Nouvelles de famille

Père Gérard Betillot à Adamavo (Togo)

2010 restera gravé dans les mémoires, car non seulement le travail pastoral continue à augmenter , mais encore cette année, des inondations exceptionnelles qui ont duré de début mai jusqu’à fin novembre ne nous ont pas facilité la tâche.
Les Pères Georges Klein et Jean Baptiste Bino ont réalisé un tour de force pour trouver des prêtres disponibles pour assurer la messe du dimanche dans les six communautés durant les vacances.
Comme l’an dernier, notre priorité a été la pastorale. Nous avons accompagné plus de 2500 catéchumènes avec 195 catéchistes. La formation des couples a connu un grand succès. Cette année, 103 couples ont été formés, 37 ont célébré leur mariage. A Adamavo, l’alphabétisation des femmes marche bien. Elles se retrouvent actuellement à 80.
La prise en charge des séropositifs n’est pas négligée. L’équipe chargée du dépistage et de l’accompagnement des sidéens fait le maximum et vient en aide à 325 personnes. Nombreux sont aussi ceux qui ont souffert des inondations. Nous félicitons les OCDI qui ont fait des prouesses pour venir en aide aux nécessiteux, aux orphelins. Des centaines d’enfants ont été aidés ainsi pour aller à l’école.

Nous avons aussi continué les chantiers. Avant les pluies, les chrétiens d’Avépozo ont terminé leur église dont la consécration a eu lieu le 9 mai. Ce fut une grande fête de famille. Tout le monde a bien chanté et dansé.
Les chrétiens d’Adamavo qui avaient tenu à entrer dans leur nouvelle église pour Noël n’ont plus voulu en ressortir, et ils se sont investis pour améliorer l’intérieur. Les bancs seront finis pour Noël. Grâce à la générosité de certaines familles, toutes les portes et fenêtres ont été posées. Depuis un mois, les maçons n’ont ménagé aucun effort pour habiller de carreaux le chœur de l’église. L’autel en marbre est en voie de finition.
Fin mai, nous avons eu la joie d’accueillir un grand ami bienfaiteur de l’église Sainte Thérèse d’Adamavo, le Père Fernand Schneider. Nous avions passé deux années ensembles à Atakpamé de 1967 à 69. De retour au Togo après 42 ans, il a pu constater à travers son ancien enfant de chœur devenu médecin que les Togolais sont toujours reconnaissants et très accueillants.

Comme l’an dernier, l’association « Amour Sans Frontière » a organisé sa tournée au Togo pour voir comment progressent les différents chantiers. La communauté est toujours très heureuse de les accueillir car ils se sont beaucoup investis au niveau des jeunes et des écoles. Le lycée Le Trésor de 1500 places est pratiquement terminé. Quant à la Banque Outilitaire, elle nous permet d’aider de nombreux apprentis à se prendre en charge.

De retour de congé le 12 octobre dernier, une bonne nouvelle m’attendait. Le district d’Afrique nous a gratifié de deux jeunes prêtres et d’un stagiaire sma. Nous sommes à présent six, et de cinq nationalités différentes : le Père Séverin de RDC, le Père Matthieu de la Côte d’Ivoire, le Père Godfrey du Kenya, un stagiaire, John, de la Zambie, et deux français, le Père Georges Klein et moi-même. L’ambiance est très sympathique et très enrichissante.

Père Georges Klein à Adamavo (Togo)

Un des grands événements de l’année 2010 a été l’abondance des pluies. Le dimanche 23 mai, la pluie est tombée en très grande quantité pendant toute la matinée. Les chrétiens nous ont téléphoné de ne pas venir célébrer. L’accès à leur communauté était très difficile, voire impossible. De toute façon, il y avait tellement d’eau dans notre cour et devant le portail que tout déplacement s’avérait dangereux.
Cette eau a formé une sorte de ruisseau qui a envahi maisons et rues, divisant la paroisse en deux, deux communautés d’un côté et quatre de l’autre. Pour nous aussi, regagner la route goudronnée devenait un problème, il a fallu changer par quatre à cinq fois d’itinéraire pour réussir à atteindre la capitale, et cela grâce à un important détour.
Actuellement encore il reste quelques ponts pour piétons et motos, ponts construits par les habitants pour relier les deux parties d’un même quartier. Nous espérons que d’ici le milieu du mois prochain la situation sera redevenue normale et que tout le périmètre sera accessible en voiture. Justement, nos voitures ont énormément souffert et il a fallu à plusieurs reprises les emmener au garagiste, la rouille s’était installée. Même la célébration de la confirmation a été reportée à plus tard, l’eau empêchait la venue des confirmants des autres communautés.

