Nouvelles de famille

Gérard Bretillot à Lomé
La couverture de l’église Sainte Thérèse d’Adamavo avance bien. Les fermes sont terminées et je pense que dans trois semaines les tôiles seront posées. Les chrétiens aimeraient que les travaux soient terminés à Pâques.
11 mars 2009

Jean Perrin à Sotouboua (Togo)
J’en suis toujours à récolter des fonds pour le sanctuaire Notre-Dame de la Merci. La kermesse de Saint-Pierre vient de me donner un bon coup de pouce. J’ai fait un plan sur deux ans. Si j’arrivais à y célébrer mon jubilé, ce serait du tonnerre. Mais deux ans, c’est encore long.
J’ai un chauffer cuisinier, Mathias, celui de notre regretté Père Bosetti. Depuis que j’ai fait un petit tassement de vertèbres à cause du mauvais état des routes, il va seul dans les villages faire de la video.
8 mars 2009

Alphonse Kuntz à Saoudé (Togo)
« Seigneur… quand ma croix devient lourde, donne-moi la croix d’un autre à partager. Quand je suis pauvre, conduis-moi vers quelqu’un dans le besoin… [1] » Le Seigneur a exaucé notre prière : de nombreuses personnes dans le besoin viennent à nous afin que nous les aidions à porter la croix. Des besoins réels, souvent urgents, devant lesquels on ne peut longtemps hésiter. Comme cet homme qui se retrouve sans travail, dont la femme devait être opérée d’urgence. Originaire de la montagne, il habite maintenant à cent kilomètres d’ici. Il est venu nous voir dans l’espoir d’être secouru. Pouvais-je lui refuser les 50€ qui l’ont aidé pour une bonne part à sauver sa femme ? Mais combien meurent par manque de moyens de se soigner ! Ce fut le cas d’un homme qui n’habitait pas loin d’ici. Nous ne l’avons appris qu’après son décès.
Merci de nous aider à faire un peu de bien autour de nous. Comme le disait ce prêtre espagnol au moment de quitter l’Afrique : Tu vois, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Il faudrait qu’après notre départ les gens puissent dire : « Ils étaient bons. » Et de fait, la vie est devenue tellement chère que nous ne pouvons plus faire grand-chose d’autre que de secourir et de faire les travaux les plus urgents qui s’imposent.
13 février 2009

