Nouvelles de famille

Ernest Klur, Tieme (diocèse d’Odienne, Côte d’Ivoire) [1]
La belle fête du 15 Août s’est bien passée avec la messe du 14 au soir à 20h suivie de la veillée mariale devant notre petite grotte Notre Dame de Bonne Fontaine illuminée avec une guirlande clignotante de petite lampes blanches et de 12 bougies.

Prière des mystères glorieux, chants accompagnés des balafons suivis de la litanie de la Ste Vierge et de bénédictions solennelles. Et ce matin, une belle messe avec notre petite communauté, à 9h, après une nuit de pluie féconde pour nos cultures. Nous avons eu 7 baptêmes d’adultes et 5 confirmands. Dans un village voisin, Zegbao, à 17 km, nous préparons une quinzaine de mariages pour la fin de l’année.

Nos projets : la maison du catéchiste, en face de l’église, est prête pour son déménagement ; les peintures sont terminées et nous en avons profité pour peindre notre véranda et le salon - que nous avons enfin plafonné - puisque voilà 4 ans que nous vivions avec les couleurs grises du crépissage. Reste l’aménagement intérieur de la porcherie pour recevoir les porcs.

Enfin, la demande d’alphabétisation se fait jour et les cours du soir vont pouvoir commencer. Le grand obstacle chez nos frères sénoufo, c’est qu’ils sont d’excellents agriculteurs mais analphabètes.

Nos cultures vivrières attendent les récoltes : un hectare d’arachides, du maïs autour de la maison et du manioc, ½ hectare de riz pluvial, 1200 buttes d’ignames ; un jardin qui nous donne des concombres et des courges à gogo, des haricots verts, des tomates, et bientôt le gombo, sans parler des piments, des aubergines. Il en faut pour nourrir les huit personnes présentes. Il y a aussi cette année 1,750 hectare de coton grâce à l’encadrement de nos frères sénoufos. Cette année nous avons pu les doter, grâce à l’association Une Goutte d’Eau, d’une décortiqueuse avec moteur diesel pour l’arachide et le maïs. Transportable sur un charriot à deux roues, elle peut être tractée à la main, avec des bœufs ou tirée avec un tracteur pour des trajets plus longs. Machine facilitant de beaucoup le travail et la main-d’œuvre, et surtout performante (600 kg en 2 heures). Je suis entrain de mettre en place, sur le même charriot, un moulin à farine multifonction.

Un grand obstacle : les bœufs en divagation, souvent conduits par des enfants, sont cause de destructions des cultures et source de palabres ! (23.08.2012)

Pierre Kunegel, Kombolokoura (diocèse de Korhogo, Côte d’Ivoire)
Je suis bien arrivé à Kombolokoura, après avoir passé 4 jours à Abidjan pour des courses de ravitaillement et aussi pour des filtres à huile et gasoil du groupe électrogène. J’ai pris la route lundi le 13 août. Trafic fluide jusqu’à Yamoussoukro mais, plus au nord, la route s’est dégradée, surtout à partir de Bouaké. Entre Katiola et Niakara-Kanawolo, il fallait slalomer, le goudron complètement défoncé ou a disparu. Je suis tout de même arrivé à Korhogo le soir, après une halte à Katiola chez mon ami l’abbé Prosper pour le repas de midi (à 13h) et un petit quart d’heure de sieste.

On nous annonce le démarrage des travaux pour la réhabilitation complète de l’axe Abidjan-¬Ouangolodougou, avant la fin de l’année. Mais cela mettra du temps à se réaliser, je suppose, car il faut tout reprendre à zéro. A moins que le chantier ne soit partagé entre plusieurs entreprises.

