Noël

Les artistes de La Renaissance sont pleins de fantaisie pour présenter la crèche dans toute sa diversité exubérante et colorée. Ils s’en donnent « visiblement » à cœur joie. Ils ont imaginé toutes les attitudes possibles et toutes les mimiques pour montrer qu’il est « chez lui chez nous », cet enfant… Peu importe où tu habites, parce qu’il est homme comme toi. Nous sommes tous de la même race bien humaine.

Il est né à Bethléem, dans un abri pour animaux, au sein d’aucune race en particulier. Avec une préférence pour les bergers, peut-être. Après tout, ce sont les premiers qui l’ont accueilli.

Luc insiste car, pour entrer dans l’histoire des hommes, il faut un lieu et un temps. Selon son évangile, le Temps est celui de l’empereur Auguste, mais il ne lui appartient pas. Il appartient à Dieu.
Le lieu, c’est une grotte où s’abritent les bêtes… Normalement, cela aurait dû être un palais, mais alors Jésus aurait déjà été de « l’autre bord », séparé et d’en haut, et non plus l’enfant de tous parce que l’enfant d’aucun lieu ni d’aucune race. L’enfant de personne, sauf de Marie, la mère de Dieu. Joseph le juste, ce qui veut dire le fidèle, n’était que serviteur, méditant, comme Marie, tous ces évènements dans son cœur.

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Jesus, the Savior, is born.
Dessin Sean O’Mahony

Alors peu importent le temps et le lieu : tous peuvent chanter avec les bergers : Un enfant « nous » est né… un Fils « nous » est donné, et c’est forcément le Fils de l’Homme dont parle Daniel le prophète, ce Fils qui vient de « haut » pour se faire tout bas parmi nous.

A Noël, à travers le récit de Luc et devant toute crèche, même là où « crèche » un SDF – qu’il me pardonne - tout est dans les yeux et le regard. Et, j’ose le dire, tout est surtout dans le « cadeau » qui vient du cœur de l’homme en réponse au don de Dieu.

Mais, en cette nuit, qui voit quoi ? Cela dépend… Le regard est toujours subjectif… Il y en a qui voient le ciel uni à la terre – les anges, frères des humains – les animaux dans leur richesse… D’autres voient un bout de paradis, ils ont déjà un regard sur l’harmonisation du monde que va opérer le Fils de l’Homme… Car sauver veut dire harmoniser, mettre les hommes, les choses et les bêtes à leur place, sans usurpation ni exploitation. Le Magnificat dit cela très bien.

Et à la crèche – dans toutes les crèches – tout est toujours en place, même ceux qui contemplent, perdus dans leurs rêves.

Un jour un enfant juif est allé voir le rabbin :
- Rabbi, lui dit-il, pourquoi les hommes sont-ils si différents ?
- C’est parce qu’ils ont tous été créés à l’image de Dieu, répond le Rabbin.

On peut aussi voir Noël ainsi, dans la diversité humaine tous azimuts, unie et réunie autour de cet enfant au moins une nuit dans l’année. Alors cette année sera heureuse, et nous aussi...

Joyeux Noël… avec l’âne et le bœuf, et Marie et Joseph… avec toute la diversité des hommes unis enfin dans la fraternité.

Publié le 5 février 2013 par Jean-Pierre Frey