Au mois de mai a été consacrée une église sur la paroisse : Saint Joseph d’Avepozo. Quelle belle fête ! Les chrétiens de cette communauté rêvent de devenir paroisse. Il leur manque le presbytère et... des prêtres.
Cette année, le chantier de la construction de l’église d’Adamavo a bien avancé. Après le toit, nous avons pu voir s’installer les bancs. Le chœur a été dallé et peut-être que l’autel sera présent pour le nouvel an. Malgré ses 1800 places cette église est trop petite et il a fallu ajouter une troisième messe le dimanche.
Une autre église sera couverte prochainement. Il y a eu des contretemps en raison d’un désaccord entre l’architecte, les chrétiens et l’équipe sacerdotale. Mais on avance peu à peu sur le chemin de l’entente. Nous espérons que d’ici Pâques, le toit sera mis. Une quatrième église a attendu la baisse des eaux pour, dans les quelques semaines, voir enfin la fin du remblayage des fondations.

La plus merveilleuse nouvelle a été l’arrivée de deux jeunes prêtres nommés pour la paroisse : un Ivoirien et un Kenyan. Quel soulagement pour Gérard et moi qui commençons à sentir la fatigue de l’âge. Voilà la relève présente. Il leur faudra encore apprendre la langue de la région, mais demain est en marche.

Père Bernard Bardouillet au « Village Renaissance » de Yaokope

Il y a une vie après la prison. Depuis 20 ans, ce slogan est présent dans toutes les activités qui se vivent ici, au « Village Renaissance ». Ce fut la grande conviction du Père Charles Cuenin, le fondateur, qui reprenait volontiers à son compte la parole forte de Saint Irénée : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! » L’homme debout ! Quel programme, prétentieux peut-être… Et pourtant, Dieu aidant, nous continuons sur cette route.
En effet, après un séjour carcéral de plusieurs mois, ou de plusieurs années, les jeunes que nous accueillons prennent chaque jour mieux conscience « qu’il y a une vie après la prison ». Pour preuve, ils retrouvent le sourire et la joie de vivre, la confiance en eux-mêmes, les activités qui leur sont proposées aidant chacun à se remettre debout.

Merci donc à tous ceux qui nous aident de quelque façon, de près ou de loin, en aidant ces frères blessés par la vie à se remettre debout pour avancer dans la vie la tête haute et s’insérer activement dans le développement de leur propre pays !
Un merci bien spécial à chacun de nos animateurs qui, nuit et jour, sacrifiant leur milieu familial, se relaient pour être présents auprès de leurs frères « Renaissants » ! Quelle patience et quelle capacité d’écoute nécessaires pour essayer de rejoindre chacun dans un parcours qui a été souvent jalonné par la solitude et le manque d’affection ! L’écoute fraternelle apaise les cœurs et redonne confiance. « L’homme debout ! », un grand rêve, certes, et pour lequel chacun découvre ses talents propres, la richesse de la liberté qui va l’aider à faire le bon choix. Quand la fraternité est vécue, toutes les « renaissances » sont possibles. Qui pourrait le nier ? Nous le croyons, toutes les semences de bonté germeront un jour dans le cœur des hommes !

Père Jean Perrin à Sotouboua (Togo)

2011 est mon année jubilaire, le 60e anniversaire de mon ordination sacerdotale, mais le 59e anniversaire de ma présence au Togo. Car, comme ancien combattant, j’ai eu le privilège, comme d’autres confrères, d’être ordonné en troisième année de grand séminaire, le 12 juillet 1951. Il m’a donc fallu terminer la quatrième année de théologie avant de partir pour l’Afrique en 1952.
Cette fête du jubilé, ce sera sans doute le 2 juillet 2011, date retenue pour l’instant. Nous procéderons en même temps à l’inauguration du sanctuaire dédié à Notre-Dame de la Merci, en reconnaissance de mon retour du lointain Tambow. J’aurais aimé que mes camarades puissent apporter leur contribution dans une même action de grâces, mais tous les journaux ont refusé d’insérer mon appel dans leurs colonnes. C’est plutôt l’Ordre de la Merci que notre Supérieur Général, le Père Jean-Marie Guillaume, a déniché à Rome, qui m’a octroyé la belle somme de 35000 euros, un bon coup de pouce qui, ajouté aux vôtres, m’a permis de mettre le bâtiment sous toit. Nous en sommes au crépissage, avant de commencer le cimentage. Ce pourrait être prêt dans deux mois, mais il me manque 11000 euros, sans compter l’adduction d’eau, l’aménagement du parking, l’esplanade etc.
Ce sanctuaire n’est que le commencement d’un ensemble qui doit comprendre aussi la maison de l’aumônier, l’installation des Sœurs avec un centre médico-social, une maison d’accueil avec salle polyvalente pour petits retraitants, une école primaire, mais aussi ce à quoi je tiens personnellement : un Chemin du Rosaire, parcours bétonné, avec 20 encadrements dans des niches, qui serait proposé aux pèlerins. Le coût, toutefois, est de 15000 euros.
Mais déjà je pense à créer l’Association des Amis du Sanctuaire pour la prise en charge du fonctionnement...