Le lendemain de mon arrivée à Korhogo, j’ai fait les courses au marché et j’ai pris la piste pour Kombolokoura. J’ai mis une heure et demie pour les 34 km, la piste est complètement défoncée en beaucoup d’endroits. Il est question de la refaire, mais quand ? En cours de route, à Dassoumgboh, la nouvelle paroisse, le maître d’école, un chrétien, m’a hélé et m’a remis 5 pages de compte rendu de tout ce qu’ils ont organisé et réalisé sur l’ensemble des deux paroisses pendant mon absence : notamment les célébrations dominicales dans les grands villages où il y a maintenant des chapelles, et le fonctionnement de leur Caritas. Ils veulent mettre les Communautés Ecclésiales de Base (CEB) en route. Il m’a dit que lui-même, le catéchiste et le président du conseil paroissial, me rencontreraient le samedi suivant. Je les ai donc invités pour le repas de midi. Ils veulent organiser un conseil paroissial commun avec ceux de Kombolokoura. C’est une bonne chose. Cela veut dire qu’ils ont aussi le souci de l’ancienne paroisse qui est « endormie ».

Le dimanche suivant, j’ai célébré la messe de l’Assomption dans les deux paroisses. La nouvelle paroisse était pleine de monde, autour de 300 personnes. On sent que les responsables de la communauté sont très motivés, contrairement à Kombolo où il n’y avait que 24 présents !

Quant à moi, j’ai remis le jardin en route. On a fait tous les semis et on attend que ça pousse ! J’ai réussi à sauver quelques plants de fraisiers qui avaient traîné trop longtemps en dehors de la terre !

La nouvelle chapelle, la 7ème, est terminée. J’envisage de construire une classe dans un groupe de 3 villages éloignés de 8 km de l’école que fréquentent quelques enfants. J’espère que le gouvernement prendra le relais. Le village s’est déjà débrouillé pour faire enseigner sous un grand abri couvert de paille et ils ont fait des briques avec une tonne de ciment.

Dans le village d’Augustin, le catéchiste principal de la nouvelle paroisse, ils sont en train de se préparer pour participer à la construction d’une chapelle. Deux villages tout proches sont concernés. Il y a plusieurs personnes âgées qui ont du mal à venir à la paroisse. Le catéchiste leur assure une célébration le dimanche, après son travail à la paroisse. Ils seront alors à l’abri du soleil et de la pluie.

Jean Perrin, Paroisse N.D. de la Merci, Sotouboua (Togo)
Je suis en contact avec André N’Koy, qui était le responsable du SMA Media Center à Lyon ; un site est créé : www.sanctuaire-ndmerci.org. Rien n’y figure encore, mais cela sera le cas prochainement. Je suis en train de mijoter quelque chose de grand : une université ! J’ai acquis le terrain 10 ha au delà du sanctuaire. Peut-être serait-il possible d’en parler sur le site sma du District de Strasbourg ? Car il faudra maintenant acheminer le courant, prévoir l’eau, donc un forage, la clôture, les bâtiments pour élèves et professeurs... L’évêque est favorable au projet, mais il veut se donner trois ans pour former des prêtres professeurs. Question santé, j’ai subi une opération d’appendicite il y a dix jours. Cela a l’air d’aller ; dans dix jours, je pourrai reprendre le volant. (19.09.2012)

Alphonse Kuntz, à Saoudé (Togo)
Saoudé est une paroisse du diocèse de Kara, au nord du Togo. Créée en 1953, elle compte environ mille catholiques sur dix mille habitants et plus. La montagne où elle se trouve est le berceau de la religion traditionnelle africaine kabiyè. C’est là que sont « initiés » les jeunes, là que se trouvent les grands ancêtres fondateurs, les esprits protecteurs, là que sont enterrés aujourd’hui les morts issus de la montagne.

Récemment, il y a deux ans, un village de 309 habitants, Kulundé, relativement isolé, à 7 km du centre, a été rattaché à la paroisse. Il ne compte que 18 baptisés, une quarantaine de catéchumènes y compris les personnes âgées demandant le baptême. Le village a une petite école initiée par les habitants [2]. Pour le moment, les offices religieux se font dans un hangar provisoire (une toiture sur des poteaux en bois) qui sert d’école.

