Nouvelles de famille

Pierre Kunegel
à Kombolokoura
(Côte d’Ivoire, diocèse de Korhogo)

Me voici enfin rendu à Kombolokoura, après le long parcours de santé où j’ai eu trois interventions : une biopsie de l’entrée de l’estomac à Nancy, une intervention pour enlever un calcul dans le canal cholédoque à Strasbourg et l’ablation de la vésicule biliaire à Saverne. Cette dernière intervention était précédée d’une septicémie sévère, avec une température de 39,9° devant le bloc opératoire, si bien que l’opération a due être reportée. Un mois et demi après, j’ai développé un zona sur la tête. Cela m’a beaucoup fatigué.

Le voyage du 19 janvier vers Abidjan s’est bien effectué et, à l’arrivée, il n’y a pas eu de difficultés particulières pour sortir de l’aéroport. Un employé de notre Maison Régionale est venu me chercher, surpris que je sois déjà sur le trottoir. J’ai passé quelques jours à Abidjan et, comme une session des confrères avait lieu, j’y ai participé. Le samedi 28 janvier, les Pères de Korhogo m’ont emmené avec eux. En passant par Katiola, j’ai eu l’occasion de saluer l’abbé Prosper, malade depuis plusieurs années. A mon arrivée en Côte d’Ivoire, nous étions tous deux vicaires à la cathédrale de Katiola et, deux ans après, nous avons été nommés à Niakara, où il a été mon curé pendant quatre ans. Nous avons gardé une bonne relation ensemble. Plus tard, j’ai été nommé responsable de Timbé, son village natal, où j’ai construit une grande et belle église.

Après cette visite, nous avons repris la route, si on peut appeler cela ainsi car, à partir de Katiola, il y a des centaines de trous sur 75 km ! Puis le tronçon vers Korhogo est un peu moins sinistré, mais tout de même très dangereux en beaucoup d’endroits. Comme c’était le samedi soir, je suis resté à Korhogo. Mon cuisinier est venu me rejoindre dimanche pour faire des courses au marché. Lundi matin, j’ai fait les démarches à la police pour obtenir les documents nécessaires pour refaire la carte de séjour (ils n’acceptent pas les sans-papiers, ici !). Mardi matin, j’ai pris la piste pour Kombolokoura. Elle est certes chaotique, mais bien moins dangereuse que le goudron car on roule à 30-40 km/h ! A l’arrivée, j’étais attendu et la voiture a été vite déchargée. J’ai pu constater que l’électricité est enfin arrivée à la Mission. Les premiers poteaux avaient été plantés en l’an 2000 ! Il ne faut jamais perdre espoir… Plusieurs personnes se sont présentées pour me saluer et me donner les nouvelles du village. Un Sous-Préfet a été nommé à Kombolokoura et un autre à Dassoungboh, les deux paroisses. Cela va faire du changement lorsqu’ils seront installés, avec les fonctionnaires qui vont suivre… La messe d’accueil a eu lieu à Kombolo à 8 heures ce dimanche 5 février. La chapelle était bien occupée, cela m’a surpris. Il y a plusieurs fonctionnaires enseignants qui sont entrés dans la communauté et qui ont une très bonne influence sur la population.

Lors de la quête, faite par deux jeunes filles, 4 autres jeunes filles et 1 garçon se sont joints aux quêteuses, apportant avec eux, en chantant et en dansant au son du balafon, cinq paquets de pâtes, deux kg de pommes de terre, une bouteille d’huile, un panier de trente œufs et un gros coq pour l’offrande. J’étais vraiment surpris car jamais personne ne m’avait offert un plat, ici, à la Mission.

Je pense que ce sont les conseils et la participation des fonctionnaires, originaires d’autres régions, qui les ont motivés. Après cette messe, je me suis rendu à Dassoungboh, la 2e paroisse. A mon arrivée, la chapelle de 350 places était bondée de monde venant des villages environnants. Là aussi, l’accueil était chaleureux.

A la fin de la messe, soixante trois personnes ont demandé à faire partie officiellement de la communauté. Ils se sont avancés pour que je les bénisse. Un catéchiste les aspergeait d’eau bénite. La célébration a « duré » et ce n’est que vers 15h 45 que je suis arrivé à la maison pour le repas préparé par le cuisinier ! J’étais épuisé, mais heureux !

Je suis surpris qu’après près d’un an d’absence, il y ait tant de vitalité dans les communautés, alors qu’ils n’ont eu que deux messes en tout pendant mon absence. Quelque chose a changé, et je pense qu’à Kombolokoura c’est sous l’influence du Directeur du collège et des enseignants chrétiens. Comme quoi, si on met en pratique l’Évangile de ce 5e dimanche ordinaire, « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde... », cela se vérifie ! Le Président du Conseil Paroissial l’a si bien dit : « Les enseignants nous ont montré la route par l’exemple de leur vie et leur participation dans la communauté ».

Quant à la paroisse de Dassoumgboh, elle a été bien structurée, dès le début, sous l’influence d’un enseignant et d’un président du Conseil paroissial très dynamique.

Déjà début 2016, lorsque le Directeur et les premiers enseignants du collège sont arrivés, (…) j’ai constaté qu’il y avait un petit changement dans la communauté. Écoutant les uns et les autres, je suis parti confiant qu’elle était en de bonnes mains. J’ai l’impression que Dieu m’avait éloigné pour pouvoir mieux « labourer » le cœur des chrétiens, grâce au témoignage des enseignants.

Question climat, j’ai eu du mal à m’adapter, venant du froid pour rentrer dans la fournaise d’Abidjan, « la perle des lagunes »… Oui, mais l’air y est saturé d’humidité, tandis qu’ici, au Nord, c’est sec. Mais déjà, certains jours, lorsque le vent du désert se retire, il fait plus lourd. Avec l’âge, il faut plus de temps pour s’habituer aux changements.

Le lendemain de mon arrivée à la Mission, le cuisinier était fier de me présenter au petit déjeuner un jus de pamplemousses cueillis dans le verger et du miel du rucher ; et, pour midi, de la belle laitue et un bol de fraises du jardin au dessert ! Merci pour vos prières pour cette Mission. Ces changements et ces progrès qui surviennent sont aussi votre œuvre.

Publié le 3 avril 2017 par Pierre Kunegel