer de charité d’Aledjo, faudrait-il encore le rappeler, est l’œuvre voulue par Marthe Robin. Tout comme les autres foyers de charité de par le monde entier nés de son initiative et de celle du Père Georges Finet, celui d’Aledjo est à pied d’œuvre depuis 1961 pour remplir sa noble mission, celle, entre autres, d’aider les retraitants à progresser dans leur vie de foi, de prière et d’apostolat. Le Père Marcel en est le fondateur et il y assure son ministère d’accueil auprès des retraitants en collaboration avec le Père Benoit Daansou jusqu’à la fatidique date du jeudi 21 Août 2014 où il remettra entre les mains du Père ses armes de combat.

Qui était le Père Marcel ?
Le Père Marcel est né le 21 octobre 1917 à Annonay, en France. En novembre 1920, alors âgé de trois ans, il perd sa maman. Il est élevé par sa grand-mère et sa tante. Puis, son père, recruté pour la guerre, revient au pays en 1919.
A l’âge de 7 ans, le Père Marcel tombe gravement malade. Le médecin le croit perdu. Le papa invoque alors la Vierge Marie et lui promet d’emmener son fils en pèlerinage à Lourdes s’il guérit. Le lendemain, le médecin revient « pour constater le décès », nous dit le père, et ne cache pas son étonnement de voir l’enfant assis sur son lit, en train de découper des oreilles d’âne. Il est sauvé. Le 13 juillet, la famille l’emmène en pèlerinage à Lourdes pour rendre grâce. Il suit l’école primaire chez les Frères des Ecoles Chrétiennes et le secondaire chez les Basiliens à Annonay. Il obtient son Bac en juin 1933, il n’a pas encore 16 ans. Il entre alors au grand séminaire de Viviers, en Ardèche, où il prend la soutane le 21 novembre 1933.

En 1936, il reçoit le « Secret de Marie ». En septembre 1936, il devance l’appel pour le service militaire à la caserne de Valence. Envoyé par l’armée à l’école des officiers de Montpelier. A la demande de son Evêque, il revient comme simple soldat à la caserne de Valence. Après deux ans de service militaire, il est démobilisé quelques mois, et rappelé à l’armée au moment de l’invasion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938. Démobilisé à l’armistice en 1940, il revient au séminaire de Viviers où il reçoit le sous-diaconat et le diaconat les 20 et 21 décembre 1941. Il marchait avec des béquilles à cause d’une furonculose, conséquence des privations de la guerre.
Il est ordonné prêtre le 21 mars 1942 par Monseigneur Coudert, évêque de Viviers, dans la chapelle privée de l’évêché, où a été ordonné prêtre le Bienheureux Charles de Foucauld. Seul son Papa était présent et a pris une photo du Père à l’autel. Le Père Marcel célèbre sa première messe au grand séminaire à l’autel de la Sainte Vierge, son Secret de Marie sur l’autel. Nommé vicaire à Satillieu. Le curé est très cultivé, diplômé en Écriture Sainte, et possède une riche bibliothèque ; le Père Marcel étudie beaucoup avec lui. Puis il est envoyé comme vicaire à Tournon où il fonde la Légion de Marie.
Le 29 mai 1944, un lundi de Pentecôte, il part à Châteauneuf avec son père et sa sœur. C’est sa première rencontre avec Marthe Robin et le Père Finet. Nommé curé de Colombier-le-Cardinal, il fonde un petit « Foyer paroissial » sur le conseil du Père Finet. Son désir de partir en mission est accepté par son évêque le 15 août 1958, après dix ans d’attente. Il entre alors au Foyer de Châteauneuf le 30 septembre 1958 comme collaborateur du Père Finet. En août 1960, celui-ci et Marthe envoient le Père Marcel préparer la fondation du 1er Foyer d’Afrique. Ses recherches le conduisent à Aledjo, au Togo. Il rentre à Châteauneuf le 10 février 1961 pour faire son engagement « à Jésus par Marie » dans l’œuvre des Foyers. Il prépare alors une petite communauté pour la première mission des Foyers. Le 21 septembre 1961, avec Édith et Monique, il part pour la fondation du Foyer d’Aledjo, qui grandit peu à peu et rayonne sur le pays et même sur les pays voisins où s’ouvriront d’autres Foyers de Charité. Pour répondre aux besoins des plus pauvres, il ouvre un Centre de Santé et une formation pratique pour jeunes filles qui soignent les malades.

