Moisson et mission

L’automne est la saison des récoltes et des moissons, c’est la saison où la nature étale sa panoplie de couleurs que nous pouvons contempler à plaisir.

Résultat de la mission
C’est aussi la fête de la Toussaint qui nous fait contempler la sainteté divine reflétée en innombrables facettes parmi les humains. C’est le temps du souvenir sensible de tous ceux qui nous ont précédés comme les fruits mûrs de toute une vie de partage et d’amour. C’est la fête de la fraternité, ils sont là « une foule immense, de toutes nations, races peuples et langues [1] ». Ils sont passés par l’épreuve [2], l’épreuve de la vie, de la foi, celle de la lutte pour un monde meilleur, ils ont vécu, chacun à leur manière, la douceur, la recherche de la justice, la miséricorde et la paix, et parfois traversé les persécutions parce que leur manière de vivre, leur générosité et leur foi devenaient un défi trop grand à supporter pour d’autres [3]. Ils sont le résultat de la mission, de l’annonce à laquelle nous avons été associés comme missionnaires, de l’effort que nous faisons chaque jour pour faire Église, pour créer la fraternité humaine, signe toujours à parfaire du Royaume.

Tout est don.
Nous rendons grâce à Dieu notre Père d’avoir donné aux femmes et aux hommes la terre à cultiver, à maîtriser, à faire produire. Nous lui rendons grâce de nous avoir donné la vie et des conditions de vie qui nous permettent de travailler à notre développement, à notre bien-être. Tout nous est donné. « Nous travaillons tous ensemble à l’œuvre de Dieu » nous dit Saint Paul [4]. C’est Dieu qui fait croître, qui fait pousser. Nous pouvons employer toutes les méthodes possibles pour augmenter la production, pour produire, pour faire pousser la moisson, nous aurons toujours besoin des éléments de base que sont la terre, la chaleur, l’eau, éléments naturels s’il y en a. Il apparaît de plus en plus que dans les années à venir ce ne sera pas le pétrole qui sera la denrée première à rechercher, mais l’eau, nécessité vitale, celle que l’on boit, celle qui est nécessaire pour la fécondité de la terre, pour la pureté du corps et l’entretien de ce que nous utilisons. Et nous en arrivons à payer l’eau très chère, alors qu’elle nous vient du ciel.
Ces données de base sont gratuites, elles sont don de Dieu, don de la nature. L’être humain en arrivant sur terre ne possède rien, il ne fait qu’utiliser ce qui lui est donné. S’il produit des fruits par son travail, heureux est-il aujourd’hui d’avoir du travail. Si nous savons nous replacer dans cette perspective, notre cœur pourra s’élargir en une ouverture sans fin, « envers les plus abandonnés », envers ceux vers lesquels le Pape François veut orienter l’Église, ceux qui n’ont rien, envers les migrants qui quittent un sol stérile ou un contexte de guerre, attirés par la possibilité de survivre. Notre cœur sera alors à l’image du cœur de Dieu, qui plus que tous les pères de la terre, sait donner de bonnes choses à ceux qui le lui demandent ; mais le canal par lequel Dieu se donne passe justement par les êtres humains eux-mêmes, ses enfants, à qui il a confié la terre.
Si nous ne savons pas respecter la nature, si nous forçons trop son rythme, c’est elle-même qui, bien plus mystérieuse que nous le pensons, se rebiffe et ne produit plus de fruits de qualité… À trop la forcer on arrive à des monstruosités, qui aujourd’hui font peur. D’où beaucoup de luttes, comme celle qui existe entre le producteur et le distributeur, entre les écologistes et ceux qui trafiquent les semences et tuent la diversité et la qualité.

Nous collaborons à l’œuvre de Dieu.
En utilisant ce qui nous est donné nous collaborons tous ensemble à l’œuvre de Dieu. Dans l’effort pour faire que tous puissent manger et vivre décemment, c’est la solidarité qui entre en jeu. L’un plante, l’autre arrose, quelqu’un fait les plans, un autre pose les fondements, un autre bâtit dessus. Chacun travaille à sa manière, avec le matériau dont il dispose, or, argent, pierres précieuses, bois, foin ou paille… Mais le travail de chacun quel qu’il soit, est nécessaire : « l’œuvre de chacun sera mise en évidence, répète Saint Paul, et Dieu seul compte, c’est lui qui fait croître [5] ».
L’œuvre de Dieu, à laquelle nous sommes tous appelés à collaborer par la maîtrise des techniques de la culture des champs ou du développement, est la construction de la fraternité humaine, et pour nous de la communauté chrétienne, signe et présence de la tendresse du Père parmi les hommes. « Vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu », dit encore Saint Paul.
Si la terre nous a été donnée, si la pluie, source de fécondité, nous est renouvelée au gré des saisons, c’est d’abord pour que tous en ce monde aient droit aux fruits de la terre et du travail de l’homme. C’est pour cela que le partage ne consiste pas seulement à faire l’aumône, mais au transfert de la technique, du travail, de l’éducation, des moyens de production, de l’intelligence humaine, non pas en vue de la capitalisation, mais de l’harmonie de toute l’humanité.
Paul parle de la façon de cultiver la terre ou de construire une maison pour démontrer la nécessité de travailler ensemble à la construction du peuple de Dieu, dont le centre est Jésus Christ, celui qui nous rassemble pour l’Eucharistie, celui qui nous partage son pain et sa vie, celui qui nous unit en une même famille, en une même foi, une même espérance, un même partage.

Saint Luc, dans l’évangile, part du constat qu’il fait en voyant le comportement des humains. Les hommes savent donner, ouvrir leur porte à ceux qui insistent. Un papa de la terre sait donner ce qu’il y a de meilleur à son enfant, il ne va pas lui donner un serpent pour jouer ou pour manger… Aujourd’hui nous pouvons voir qu’il donne souvent plutôt trop que pas assez, et on ne sait pas toujours si c’est vraiment pour le bien et l’épanouissement de l’enfant… Les attitudes des humains deviennent modèles de ce que Dieu notre Père peut et sait faire… Dieu notre Père saura donner l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent [6]. Mais peut-être n’osons-nous pas demander cet Esprit Saint car il dérange, bouscule et nous pousse à travailler bien fort à cette construction de la famille humaine, famille de Dieu à laquelle nous sommes tous appelés à collaborer. La saison d’automne avec la fête de la Toussaint est fête pour ceux qui ont déjà fait leur cheminement terrestre, mais elle vient aussi comme un encouragement à poursuivre le chemin des béatitudes pour que le Royaume continue à se construire et que la mission à laquelle nous participons produise encore plus de fruits.

[1] Ap. 7, 9.

[2] Cf. Ap. 7, 14.

[3] Cf. Mt. 5, 2-11.

[4] Cf. 1 Co, 3, 9.

[5] Cf. 1 Co. 3, 6-3.

[6] Cf. Lc 11, 9-13.

Publié le 17 mars 2014 par Jean-Marie Guillaume