Il y a quelques années, le Père Schenker, un marianiste suisse du collège Chaminade de la ville de Kara proche, y avait fait élever un hangar recouvert de paille. Après son départ pour cause de maladie, le hangar a disparu. C’est à notre paroisse de reprendre le flambeau. L’église doit être construite à l’endroit où se trouvait le hangar. Les villageois ont donné à cet effet un grand terrain. Ils ont aussi rassemblé des moellons nécessaires à la fondation du bâtiment qui aura 15 mètres sur 9. C’est dire qu’ils sont motivés pour l’instant.

Le coût du bâtiment sera relativement modeste parce qu’il sera construit avec des matériaux économiques selon un procédé éprouvé : des murs en briques de terre crue renforcés par des piliers et des chaînage en béton armé qui assureront la solidité de la structure. Le tout ne devrait pas dépasser 15 000 €.

Saint Nicolas de Flue a été choisi comme patron car nous possédons une relique du saint enchâssée dans une statue réalisée localement, mais aussi à cause du Père Schenker, l’initiateur, qui est en Suisse. Pour construire l’école, nous avons une promesse ferme de l’association humanitaire Amour Sans Frontière.

Bernard Rauch, à Doba, diocèse de San Pedro (Côte d’Ivoire)
Encore quelques jours au pays et je rejoindrai la Côte d’Ivoire. Je suis donc envoyé dans le Sud-Ouest du pays, au diocèse de San Pedro, à la paroisse de Doba, à environ 100 km à l’intérieur des terres, en zone forestière à la limite de la forêt classée de Taï qui longe le Libéria. La ville de San Pedro, située à environ 320 km à l’ouest d’Abidjan abrite le deuxième port de Côte d’Ivoire ; il a été construit dans les années 70. Il y a 40 ans, quand j’étais au grand séminaire de Côte d’Ivoire à Anyama, j’étais allé dans cette région rendre visite à des confrères et en particulier à celui qui venait de fonder la première paroisse de la ville, le Père Jacques Guillaume, du diocèse de Dijon. Depuis ce temps, je n’y suis pas retourné car j’étais dans le Nord du pays.

Je vais donc remplacer un jeune confrère italien des Missions Africaines qui vient d’être nommé en Italie. Il y a quelques jours on m’a proposé d’être avec un jeune prêtre africain des Missions Africaines originaire de la région et qui travaillait en Afrique du Sud. C’est une bonne chose pour cette immense paroisse qui, d’après le rapport que j’ai reçu, s’étend sur 40 km de large et 100 de long. La population est estimée à 100 000 habitants, dont plusde10 000 catholiques. C’est bien que nous soyons deux pour visiter les villages et les campements perdus dans la forêt.

La plupart des personnes qui vivent dans cette zone sont des étrangers venus du Mali et du Burkina-Faso ; il y a aussi des Ivoiriens originaires du nord de la Côte d’Ivoire. Tous cultivent le cacao et le café. Je pense que je ne serai pas trop dépaysé au milieu d’eux. Quant aux méthodes de travail, elles risquent d’être différentes de celles que j’ai connues jusqu’alors. Il faudra bien s’adapter à un nouveau style de vie, mais d’autres l’ont fait avant moi et ça ira bien.

Je termine un long séjour de cinq mois auprès des parents. C’est bien d’avoir pu le faire, car maman est assez fragile et se sent abandonnée dès qu’elle se retrouve seule. Heureusement, papa est là auprès d’elle et comme tous deux sont encore autonomes, ils ont le bonheur de rester ensemble à la maison.

Cette année je n’ai donc pas voulu m’absenter trop souvent et je n’ai pas fait toutes les visites que j’aurais souhaité faire. (Nevy-sur-Seille, le 28/09/2012)

[1] Adresse : B.P. 165 Odienne.

[2] Ecole d’Initiative Locale (EDIL en abrégé).

Publié le 11 février 2013