Pierre Kunegel à Kombolokoura (Côte d’Ivoire)
Le premier bâtiment de l’école de Pygnon est réhabilité pour la plus grosse part, grâce à l’association Une Goutte d’Eau. J’avais prévu de faire encore de petites réparations avant peinture. Quand je suis arrivé, elle était peinte. Les gens n’étaient pas contents parce que les forces françaises l’avaient peinte et y avaient mis une pancarte : Ecole réhabilité par la Force Licorne. Vive l’amitié franco-ivoirienne !! Les villageois ont dit que dès que les militaires seront partis, ils arracheront la pancarte. Les gens avaient espéré qu’ils allaient réhabiliter le 2e bâtiment.
A l’occasion, je leur dirai que ce qu’ils ont fait est malhonnête, car ils savaient que c’est la Mission qui avait fait les gros travaux et entrepris de réhabiliter ce bâtiment. Si encore ils avaient aménagé les fondations, dénudées par l’eau de ruissellement, et rectifié les piliers qui avaient besoin d’être réparés ! Mais ils ont simplement tout couvert avec de la peinture. Cela n’est pas sérieux de leur part ! D’autant plus qu’ils n’ont pas peint l’intérieur des trois classes !
J’ai dit la messe dans la nouvelle église de Dassoumgboho, pas encore bénie. Elle le sera le 19 mars : Saint Joseph, en l’honneur de Thomas Joseph de Garrebourg qui a financé une grosse part. Comme c’était le premier dimanche de carême, j’avais fait annoncer qu’il y aura la distribution des cendres. Il y avait pas mal de monde. A la fin de la messe, un catéchiste a compté 284 personnes, enfants compris, sans compter les mamans qui se tiennent à l’extérieur quand le bébé ou le petit devient trop remuant.
Ensuite j’étais invité à Pygnon, ainsi que les catéchistes, par les groupes de jeunes. Ils avaient organisé une fête pour le village. Un député de la région, invité, a été le « parrain » de la journée, le Président d’honneur. Il circule dans le nord pour s’informer des causes de la pauvreté… Il a écouté les doléances des jeunes et, pour la première fois, j’ai entendu un homme politique qui ne fait pas de la démagogie. Il a expliqué aux gens ce qui est possible et a fixé des dates pour le rencontrer à ce propos. Pour d’autres choses, il leur a dit qu’il allait voir mais qu’il ne leur promettait rien. Il a notamment dit qu’il va s’occuper des prix des produits agricoles car les gens se font gruger par des commerçants véreux qui donnent toutes sortes d’explications foireuses pour faire baisser les prix à la production alors qu’ils sont fixés par le gouvernement.
On m’a demandé d’adresser la parole à la population. J’en ai profité pour faire l’éloge du chef du village et de ses notables, qui sont de bons conseillers. Puis j’ai dit aux gens qu’ils ne doivent pas attendre de miracle : le développement ne vient pas tout seul par la poste. Il faut retrousser les manches et se mettre au travail. C’est à cette condition qu’ils peuvent espérer avoir de l’aide pour les dépenses qui dépassent leurs moyens… La foule a applaudi. J’espère qu’ils ont compris le message !
Le député m’a remercié pour les conseils mais j’ai senti que le chef du village lui avait déjà parlé de moi car il m’a remercié pour l’école et m’a demandé de me rencontrer. Un journaliste qui l’accompagne m’a demandé également la permission de venir m’interviewer. Je lui ai donné rendez-vous à Kombolokoura pour qu’il puisse faire un reportage sur mes activités : jardinage, verger, abeilles… Avant de partir, les jeunes m’ont offert une pintade.
A propos de l’école, le chef était très remonté contre la Force Licorne et il m’a dit qu’il a fait arracher la pancarte. « Ils n’ont rien fait. Ils n’ont même pas peint l’intérieur des classes ! Ils voulaient seulement faire des photos. » On va donc s’occuper de terminer les travaux. Ce matin, le président des parents d’élèves et un maître sont venus à Kombolokoura pour me remercier pour le travail fait. Ils sont venus à deux sur une moto pour m’offrir douze ignames et quatre pintades.
2 mars 2009

Ernest Klur à Odienné
Depuis le mois de septembre 2008, pour me rapprocher de lui, mon évêque, Mgr Jean Salomon Lezoutie, m’a muté à 25km de chez lui, en m’éloignant de mes confrères. Ma nouvelle mission, Tiemé, qui était en état de construction, a été totalement saccagée par la guerre : il ne restait plus que les murs et la toiture, tant du presbytère que de l’église. Tout le reste, portes métalliques, fenêtres, plafond, électricité, a été arraché.
Voilà mon nouveau lieu de vie, une volière ouverte à tous les vents, que je voulais appeler Notre-Dame de la Désolation, une cité de cinq mille habitants avec un équipement d’eau très défectueux. C’est pourquoi j’ai commencé par faire creuser un puits, et le puisatier m’a dit : « jamais je n’ai creusé un puits avec une telle bonne odeur ; il y a dix mètres, et il y aura sans doute lieu de l’approfondir car tout le quartier vient y puiser (la SODECI est en panne depuis deux mois et les réparations ne tiennent pas). Au point que je projette de mettre à proximité du puits une petite statue de la Vierge. Et pourquoi ne pas l’appeler « Notre-Dame de la Bonne Fontaine » !
Je suis à 950km d’Abidjan pour régler les affaires de la banque et les finances du diocèse puisque je suis économe diocésain. Car il n’y a toujours pas d’ouverture de banque dans le nord. Par contre, la poste vient d’ouvrir, et voici ma nouvelle adresse :
Père Ernest KLUR
B. P. 162 s/c de l’Evêché d’Odienné
Si, avant la guerre, il y avait ici une petite communauté de quelques 35 personnes, je viens de commencer avec 7 personnes, la plupart de l’ethnie des Senoufo. Pour la Toussaint, il y avait 25 enfants et autant d’adultes. L’église est toute nue, et même le tiers des carreaux a été arraché. Je récupère ce que je peux pour aménager progressivement un lieu digne. Je viens de remettre les cinq portes et des claustras aux fenêtres. Je logerai à la sacristie en attendant.
Il y a deux écoles primaires de 270 élèves chacune, une école coranique de 600 élèves, et même un collège de 300 élèves, mais seulement 7 professeurs alors qu’il y en avait 17 avant la guerre !
Monseigneur voulait me rapprocher de lui, et à présent c’est lui qui s’est éloigné pour de bon en me laissant dans une situation peu confortable puisque je suis économe du diocèse jusqu’en 2010. Qui sera le nouvel évêque ?
Il est prévu que je prenne mon congé cette année à partir de la mi-juin. Je tâcherai de prendre un peu plus de temps au Zinswald, d’autant plus que maman est partie au ciel pour le 15 août 2008.
1e mars 2009

