Notre centenaire a terminé sa course…

Au moment où « l’Ami du Peuple » publiait la photo du Père Edouard Demerlé et présentait ses félicitations à celui qui allait célébrer son 101e anniversaire le 3 décembre, le centenaire nous quittait le 24 novembre pour la maison du Père. Ses funérailles furent célébrées dans la chapelle des Missions Africaines de Saint-Pierre, le 28.11.2011, en présence du Père Nestor, le Supérieur du District de Strasbourg. La « tribu » des Demerlé, à laquelle il restait très lié, occupait une bonne partie de la chapelle.

La célébration avait été préparée avec beaucoup de cœur et jusque dans les moindres détails. Le diocèse de Metz était représenté par l’abbé Ernest Schwaller, ancien archiprêtre de Phalsbourg et l’abbé Joseph Hener, originaire de Walschbronn, le village natal du Père Edouard. L’Eucharistie présidée par Lucien Derr, une de ses « recrues », fut introduite par le témoignage de ses cousins Juliane, née Demerlé, et Michel Meyer. Le voici.

Édouard, c’est une tranche de vie de plus de 8 ans que Michel et moi avons vécue avec toi. Tu avais alors 92 ans et tu étais en pleine forme. Au fil de nos visites hebdomadaires, immuablement inscrites dans notre agenda, au fil de nos entretiens téléphoniques journaliers, nous avons pu faire ample connaissance avec l’homme et avec le prêtre.

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Le Père Edouard Demerlé.
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Tu avais une extraordinaire vitalité, une autorité plus que naturelle, une curiosité d’esprit sans cesse en éveil, un sens de la liberté que je crois être celui des Demerlé dont je suis, une faculté de communication fascinante et un humour décapant. Tu pouvais être impatient, critique et manifester ton mécontentement quand, par exemple, on venait trop tard à ton goût, mais tout cela, comme dit, n’était que les défauts de tes qualités. Ton insatiable besoin de bouger nous a menés dans toute l’Alsace et, avec toi comme guide, ce fut passionnant. Visiter ô combien d’églises, pique-niquer dans les vignes et dans la forêt, marcher, manger des escargots et des truites, discuter, ergoter, rire, tout y a passé. Tu étais cet homme, Édouard, mais tu étais aussi ce prêtre au parcours atypique qui a fait tomber des barrières et qui a innové. Celui que ses paroissiens n’ont jamais oublié, au point d’envoyer chaque année une bonne centaine de vœux d’anniversaire ou de nouvel an. Ce prêtre qui a toujours fait fi du qu’en-dira-t-on, en gardant son amitié à ceux qui la lui avait donnée. Que de longues et vives discussions nous avons eues avec toi sur le plan spirituel ! De Michel, dont tu enviais le calme en toute circonstance - qualité qui n’était pas la nôtre - tu disais qu’il avait l’étoffe d’un ... curé.
De tout cela, Édouard, nous te remercions, mais de bien plus encore. De nous avoir fait connaître à ta grande famille - jusqu’en Autriche et aux États Unis - ainsi qu’à tes amis qui resteront les nôtres. Nous avons aimé venir dans cette maison de retraite, qui était devenue « ta maison ». Nous avons apprécié l’accueil de sa directrice chaleureuse et efficace, du personnel toujours affable, mais aussi de tes confrères et des religieuses. Merci à eux tous qui nous ont toujours soutenus.

Et pour finir, car la dernière année, après tes cent ans fêtés avec éclat, fut difficile, Édouard, cette prière de réconfort, devenue mienne au quotidien.
Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi. Vis-le en Lui. Le jour de demain est à Dieu. Il ne t’appartient pas Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui. Demain est à Dieu. Remets-le en Lui. Le moment présent est une frêle passerelle. Si tu le charges des regrets d’hier, de l’inquiétude de demain, la passerelle cède et tu perds pied. Le passé ? Dieu le pardonne. L’avenir ? Dieu le donne. Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui [1].

Au revoir, Édouard, et A-Dieu.

Juliane, née Demerlé, et Michel Meyer

[1] Prière trouvée sur Odette, petite sœur du Sacré - Cœur, tuée à Alger le 10 novembre 1995.

Publié le 22 mars 2012 par Juliane et Michel Meyer