Père Alphonse Kuntz, à Saoudé (Togo)

Ce matin, une vieille dame d’un extérieur humble est venue me remercier avec une poule et une bassine pleine d’ignames. Grâce au soutien des bienfaiteurs, j’avais pu aider son fils accidenté, et maintenant il travaille de nouveau. Mes opérations sont remboursées. La sienne ne l’a pas été. Vous avez été son assurance. Alors je continue de prier avec le psalmiste : « Seigneur, éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains [1] »

En plein temps de l’Avent, Christophe Karing nous a quittés après que nous ayons pu accomplir pour lui les geste de Mère Teresa. L’onction des malades qu’il avait demandée en a été le point de départ. Aveugle et âgé, il vivait seul. Une vieille femme du voisinage lui apportait à manger, en réalité bien peu. Je le revois, couché dans la poussière sur une natte en paille toute déchirée, des morceaux de paille collés à ses escarres. Un vieux pagne usé le couvrait. Une vision saisissante. Le lendemain, nous avons pu le coucher sur une natte neuve et le recouvrir d’une belle couverture en laine tricotée venue dans un colis. J’entends encore les parole de Christophe : « Si le Seigneur m’appelle, cela me va, je suis prêt. » Pouvais-je imaginer qu’une semaine plus tard il nous quitterait ?

Puis vint la veille et le soir de Noël, joie et tristesse mêlée. Il ne restait plus qu’un sac de maïs pour les indigents. Je revois le merci de deux personnes quand, après une longue attente, elles eurent leur ration de maïs. Nous allions nous mettre à table pour le repas de la nuit de Noël, selon le rituel polonais simplifié. Nous étions onze à table avec, au bout, l’assiette vide pour celui qui devait venir. Il était déjà à la porte dans ces indigents qui attendaient et dont nous n’avons pu nous occuper aussitôt à cause de la messe de minuit. La joie de cette célébration était voilée par la tristesse du départ d’une jeune voisine de 22 ans, maman de deux enfants de cinq et deux ans, emportée par une méningite foudroyante.
Au retour, la joie partagée des petits cadeaux de Noël n’était pas parfaite. Impossible de chasser la pensée de ceux qui n’ont pas eu de cadeau, comme par exemple cette fillette pauvre qui apporte régulièrement des herbes, plutôt rares en cette saison sèche, pour les lapins en échange d’un peu de nourriture. Le temps manquait pour lui procurer les boucles d’oreille qu’elle demandait au moment où nous allions à l’église. Elle les aura plus tard…

Père Ernest Klur à Tiémé (diocèse d’Odienné, Côte d’Ivoire)

Pendant les années de troubles, quand le sud du pays était loyaliste, le nord était contrôlé par les rebelles. Le Père Klur nous parle des petites initiatives qui bâtissaient la paix.