Grégoire Kucharski à Monasao (République Centrafricaine)
Je me souviens encore très bien du jour de notre arrivée en République Centrafricaine, et dans quelques jours nous allons marquer 6 mois de notre présence dans ce pays. Qu’est devenue notre Mission Monasao pendant ce temps-là ? C’est vrai que c’était l’année de notre arrivée, pour Christophe et moi, ainsi que pour le Père Wojcieh Lula qui nous a rejoints au mois de février 2009. Depuis le mois de mars, l’équipe s’est retrouvée au complet et nous essayons de voir en douceur comment être présents et travailler avec les Pygmées Bayaka qui habitent cette région de l’Afrique Centrale.
Pour le moment, la sagesse des anciens nous conseille de regarder et d’écouter avant de passer à l’action. Et il est vrai que la manière de vivre et de concevoir le monde de ce peuple est complètement différente de celle de l’homme occidental. Chacun de nous trois fait un effort pour apprendre de mieux en mieux le sango, la langue nationale du pays. Je vais partir pour un peu plus d’un mois à Bangui en vue de perfectionner davantage mes connaissances dans cette langue.
Il est prévu que la première année après notre arrivée dans un nouveau pays d’Afrique, il nous est donné la possibilité d’apprendre la langue et de nous initier à la culture du peuple avec lequel, nous aurons à travailler. En ce qui concerne le peuple bayaka, il y avait autrefois une telle initiation à Bangui, où les différentes congrégations unissaient leurs efforts pour former les nouveaux prêtres qui arrivaient en Centrafrique.
Depuis un certain temps, ceux qui viennent sont laissés à eux-mêmes et à leur curiosité missionnaire plus ou moins développée. Il ne nous reste alors qu’à découvrir par nous-mêmes ces réalités en fouillant dans les livres des anthropologues et des ethnologues de la bibliothèque de la Mission Monasao et, peut-être davantage encore, en essayant de regarder la vie quotidienne des gens qui nous entourent.
Il y aura des changements dans notre équipe : bientôt, au début du mois de juin, vont nous quitter Michel et Aurélie Damajou, bénévoles de la DDC [2]. Ils ont passé deux ans ici à Monasao, engagés dans le domaine de la santé et de l’agriculture. Au mois de juillet, ce sera le départ du Père Marek Balawender, curé actuel de la mission de Monasao. Il est appelé à travailler en tant que responsable de notre maison de Piwniczna Zdroj, au sud de la Pologne. Le Père Wojcieh sera alors le nouveau responsable de la mission. Nous allons nous retrouver en équipe de trois, en attendant l’arrivée de nouveaux bénévoles quand la DDC sera en mesure de nous en envoyer.
avril 2009

[1] Mère Teresa.

[2] La DDC est un organisme catholique français qui envoie des bénévoles dans différents pays du monde.

Publié le 25 mars 2011