Missionnaire et artiste peintre : Eugène Woelffel célébré à Molsheim

Les membres et amis du district SMA de Strasbourg ont vécu une journée festive, dimanche 3 octobre à Molsheim, avec le vernissage de l’exposition d’œuvres picturales du Père Eugène Woelffel dans le cadre de la célébration du centenaire de sa naissance.

La journée baignée d’un chaud soleil automnal s’est déclinée en trois actes : un premier temps fort de recueillement avec une concélébration eucharistique, un deuxième de découverte et de contemplation avec le vernissage de l’exposition de peintures « l’art et la mission » au musée de la Chartreuse, et un dernier temps fort de convivialité autour d’une bonne table.

Le Père Nestor Nongo, nouveau supérieur du District SMA de Strasbourg, a présidé la célébration eucharistique en l’église paroissiale Saint-Georges et de la Très Sainte Trinité de Molsheim, un édifice remarquable du début du XVIIe siècle, mariant les styles roman, gothique et baroque. Il était assisté par le curé de la paroisse Joseph Donius et le Père dominicain Gérard Eschbach, un neveu d’Eugène Woelffel, ainsi que d’une dizaine de confrères de la Société des Missions Africaines, que le curé Donius a salués en rappelant que Molsheim, ancienne cité épiscopale, est depuis toujours, et notamment depuis la Réforme, un haut lieu et un bastion du catholicisme en Alsace. L’office était animé par le bel ensemble de la chorale Ste-Cécile avec un accompagnement subtil sur l’orgue Silbermann. Parmi la forte assistance, parents proches et alliés du Père Woelffel avaient pris place dans les premières rangées.

« Un contemplatif de la beauté de la vie humble et ordinaire »

Le concept du « beau » a composé le principal centre d’intérêt du sermon de circonstance que le Père Jean-Paul Eschlimann, ancien supérieur du district SMA et actuel président de l’Association du Foyer des Missions Africaines de Strasbourg, a consacré essentiellement à la vie, à l’action missionnaire et à l’œuvre artistique du Père Eugène Woelffel, un enfant du pays de Molsheim, à la fois missionnaire et artiste peintre qui nous a quittés en 1992.

Artiste peintre ! « Avait-on besoin d’une telle compétence pour annoncer l’Evangile en Afrique ? » s’est interrogé le prédicateur. N’eût-il pas mieux valu savoir maçonner, réparer les moteurs, faire la cuisine ou enseigner les maths, comme le faisaient la plupart de ses confrères ?... Passe encore qu’il soit peintre ; mais il aurait pu produire du Saint-Sulpice [1] pour orner les églises togolaises, et il aurait eu du succès !

Mais voilà, il s’intéressait à « l’art nègre ». Plus précisément, il était fasciné par la beauté du quotidien, car - selon ses propres termes – « tout ce qui vit et respire humainement est beau ». Eugène Woelffel était ainsi « profondément en communion avec Dieu…, avec la Bonne Nouvelle de l’Evangile ». C’était « un contemplatif de la beauté de la vie humble et ordinaire, qu’il trouvait noble et belle. »

Pour saint Hilaire, évêque de Poitiers au milieu du IVe siècle, qui était porté par la conviction que Dieu est beau, « c’est la fonction de la beauté » – par laquelle Dieu attire, éblouit, rend attrayante la Vérité qu’il manifeste – « de rendre l’Evangile désirable et d’en faire une nouvelle véritablement bonne pour nous ».

Beauté et spiritualité sont intimement liées

« La beauté entretient en outre, a ajouté le Père Eschlimann, des liens profonds avec d’autres valeurs humaines essentielles, principalement avec la bonté, la douceur et l’espérance. Les Hébreux et les Grecs utilisaient ainsi souvent le même mot pour désigner le beau et le bon [2]. Les évangélistes parlaient du bon ou du « beau » berger [3] ou du « beau » Christ [4], et des papes comme Paul VI et Benoît XVI ont souligné le lien profond entre la beauté - force désintéressée de transfiguration et de guérison du monde actuel miné par ses intérêts, ses cupidités et sa tristesse - et l’espérance : « Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans le désespoir [5] » ; la beauté « libère le vécu quotidien de l’obscurité et le transfigure pour le rendre lumineux [6] ».

Le Père Woelffel « a compris le rapport intime de la beauté à la spiritualité, à la prière et à l’annonce de l’Evangile… Il a sans doute vécu ses moments de création comme une prière, un sacerdoce, une démarche missionnaire », a conclu le prédicateur. « Il nous rappelle aujourd’hui que nous sommes les gardiens de la beauté de ce monde, que Dieu travaille par son Esprit, qui nous précède partout pour embellir les êtres et les cœurs. »

« Woelffel, c’est du Gauguin ! »

Deuxième acte de ce dimanche festif, le vernissage de l’exposition L’art et la mission au musée de la Chartreuse, dont les cimaises ont accueilli durant la première quinzaine d’octobre une trentaine d’œuvres originales – gouaches et dessins - d’Eugène Woelffel, mises gracieusement à disposition des organisateurs de cette rétrospective anniversaire par les parents proches et alliés de leur auteur ou provenant du fonds des communautés de Pères SMA. Les membres religieux, laïques et autres amis de la SMA présents ont ainsi pu découvrir et méditer des tranches de l’humble et besogneuse vie quotidienne de l’Afrique rurale et urbaine, des portraits très expressifs exaltant l’âme et l’espérance africaines, ainsi que des scènes de vie bibliques dont une, l’Annonciation, a été choisie par la Poste vaticane pour illustrer un de ses timbres édités à l’occasion de l’année mariale 1987-88.

Le Père Eschlimann et l’adjoint au maire chargé des affaires culturelles, Jean Simon, n’ont pas manqué de souligner l’énorme travail de recherche, de catalogage et d’explication accompli par les deux chevilles ouvrières de cette exposition, le Père Jacques Varoqui et le conservateur du musée de la Chartreuse Grégory Oswald, pour monter cette rétrospective anniversaire à Molsheim.

Le Père Varoqui a esquissé le portrait d’Eugène Woelffel artiste peintre qui s’est essayé, souvent avec bonheur, à une large palette de matières et de techniques picturales, avec l’aquarelle comme dominante, et a osé un rapprochement - pas si surprenant pour les connaisseurs - avec un célébrissime maître français de la discipline : « Woelffel, c’est du… Gauguin ! » Il suffisait de voir pour le croire, tant ses œuvres portent la touche du fauvisme qui fait jaillir et éclater les couleurs crues et criardes, et que le maître post-impressionniste qui repose aux Marquises a si fortement influencé.

A l’issue du vin d’honneur offert par la municipalité de Molsheim et servi dans le cloître de la Chartreuse, la bonne soixantaine d’invités s’est retrouvée pour la conviviale clôture gastronomique au restaurant du Biblenhof à Soultz-les-Bains, où ils ont été rejoints par le conseiller général et maire de Molsheim Laurent Furst.

[1] Images et statuettes de saints et autres bondieuseries de style saint-sulpicien.

[2] Kalos, en grec.

[3] Saint Jean.

[4] Saint Luc.

[5] Paul VI.

[6] Benoît XVI.

Publié le 18 février 2011 par Etienne Weibel