Noël en saint Luc, le salut pour tout le peuple

Le récit qui est à l’origine des traditions, images et crèches chrétiennes de Noël se trouve principalement dans l’évangile de Luc [1]. Au-delà d’une description poétique des faits, Luc laisse entendre que l’enfant, dès sa venue au monde, est porteur du salut « pour tout le peuple ».

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Vitrail d’une église de la paroisse Queen of Peace à Madina-Accra (Ghana)
Photo Jean-Marie Guillaume

« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle [2] »

Deux versets [3] donnent l’essentiel : « Elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune… Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Autour de la mangeoire, encadrant cette naissance, Marie, la mère de l’enfant et Joseph, de la descendance de David, un ange qui se présente à des bergers qui vivaient dans les champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. L’ange rejoint « une armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu [4] ». L’étable n’est pas mentionnée, de même que les moutons ou l’âne et le bœuf. Le récit est sobre mais très riche de sens et de théologie.

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L’Annonciation. Batik de Jean Coco. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

Un avènement inséré dans l’histoire

Luc place cette naissance, la naissance d’un enfant pauvre au milieu des pauvres, comme un événement qui marque l’histoire. Il naît, tel un enfant d’émigré dans un mouvement de populations, comme il en existait souvent en ce temps-là, comme il en existe malheureusement encore aujourd’hui en ce Proche Orient sujet à tant de guerres et d’intrigues. L’événement a lieu lorsque César Auguste, c’est-à-dire l’empereur romain au nom divin dont le pouvoir s’étendait jusqu’en Palestine et au-delà, fait paraître un décret pour recenser le monde entier, sous le mandat de Quirinius, gouverneur de Syrie. Ce décret fait que Jésus, dont les parents habitaient Nazareth en Galilée, va naître à Bethleem car tous devaient se faire recenser dans leur ville d’origine. Joseph, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David, devait le faire à Bethléem, la ville d’où David était originaire. En rapportant cela, Luc rappelle que Jésus fait partie de la descendance de David, le berger de Bethléem devenu le plus grand roi d’Israël. Jésus lui-même se présentera comme le bon berger, nouveau David, rassemblant les enfants de Dieu.

Né à Bethléem dont la signification est « maison du pain », déposé à sa naissance dans une mangeoire, terme qui est utilisé par deux fois [5], endroit où la nourriture est disposée, il sera aussi celui qui se donnera en nourriture aux siens, par sa parole, par le pain qu’il multipliera à deux reprises pour ceux qui viendront écouter sa parole, par le pain qu’il transformera en son propre corps, en sa propre vie et que nous continuons à partager dans la célébration eucharistique. Le signe qui est donné aux bergers pour vérifier l’événement est « un nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire ». Par deux fois aussi le terme « emmailloté » est utilisé [6] ; il sera repris une autre fois encore lorsque Luc décrira que Jésus descendu de la croix sera « enveloppé dans un linceul et déposé dans un tombeau [7] ». Ainsi, discrètement, décrivant la naissance de Jésus, Luc annonce aussi sa mort et sa mise au tombeau, ce par quoi il offre le salut au monde.

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Crèche malgache au creux d’un baobab
Photo Marc Heilig

Joie, louange, don de Dieu, annonce de la bonne nouvelle

La naissance de Jésus apporte la joie qui est source de chants et de louange autant pour les anges que pour les bergers : « Je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple… Tout à coup, il y eut avec l’ange l’armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre pour ses bien-aimés… Puis les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient vu et entendu… [8] »

La naissance de Jésus unit le ciel et la terre : « Gloire à Dieu au plus haut des ceux ». Il s’agit de la naissance du fils de Marie et du fils de Dieu : « Celui qui va naître sera appelé fils de Dieu », avait dit l’ange Gabriel à Marie [9]. Dieu a envoyé son fils, qui est nommé Jésus. « Tu lui donneras le nom de Jésus », avait ajouté l’ange [10], nom qui signifie « Dieu sauve ». « Il vous est né un sauveur qui est le Christ Seigneur [11] », annonce l’ange aux bergers. Le Père est heureux de donner son fils à l’humanité par celle qu’il s’était choisie.

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Maternité baoulé en bois d’iroko. Coll. SMA Strasbourg
Photo Marc Heilig

La nouvelle est annoncée aux « bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux [12] ». Les bergers étaient des gens qui vivaient au milieu des animaux, dans la saleté, dans l’impureté [13]. À cause de leur genre de vie, ils n’avaient pas même le droit de vivre comme les autres et avec les autres au village ou à la ville. Exclus de la société, ils étaient même exclus de la prière à la synagogue et au temple. C’est à eux, à ces exclus, ces impurs, que le message est donné, un message de joie, un message d’espérance, non seulement pour eux, « mais pour tout le peuple ». Et voici que ces bergers deviennent les annonceurs, les missionnaires de la Bonne Nouvelle : « Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit… Ils s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé [14] ». Non seulement, par Jésus, Dieu quitte le ciel pour habiter la terre et apporter la bonne nouvelle de son amour et du don de la vie, mais il ne se lie pas au temple et à la synagogue, ni à l’ordre religieux établi, avec ses lois et ses rites ; il se fait connaitre à des exclus qui eux-mêmes deviennent les porteurs de la joie et de la bonne nouvelle pour tous ceux qui sont autour d’eux « étonnés de ce que disaient les bergers [15] ».

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur ». Telle est la bonne nouvelle de Noël, la bonne nouvelle de notre religion. Dieu est venu parmi les hommes. Dieu habite notre terre. Dieu habite nos cœurs. Dieu est l’un de nous, il est l’Emmanuel. Il est le Sauveur. Il continue chaque jour à nous distribuer sa parole et son pain, pour que nous puissions entrer en communion avec lui, pour que nous puissions faire partie de son peuple et de sa famille, construire la famille humaine, fraternelle et harmonieuse, vers laquelle tendent tous nos rêves et nos efforts.

[1] Lc 2, 1-20. Les citations de la Bible données au cours de cet article sont prises dans la TOB, Traduction Œcuménique de la Bible, édition 2012.

[2] Lc 2,10.

[3] Lc 2, 7 et 10.

[4] Lc 2, 12.

[5] Lc 2, 12 et 16.

[6] Ibid.

[7] Cf Lc 23, 53. Le verbe grec utilisé ici signifiant « envelopper » est le même que celui qui a été utilisé pour signifier « emmailloté » en 2, 12 et 16.

[8] Lc 2, 10, 13, 20.

[9] Lc 1, 15.

[10] Lc 1, 32.

[11] Lc 2, 11.

[12] Lc 2, 17.

[13] On allait jusqu’à les soupçonner d’entretenir avec les animaux des relations d’ordre sexuel.

[14] Lc 2, 17 et 20.

[15] Lc 2, 18.

Publié le 24 janvier 2017 par Jean-Marie Guillaume