Aledjo ! Marcel ! Marthe Robin !
J’ai connu bien tard ce haut lieu de ressourcement spirituel ! Ce n’était qu’en 2004, année où, pour la toute première fois, j’y venais vivre ma retraite sacerdotale. Comprenez-vous ce qui allait se passer chez moi, jeune prêtre de la trentaine, retrouvant près de 100 autres prêtres venus du Benin, du Togo, du Burkina-Faso pour vivre 6 jours de prière dans ce cadre d’une suavité « édénique » ? A vrai dire, Dieu descendait chaque matin et chaque soir dans ce « jardin d’Eden » en la personne de son serviteur Monseigneur Paul Vieira, évêque de Djougou, notre prédicateur qui nous abreuva d’un thème évocateur pour les pasteurs que nous étions. Depuis lors, cette maison est devenue mienne, et j’y ai passé 9 retraites avec toujours la même volupté que la première.
Ayant vécu des moments forts à la dernière retraite sacerdotale du 6 au 12 Juillet 2014 prêchée par Monseigneur Nicodème Barrigah, évêque d’Atakpamé, il me plût d’y revenir un mois et demi plus tard avec deux couples de ma paroisse pour bénir le Seigneur et rendre grâce à Dieu pour ce que ma vie a été dans le Christ durant mes dix années passées sur la paroisse Sainte Anne de Boukombé. Alors qu’une nouvelle mission commençait pour moi à Kérou, je sentais la nécessité de cette halte à Aledjo pour repartir du Christ, celui-là même qui nous confie toute mission dans son Église. J’ai dû insister pour obtenir mon inscription car ma dernière retraite était trop rapprochée de la suivante. Voilà que 4 jours avant la retraite nous recevons ce mail venant d’Aledjo : « Chers pères, sœurs et amis du Foyer, vous avez partagé avec nous, vendredi dernier, la joie des engagements du Père Dansou, d’Augustin, Marie-Noëlle, Viviane et Géraldine. Vous avez peut-être su que le Père Marcel était absent physiquement à cette cérémonie. Quelques jours avant, il a fait une mauvaise chute la nuit et a dû quitter le Foyer pour recevoir des soins chez nos frères amis de l’hôpital St Jean de Dieu au Bénin. Ce matin, il s’est éteint, entouré de la prière de toute la communauté et plus spécialement des trois membres qui étaient auprès de lui. Avec ceux du Foyer d’Aledjo déjà au Ciel, nous rendons grâce pour la vie de ce fidèle serviteur, tout uni à Marie et si attaché à répondre à la belle vocation de Père de Foyer de Charité, selon la volonté du Cœur de Jésus sur l’Œuvre confiée à Marthe et au Père Finet. Nous vous remercions de vous associer à notre prière et à notre espérance. Père Dansou et la communauté du Foyer de Charité d’Aledjo »
Quel émoi dans les cœurs ! Quel bouleversement ! Aura-t-elle encore lieu, cette retraite, avec ce deuil qui pèse non seulement sur la communauté du foyer mais aussi sur tous les foyers de par le monde entier, sur tous les cœurs qui ont connu et aimé Léon Marcel ? Eh bien oui ! Elle aura lieu et elle a bel et bien eu lieu. Le prédicateur, le Père Louis-Marie, nous a aidés avec succès à découvrir ce que doit être « ma vie dans le Christ ».
Chose curieuse et bien étonnante pour un profane, cette retraite s’est déroulée paisiblement, dans le calme, la sérénité et presque la même ambiance que les autres retraites. Léon Marcel n’était pas là physiquement comme les autres fois mais il était bien là, présent avec nous car tout continuait son œuvre. C’est bien là le mystère de l’Église, de notre vie en Dieu. Mourir dans le Christ pour que son œuvre se poursuive en nous et continue de faire du bien aux vivants. Oui, Léon Marcel n’était pas là, on n’entendait plus sa voix depuis sa chambre donnant des conseils à quelques retraitants, on ne le voyait pas en train d’être descendu dans son fauteuil roulant, mais il était bien là dans le service désintéressé des membres sereins de sa communauté mordus par le désir de bien continuer ce qu’il avait voulu offrir du Christ par Marthe Robin.

Que son âme repose en paix ! Que du haut du ciel il continue de soutenir la mission qui se poursuit. Qu’il obtienne beaucoup de grâces de conversions au monde ! Son inhumation a eu lieu le lundi 8 Septembre 2014.

[1] N° 163 – Juillet- août- septembre 2014, pages 995-997.

Publié le 29 avril 2015 par Éric Nata