Nouvelles de famille

Alphonse KUNTZ
Saoudè (Togo)

Plusieurs d’entre vous s’interrogent : « Où suis-je ? » Pour le moment, et pour quelques mois encore si tout se passe comme prévu, je suis toujours à Saoudè. Le Diacre Noël n’a pas fini son temps de stage à la paroisse. Un jeune étudiant de Nantes, envoyé par les Pères des Missions Africaines, doit passer quatre mois ici. Je me réjouis de sa venue. (…) Peut-être est-il l’homme envoyé par la Providence pour m’accompagner dans le voyage pour mon prochain congé en France ? Voyage que je redoute de faire seul, surtout depuis la suppression du vol Paris-Strasbourg. (…) Ici, les cultures sont bien en retard parce que la pluie tombe de façon irrégulière. Le prix des céréales monte : rien de bon pour les plus faibles.

Bernard RAUCH
Sarhala, diocèse d’Odienné (Côte d’Ivoire)

Depuis une semaine, je suis de retour dans le Jura pour un congé de deux mois, après un séjour de 10 mois en Côte d’Ivoire. A la fin du mois d’août 2015, j’ai retrouvé ce pays que j’avais laissé durant deux années pour venir vers les parents. J’ai changé de diocèse, pour aller au diocèse d’Odienné qui occupe le Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire. C’est le plus vaste diocèse du pays. Je devais rejoindre une petite paroisse ouverte il y a une dizaine d’années par un confrère des Missions Africaines mais, à mon arrivée, on m’a demandé d’aller dans une autre paroisse créée voici trois ans, au Sud-Est du diocèse. J’ai donc pris la route pour Sarhala et je me suis installé dans le petit logement qu’occupait en location mon prédécesseur : un deux-pièces dans lequel le salon servait de cuisine, de bureau, de salle à manger et même de dortoir pour les hôtes de passage.
Sarhala est une petite sous-préfecture située en pays koyaka. Les habitants sont musulmans et parlent le dioula. A cette population se sont ajoutés depuis une bonne trentaine d’années, par vagues successives, d’importants groupes d’origine sénoufo venus de la région de Korhogo. C’est d’ailleurs pourquoi l’évêque d’Odiénné m’a demandé d’aller à Sarhala. En effet, parmi ces Sénoufos, il y a de nombreux chrétiens éparpillés dans des campements construits entre les villages koyakas. Ils sont venus cultiver le coton et faire des plantations d’anacardiers dont le fruit, la noix de cajou, se vend bien et assure de bons revenus aux planteurs. Cette année, le kilo, de noix se vendait 80 centimes d’euros. Le niveau de vie des paysans de la région est bien plus élevé que celui des paysans de leur région d’origine. C’est ainsi qu’à Sarhala, les boutiques, les divers commerces, tout l’artisanat (menuisiers, soudeurs, mécaniciens, maçons) est dans les mains des planteurs sénoufos.
Mon travail consiste essentiellement à visiter les 23 villages où se trouvent les chrétiens. Il y a aussi la construction du presbytère, dont les fondations ont été faites par les paroissiens avant mon arrivée. C’est un gros morceau car le bâtiment est grand. Je l’ai raccourci de quatre mètres et je pense qu’on pourra en venir à bout dans les mois qui viennent. Je dois renouveler ma carte de séjour avant le 3 septembre. Je vais donc quitter le pays dans la dernière semaine d’août, si tout se passe bien. Le billet est pris pour le 30 août !

Pierre KUNEGEL
en partance pour Kombolokoura (Côte d’Ivoire)

La communauté du Zinswald a été heureuse d’accueillir Pierre pendant plusieurs semaines à l’occasion de son bilan médical. Il a pu ainsi reprendre contact avec les fidèles de la messe du dimanche matin dans la chapelle du Zinswald. Ces amis des Missions Africaines ont bien apprécié son témoignage missionnaire dont nous vous partageons ci-dessous de larges extraits.

Nous venons de célébrer les fêtes de la Résurrection, de l’Ascension et de la Pentecôte. Ce sont trois fêtes missionnaires, car à chaque fois il est question d’envoi en mission, pas nécessairement dans les pays lointains. Jésus nous demande d’être attentifs à l’Esprit Saint qui continue son œuvre dans le monde. Et il a besoin de nous pour être ses témoins au milieu des hommes. « Allez, voici que je vous envoie », nous dit-il. C’est bien une invitation pour que nous soyons témoins de sa vie et de son message, au milieu des hommes.

