Mission en Tanzanie

Tout religieux, pour accomplir sa mission, doit avant tout accepter les différences de culture et de race et considérer les gens comme frères et sœurs dans l’amour du Christ. Ainsi le royaume de Dieu sera parmi nous. Venu d’un pays lointain, c’est en Tanzanie que j’ai exercé ma mission entre 1993 et 2001 car je maîtrise le swahili.

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Francis Kalan et Lourdusamy, les deux premiers prêtres SMA indiens
(au centre : le P. J.-M. Guillaume)
Photo J.-Marie Guillaume

J’étais le premier prêtre indien formé par les Missions Africaines à débarquer en Tanzanie. Tous ensemble, nous formions une famille, laïcs et prêtres irlandais, hollandais, indiens, et français avec le strasbourgeois Robert Wolff. Forts de nos différences, nous étions engagés à mener à bien notre mission : annoncer la Bonne Nouvelle. Il fallait d’abord créer les fondements de la communauté chrétienne et lui donner une structure pour qu’elle fonctionne bien. Ma seule préoccupation était que cette organisation soit autofinancée et indépendante.

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La mission de Malya (Tanzanie)
de g. à dr. : Lourdusamy, J.-M. Guillaume, Francis Kalan
Photo J.-Marie Guillaume

Dès ma nomination comme premier curé à Malya, dans l’archevêché de Mwanza, j’ai pris la décision de créer une paroisse et de rassembler les paroissiens autour du Christ, en cherchant à renforcer leurs relations entre eux et le réconfort mutuel. A 99%, ils étaient de la tribu des Sukuma ; le reste venait d’autres tribus.
Cela n’allait pas sans difficultés : il n’y avait pas de presbytère, ni d’église dans plusieurs villages des alentours ; les habitants faisaient parfois plusieurs kilomètres à pied pour assister à la messe. Pas d’eau, non plus, pour les besoins journaliers des maisons et de la paroisse, et les paroissiens devaient se charger d’en apporter. Les villages n’avaient ni distribution d’électricité ni services médicaux et souffraient aussi de la sécheresse. Par manque de moyens, beaucoup d’enfants ne pouvaient fréquenter les écoles. Une grande partie de la population était superstitieuse et craignait la sorcellerie.

La prière m’a beaucoup aidé à lutter contre ces problèmes et à leur trouver des solutions, mais aussi l’aide financière et le travail des Missions Africaines de Tanzanie et des notables. Ainsi, lors d’une année de famine, les élus, avec la participation de la Caritas de l’archevêché, ont distribué des aides aux victimes.

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La cuisinière de Malya
Photo J.-Marie Guillaume

Plusieurs associations ont épaulé la bonne volonté des paroissiens bénévoles [1]. Grâce à cette entraide internationale, on a pu bâtir et meubler un presbytère, une crèche, une salle des fêtes et une école, et construire 4 réservoirs pour récupérer et stocker l’eau de pluie, chacun d’eux pouvant contenir entre 15 000 et 30 000 litres.

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Les jardins de la mission de Malya (Tanzanie)
Photo J.-Marie Guillaume

Les jeunes étaient formés pour créer des centres d’élevage de bétail et des pépinières. L’Etat nous a cédé 1 000 hectares de terre, ce qui a amélioré la situation financière de la paroisse et allégé le quotidien. On plantait les arbres sur tous les terrains de la paroisse, mais également dans les propriétés privées. Chaque année, on invitait le préfet et les élus à en planter lors d’une fête. On cultivait aussi du manioc, des patates douces, des haricots, du maïs et du coton. Les paroissiens ont bénéficié de ce développement. La voiture du curé servit même d’ambulance à plusieurs reprises pour transporter à l’hôpital des malades et des femmes enceintes.

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L’église de Malya (Tanzanie)
Photo J.-Marie Guillaume
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L’intérieur de l’église de Malya (Tanzanie)
Photo J.-Marie Guillaume

Le diocèse de Toronto nous a permis de doter de bicyclettes les 25 catéchistes de la paroisse qui se déplaçaient de village en village pour rencontrer les habitants, leur parler de Jésus et annoncer la Bonne Nouvelle. Jeunes et adultes suivaient des cours de catéchisme pendant 3 ans. Nous invitions régulièrement des stagiaires d’Inde et des séminaristes de l’archevêché et de la SMA de Nairobi à des séminaires et des conférences que nous organisions ; ils pouvaient ainsi faire profiter nos paroissiens d’un enseignement qui portait sur les connaissances générales ou sur la liturgie. Chaque année, plus de 500 personnes recevaient le baptême, enfants, jeunes et adultes. Des églises s’élevèrent bientôt dans plusieurs villages, comme à Igunya, Talaga, Kitunga, Mwadubi…
L’archevêque ou le vicaire général de l’archevêché de Mwanza participaient au conseil annuel de notre paroisse. Leur présence et leur implication renforçaient les liens. Ils écoutaient les doléances des paroissiens et les aidaient à trouver des solutions. A cette occasion, ceux-ci recevaient la confirmation pour approfondir leur engagement et partageaient des moments de convivialité.

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Une fête dans la paroisse de Malya (Tanzanie)
à g. : le P. Francis Kalan sma
Photo Rozario Thyagaraj

J’ai eu la chance de rencontrer le premier président du pays, M. Julius Nyerere, qui m’a encouragé et félicité d’être missionnaire dans son pays. « Dieu habite en nous », c’est dans cet esprit que nous œuvrions pour le bien-être de tous. Je porterai toujours dans ma prière ces personnes qui m’ont aidé et avec qui j’ai travaillé : le P. Anthony Valantheen, qui m’accompagnait à la paroisse de Malya, les séminaristes, qui sont actuellement prêtres dans diverses paroisses, sans oublier mes paroissiens. Avec mes remerciements au Seigneur !

« En Afrique, l’Eglise est la famille de Dieu qui prend soin des uns et des autres. ». C’était le message du synode africain.

[1] Je tiens à remercier les Sœurs St-Pierre Claver, de Rome, ainsi que les branches d’Aix-la-Chapelle des Œuvres Pontificales Missionnaires, Missio et Kindermissionswerk. L’association Little Way, de Londres, a créé dans la paroisse de Malya des groupes de jeunes et d’adultes qui visitent les malades. La famille de Jackie et Myriam Coppens a toujours été très proche de moi et m’a secondé dans mon travail missionnaire.

Publié le 29 mars 2011 par Francis Kalan Madhan