Missionnaire au Togo pendant 50 ans

Missionnaire au Togo pendant 50 ans

Le Père Charles Roesch (Société des Missions Africaines) a été missionnaire de 1956 à 2006. Pasteur et tour à tour professeur, constructeur, aumônier et assistant au noviciat chez les Sœurs Notre-Dame de l’Église, il a vécu des moments fondateurs dans l’histoire de l’Afrique et de son Église, dont il témoigne.

Pourquoi êtes-vous allé en mission au Togo ?
Dès mon enfance, j’éprouvais le désir de devenir prêtre et missionnaire. En 1940, les Allemands ayant occupé l’Alsace, mon ancien curé Klock, de Scherwiller, m’envoya au Lycée de Sélestat avec le futur abbé Pierre Bohn pour apprendre le latin, les petits séminaires étant fermés pendant la guerre. Vers Pâques 1945, en venant à Saint-Pierre chercher des hosties pour la paroisse, le Père Brediger, Supérieur provincial, m’a recruté pour le petit séminaire qu’il venait d’ouvrir dans ce village. Ordonné en 1956 au titre des Missions Africaines, j’ai été nommé pour l’archidiocèse de Lomé, au Togo, chez Mgr Strebler.

Pouvez-vous raconter un fait qui vous a particulièrement marqué ?
J’ai été impressionné par la sympathie, la confiance, l’amitié et la bonté de mes élèves et des paroissiens, aussi bien dans l’enseignement que dans les différents postes de la mission, paroisses de ville ou de campagne. Ces populations entièrement africaines, de culture et de mentalité différentes des miennes et parlant une autre langue, ont toujours été extraordinaires avec moi. J’étais bien accueilli et estimé par les communautés de religieuses africaines avec lesquelles je travaillais et dont j’étais l’aumônier.

Quand vous êtes parti du Togo, quelle était la situation de l’Église ?
A mon arrivée, en septembre 1956, c’était un moment unique dans l’histoire du Togo et de l’Église. Cette même année a eu lieu la proclamation du « Togo autonome », suivie quatre ans après, en 1960, de l’indépendance complète. Dans l’Église, la hiérarchie ecclésiastique est installée par le pape Pie XII ; Mgr Strebler, de vicaire apostolique devient archevêque. C’est la fin du temps colonial, la naissance aussi de l’Église adulte. Le clergé togolais, pratiquement encore inexistant, va augmenter chaque année d’une façon impressionnante. Petit et grand séminaires sont créés. Le nombre d’évêchés va passer de deux à sept, avec des évêques tous togolais. Le nombre de paroisses augmente et avec lui le nombre de chrétiens et de baptêmes d’adultes croît fortement.

Église de Metz, Février 2016

Charles Roesch, Souvenirs de mission au Togo (1956-2006)
Publications de la SMA, Lyon, 2015, 236 p., 10 €

Cet ouvrage, d’une valeur historique incontestable, nous plonge dans l’histoire de la mission en Afrique, dans la construction de la société et de l’Église togolaise. Il est ainsi possible de percevoir l’immense tâche des missionnaires européens partis en des terres qui apparaissaient alors comme lointaines, leur foi, leur détermination, leur dévouement à un peuple qu’ils ont adopté et aimé, ainsi que le déploiement de l’œuvre de l’Esprit Saint. Chapeau bas.

Cet ouvrage est très accessible et se veut rédigé chronologiquement comme une succession d’événements. C’est un peu comme un journal de bord, qui nous fait entrer dans la vie des Pères en Afrique. Nous pouvons ainsi mieux saisir toute l’aventure qui s’est déployée au quotidien, savourer les moments heureux, partager leurs inquiétudes et leur peines, et sentir le zèle pastoral et la joie qui les animaient.

Il est beau aussi de voir combien ils ont contribué au développement d’un pays, aussi bien d’un point de vue civil (constructions d’écoles, etc.) qu’à l’éducation d’enfants qui sont ceux aujourd’hui qui le prennent en main. Ils ont même formé des évêques ! En quelque sorte, c’est un travail d’accoucheur qui s’est effectué. Et aujourd’hui, ces enfants ont grandi, marchent debout, sont devenus autonomes et prennent leur destinée en main. C’est la plus belle des récompenses ! Une belle illustration de la célèbre formule de saint Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ».

Chronique diffusée sur Radio Jéricho, diocèse de Metz

Publié le 10 juin 2016 par Géraldine Caps