Assez joué à la guerre ! Jouons à la paix !
Je faisais assez souvent la route aller-retour Odienné-Abidjan, et j’y rencontrais des barrages où des hommes en armes demandaient un cadeau pour leur café ou leur thé. Un jour, j’ai mis près de moi une boîte de Nescafé percée d’un trou qui servait de tirelire. Au premier barrage côté gouvernemental, j’ai demandé : « Vous êtes d’accord pour travailler à la paix et pour qu’on fasse des efforts des deux côtés ? Alors voici cette tirelire. Si vous y mettez une pièce, je vous promets de la donner à un barrage rebelle en disant : C’est un cadeau des loyalistes pour votre café. Et je ferai de même à mon retour. »
Bien sûr, ils hésitaient, mais souvent ils donnaient une pièce de 100 ou 200 francs CFA [2]. Arrivé au barrage rebelle, je leur ai dit : « Aujourd’hui je vous offre un café, mais vous devez deviner qui vous offre l’argent... Ce sont vos frères, les gendarmes de l’autre côté ! ». Je leur ai donné les pièces en disant : « Attention ! A mon retour, c’est vous qui offrirez le café aux frères loyalistes. » Et, finalement, ça a marché dans les deux sens. On me disait : « Attention ! Certains risquent de mal réagir, d’y voir une provocation. » En fait, ils ont compris l’humour et le geste de réconciliation. Il est vrai qu’ils savaient que j’étais un Père. Quand j’ai raconté cette histoire à Radio Espoir, la radio catholique d’Abidjan, j’ai commencé ainsi : « Ca suffit ! Assez joué à la guerre ! Jouons à la paix ! »

Madame Sylla et les enfants dans la rue
Mme Sylla est musulmane, présidente du comité des femmes de Tiémé. Elle n’a que le niveau du certificat d’études, mais elle a su se cultiver et elle fait preuve d’une grande générosité. Elle a remarqué que beaucoup d’enfants traînaient dans les rues quand les parents étaient aux champs. Elle a loué un local de 20 m2 et, avec l’aide de trois jeunes filles, elle y rassemble jusqu’à une centaine d’enfants pour les occuper avec des jeux et des exercices d’écriture et de lecture. Au départ, elle a fait appel à quelques fonctionnaires musulmans et chrétiens qui cotisent pour l’aider. Puis un imprimeur lui a fourni du papier, des livres, des documents pour la maternelle.
Avec la Croix-Rouge, j’ai trouvé une bâche qui sert d’abri aux enfants, des nattes pour s’asseoir, des savons pour se laver. Elle a aussi lancé un élevage de poulets pour nourrir les enfants et une cantine pour leur assurer un repas par jour. Elle a demandé aux parents une petite contribution de 500 francs CFA [3] par mois et par enfant. Mais souvent, en fin de mois, les enfants ne viennent plus car les parents n’ont pas pu verser leur contribution.

Père Fabian Gbortsu à Nairobi (Kenya) [4]

Assumer la responsabilité de recteur de la maison des séminaristes sma n’est pas facile. Je sens le poids de la formation de nos jeunes confrères. Ils sont 41 au total, et de nationalités différentes : togolaise, kenyane, polonaise, irlandaise, zambienne, indienne, ivoirienne, nigériane, béninoise, centrafricaine, congolaise, ghanéenne et tanzanienne. Nous somme une communauté internationale de treize nationalités. Il y a 16 étudiants en Philosophie et 25 en Théologie. Six d’entre eux sont déjà diacres et seront ordonnés prêtres en mai 2011. En même temps, quatre séminaristes de la 3ème de théologie seront ordonnés diacres. Nous sommes cinq formateurs. Nous nous réunissons chaque lundi matin pour planifier la semaine, nous encourager l’un l’autre et partager nos soucis.
Nous pourrions avoir davantage d’étudiants mais nous manquons de place, alors nous limitons à six le nombre d’étudiants que nous accueillons chaque année. Mais, avec l’aide des nos confrères en Europe, comme le District de Strasbourg, nous commencerons une nouvelle construction de 20 chambres. Le nombre d’étudiants augmentera l’année prochaine. (…)
Mon rôle est de coordonner les activités du séminaire : relations avec les Supérieurs à Rome et partout où se trouve la SMA. Je m’occupe principalement de la formation intellectuelle et des rencontres, individuelles ou en groupes. En plus de cela, je suis étudiant à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Est à Nairobi, à 20 minutes de marche de chez nous. Je fais mes études doctorales en Etudes Religieuses. Le temps est alors bien occupé en activités variées.
Si vous envisagez de faire un safari dans la savane africaine, au cœur de l’Afrique profonde, n’hésitez pas à me contacter. Je serai votre hôte et je ferai le guide. De tout cœur je vous dis un grand merci de m’avoir accueilli en Alsace-Moselle, et surtout de m’avoir appris à parler. A nous revoir en juin 2011, si Dieu le veut.

[1] Ps. 10.11.10.

[2] 0,15 € ou 0,30 € environ.

[3] 0,75 €.

[4] Son adresse :
Father Fabian GBORTSU
SMA House of Studies
P.O. Box 15116
00509 NAIROBI
KENYA

Publié le 24 mars 2011 par Collectif