Nouvelles de famille

Nouvelles de famille

Cet article comprenait aussi des nouvelles du Père Robert Wolff ; elles ont été reprises dans le numéro de mars de Terre d’Afrique.

Pierre KUNEGEL, Kombolokoura, en Côte d’Ivoire

Nous avons célébré Noël, la nuit, dans un petit village de brousse. Il y avait foule, mais un peu moins que d’habitude. Il faisait « froid », c’est la période de l’harmattan, le village était éloigné et la piste en mauvais état. Mais nous avions tenu à célébrer la Noël pour une première fois dans ce village pour honorer le vieil Étienne toujours présent à la paroisse. Il prend parfois la parole devant la foule et il lui arrive de m’interrompre pendant mon homélie. Sa parole est toujours pertinente.

Pour la fête de la Sainte Famille, nous avons fait, comme tous les ans, la bénédiction des enfants et des mamans devant la statue de la Sainte Famille, dans la nouvelle paroisse. La chapelle de 350 places était plus que pleine. Les gens étaient serrés et il y avait encore des personnes à l’extérieur. Cette année, nous avions organisé cette fête sous forme de pèlerinage. Les gens sont arrivés en groupe et en chantant des cantiques. Les villages éloignés étaient venus avec leurs mobylettes ou motos, et se sont regroupés à l’entrée du village pour arriver ensemble, en chantant jusque dans l’église. Le groupe de Kombolokoura, venu après le début de la messe, est entré en chantant et j’ai arrêté la cérémonie jusqu’à la fin des applaudissements. Il y avait beaucoup de jeunes parmi eux. Et les gens étaient heureux. C’était vivant ! Maintenant nous préparons la célébration des 40 ans de la fondation de la Mission de Kombolokoura. Nous attendons la réponse de l’Évêque pour savoir quelle date lui convient. La célébration concerne aussi la nouvelle paroisse de Dassoungboh, qui faisait partie de la même Mission.

Pour ce qui est de la nouvelle paroisse, nous avons mis les fondations du presbytère en place et nous attendons d’avoir assez d’agglos pour monter les murs. Ce qui est un peu difficile, c’est le manque d’eau. Le puits creusé à proximité, en fournit un peu mais c’est insuffisant pour la confection des agglos. Les femmes sont obligées d’aller chercher de l’eau au village, en contrebas. Pour le moment, la population participe bien aux travaux. (…) Ces deux derniers jours, j’avais la visite de deux confrères, André N’Koy et Gérard Sagnol. Ils sont venus vivre les réalités d’ici et ont pris contact avec pas mal de monde à la Mission. Je pense qu’il y aura des suites audio, vidéo et revues. Demain je vais à Pygnon, la piste a été non pas refaite mais arrangée, me dit-on. J’irai saluer le chef musulman, comme je le faisais pour son frère décédé qui avait insisté pour que je construise une chapelle chez lui. (…) Mes meilleurs vœux pour la nouvelle année : que la paix arrive enfin dans ce monde troublé par la violence faite aux hommes et à la nature.

Noël est propice à beaucoup d’animations. Le dimanche 3 janvier, après la messe de Kombolo, je me rends à Pygnon, à 22 Km de la Mission. La piste est assez difficile à partir de Dassoungboh. Lorsque j’arrive, surprise ! Il y a plus de 60 jeunes enfants qui sont présents dans les bancs. Joseph, le catéchiste, me précise que pour les Rois Mages, il a organisé la fête des enfants. Il m’explique que les mamans envoient les enfants et leur donnent une gâterie à offrir à l’autel. Au moment de la quête, les enfants s’avancent et mettent soit un sachet de petits paquets de gâteaux secs, soit un sachet de bonbons dans une bassine. Après la messe, les plus grands refont la distribution des friandises à tous les enfants : chacun a donné quelque chose et chacun a reçu quelque chose. C’est un beau geste de partage. J’en ai profité pour proposer à la communauté la bénédiction des enfants. Chacun s’est avancé, je les ai bénis et Augustin, le catéchiste de Ganon, leur a fait une aspersion d’eau bénite. Puis c’était le tour des mamans avec leurs petits enfants. Après la messe, on m’a présenté 9 nouvelles candidates qui demandent à faire partie de la communauté. C’est le résultat du travail fait dans les quatre communautés ecclésiales de base de Pygnon et de celle de Katanvogo. J’ai béni également ces candidates et le catéchiste les a aspergées d’eau bénite.