La Mission n’est pas seulement dans les pays lointains, elle est aussi au milieu de nous. Nous le voyons bien aujourd’hui, chez nous : Dieu n’est plus aussi présent dans notre société qu’autrefois. Le message du Christ est même combattu dans notre société. Et c’est là aussi que Dieu nous envoie pour témoigner. Il n’est pas question de répéter un message appris par cœur, mais de vivre ce message dans notre milieu de vie. L’Esprit Saint nous invite à le rejoindre dans ce que le monde vit pour que nous y apportions, par notre manière d’être, notre manière de vivre et d’être présents aux hommes, le message d’amour que Jésus nous a enseigné.
Nous connaissons tous ce passage de l’Évangile où Jésus nous dit : « Vous êtes le sel de la terre, le levain dans la pâte, la lumière du monde ». Jésus nous envoie pour que nous nous engagions auprès de nos contemporains. (…) Ce qui nous est proposé, c’est d’être, au milieu de ce monde, les témoins de l’amour de Dieu pour tous les hommes car Dieu est à l’œuvre dans le cœur de ceux que nous côtoyons et il n’attend parfois que notre témoignage pour se révéler en eux.

Lorsque j’étais en mission à Niakaramandougou, un soir, alors que je me promenais dans le village pour saluer les gens, j’ai croisé un ministre originaire de ce village. Nous avons fait un bout de chemin ensemble. Avant de nous séparer, il m’a confié que s’il demandait un jour à être baptisé, ce serait à cause du témoignage de vie du Père Nicolas Weber. Il a été baptisé quelques années plus tard.
Un autre témoignage, c’est celui du chef de village de Pignon, Katiénéfoa, un musulman. Il m’a confié qu’il aurait bien voulu devenir chrétien mais que, vu sa situation de chef du village, ce n’était pas possible. Il profitait d’ailleurs de toutes les grandes occasions pour assister à la messe en demandant aux notables d’être présents eux aussi. Le Père Rémond Claude en a été témoin : lorsqu’il a célébré la messe dans ce village, le chef était assis à côté de lui, à l’autel, devant ses notables. Quand je lui ai demandé pourquoi il emmenait les notables à chaque fois, il m’a répondu : « Je veux qu’ils écoutent ta parole ».
Les raisons de son rapprochement sont multiples. Il m’a dit que ce qui lui plaît, c’est que la Mission ne fait pas de différence entre les hommes, en parlant des Sœurs qui soignent, des écoles catholiques qui accueillent tout le monde. Ce qui l’a frappé aussi, c’est que j’ai remis l’école publique en état, alors que la toiture avait été arrachée par une tornade. Un autre fait qui l’avait marqué, c’est une petite fille aux jambes toutes déformées que j’ai fait opérer et que je prends en charge pour sa scolarité et son séjour chez une employée des Sœurs à Korhogo.

Un autre témoignage qui mérite d’être cité, c’est celui d’un directeur de collège. Le 4 janvier dernier, un collège public a ouvert ses portes dans ma Mission. Le directeur est un catholique actif dans sa paroisse, à Abidjan. Il s’est tout de suite engagé. Sa présence à l’église avec deux de ses collaborateurs et leur engagement dans la communauté ont fait impression. Dès la première messe, il s’est agenouillé à la consécration et, au deuxième dimanche, tout le monde se mettait à genoux. Son attitude avait plus de succès que les conseils du prêtre ! Il a trouvé un gîte dans le village voisin dont plusieurs personnes font déjà le déplacement pour la messe du dimanche.

J’ai cité ces exemples pour montrer qu’il n’est point besoin de faire de grands discours pour que Dieu puisse œuvrer dans le cœur de l’homme. Le témoignage discret porte beaucoup de fruits. Puissent ces exemples nous motiver pour que nous ne perdions pas l’espérance devant d’éventuels échecs apparents. Dieu est à l’œuvre. Il choisit son moment. Notre devoir c’est de témoigner discrètement dans notre milieu de vie.

Publié le 27 octobre 2016