Après le repas offert, nous sommes allés saluer le chef du village, un musulman, comme je le faisais pour son frère Katiénéfoa, décédé. Il m’a offert cinq bottes de riz et il m’a signalé qu’il a remis huit ha de terre à la communauté. C’était le désir de son frère décédé et il veut que la relation avec la Mission reste comme elle a toujours été. Cette terre, les chrétiens veulent la mettre en valeur en plantant des anacardiers et en y cultivant du maïs... Puis le-chef a interpellé deux jeunes qui étaient présents. « Vous êtes deux de mes enfants, en présence du Père, je vous demande d’aller à l’église pour être avec les chrétiens ! » J’ai pris congé du chef et suis reparti à Kombolokoura, heureux de la journée. Il était 16 h !
(30 décembre 2015, 2 et 4 janvier 2016)

Bernard RAUCH à Sarhala (diocèse d’Odienné), en Côte d’Ivoire

Il y a deux ans à cette époque, je quittais la zone forestière du Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire pour rejoindre mes vieux parents. J’ai pu être auprès d’eux jusqu’à leur mort. Comme j’avais la possibilité de retourner en Côte d’Ivoire, on m’a proposé d’aller dans le Nord du pays, où j’avais séjourné de nombreuses années, mais dans un autre diocèse. C’est ainsi que depuis quatre mois je suis dans la petite ville de Sarhala chez les Koyéras, petite ethnie du groupe malinké.

Sarhala est une petite bourgade devenue sous-préfecture il y a quelques années. Les autochtones koyéras sont musulmans et parlent le dioula. Depuis de nombreuses années se sont joints à eux une masse d’immigrés venus de toutes les régions du pays sénoufo situé un peu plus au Nord. Là-bas les terres se font rares et les sols sont épuisés, alors qu’ici la terre est riche et permet de cultiver l’igname, le riz, le coton et le maïs. Les paysans sénoufos se sont installés dans une multitude de campements et dans les villages koyéras. Contrairement à d’autres ethnies de Côte d’Ivoire, et en particulier les Sénoufos, les Koyéras acceptent que les étrangers au pays aient des plantations d’anacardiers, moyennant un impôt qui s’élève pour l’année à deux sacs d’anacarde et 20 000 francs cfa, soit un peu plus de 30 €. L’anacarde est source de revenus importants et la Côte d’Ivoire va devenir le principal producteur mondial de la noix de cajou.

Sarhala a un hôpital avec deux médecins, un collège qui compte un peu plus de 1000 élèves, un service d’eau, l’électricité et les relais des trois grands opérateurs de téléphonie mobile. A mon arrivée, je me suis installé dans un petit logement que les paroissiens avaient loué pour le jeune prêtre ivoirien qui était là auparavant. C’est un deux pièces (chambre et salon). Le petit salon servait de cuisine, de bureau, de salle à manger et de chambre pour les visiteurs. Il n’y avait pas de sanitaires. J’ai vite fait installer un W.C. et une douche, et en même temps j’ai fait faire une cuisine extérieure. J’ai aussi acheté une voiture d’occasion « France-au-revoir ». Le mécanicien qui répare les voitures des Missions Africaines à Abidjan m’a trouvé une Toyota Picnic Diesel de 1998 venue d’Allemagne. Beaucoup pensent qu’elle est neuve. Elle a 200 000 km ! Elle est solide, elle me permet de venir tous les mois à Korhogo où je retrouve le Jeudi les cinq autres confrères des Missions Africaines qui sont encore dans le Nord. Je mets un peu plus de quatre heures pour faire les 137 km qui séparent Sarhala de Korhogo.

Chaque Dimanche après les deux messes célébrées en français et en Sénoufo, je vais dans l’une des quatre grosses communautés chrétiennes de la paroisse. J’ai pu mettre sur pieds les visites des campements sénoufos. (…) Ces visites se font surtout à mobylette. En effet, beaucoup de campements sont inaccessibles en voiture ou, s’ils le sont, les risques de casse sont trop grands et il vaut mieux laisser la voiture au garage. J’ai donc la chance de me retrouver ici où je côtoie à nouveau les Dioulas musulmans et les Sénoufos, comme je l’ai fait pendant 18 ans lorsque j’étais dans la région de Tingréla à l’extrême Nord de la Côte d’Ivoire.

Alphonse KUNTZ à Saoudé, au Togo

Je suis toujours sur la montagne avec Noël, diacre en stage. L’évêque est d’avis que je rentre en Europe après la Pâque prochaine. Pourvu que l’histoire de Marlborough ne se reproduise pas, qui à la Trinité n’était pas revenu.
Saint Paul écrivait aux Philippiens : Je peux tout supporter avec celui qui me donne de la force. Cependant vous avez bien fait de m’aider quand j’était dans la gêne [1]. Ce fut le cas par exemple avec les orphelins qui ont reçu des fournitures scolaires « in extremis », trois jours avant la rentrée ; nous menons cette action en leur faveur depuis plusieurs années. Le Père Donald Zagore, sma de Côte d’Ivoire, a passé deux mois à Saoudé pour apprendre le kabiyè. J’ai beaucoup appris sur la Côte d’Ivoire. Il caresse un rêve : participer aux prochaines JMJ à Cracovie.

[1] Phil 4.14.

Publié le 8 mars 2016